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Article publié le 12/02/2008
Sud-Ouest innove pour la couverture des municipales 2008. Chaque samedi, le journal retrace de l’intérieur la semaine de campagne d’Alain Juppé et d’Alain Rousset. Fruit d’un « accord de confiance » entre le quotidien et les deux candidats, la démarche n’est pourtant pas sans poser des questions sur l’indépendance des journalistes.

« Il faut qu’on en donne plus aux gens, compte tenu du fait qu’on est toute l’année dans les kiosques. » La formule est signée Dominique de Laage, rédacteur en chef adjoint de Sud-Ouest. Le mot d’ordre est clair : suivre au plus près la campagne des municipales à Bordeaux pour conserver une longueur d’avance sur les médias nationaux. Un « accord de confiance » a donc été proposé par le journal aux deux principaux candidats. Quelle en est la teneur ? Un reporter sera chargé de suivre un candidat. Il entrera dans les coulisses de la campagne et assistera aux réunions internes de l’équipe. En contrepartie, Sud-Ouest s’engage à ne pas divulguer les informations trop sensibles tant qu’il n’a pas le feu vert du candidat.

En clair, les journalistes sont au plus près des candidats mais ceux-ci gardent un certain contrôle sur ce qui sera porté à l’attention du lecteur. Quitte à ce que l’indépendance du reporter passe au second plan ? Hervé Mathurin, qui suit la campagne d’Alain Rousset, admet que l’exercice est « difficile ». Il faut savoir garder « une bonne distance » pour ne pas être accusé de servir la soupe. Comprendre : un jeunot se ferait peut-être plus facilement avoir que Mathurin et ses « 30 années de métier ».

Du côté de la concurrence, Claudia Courtois, correspondante à Bordeaux pour le journal Le Monde, reconnaît que « les termes “accord de confiance” peuvent poser problème ». Elle porte néanmoins un regard intéressé sur la démarche. « Sud-Ouest souhaite donner à voir les coulisses, en y portant un regard critique et analytique, pourquoi pas ? » La liberté d’action a un prix : celui de ne pas avoir d’informations à offrir au lecteur.

La présence de journalistes « embedded » – incorporés à l’équipe de campagne – ne contribue-t-elle pas à brouiller un peu plus la frontière entre information et communication politique ? Hervé Mathurin confirme cet écueil. Les équipes de campagne ont parfois trop tendance à considérer les journalistes comme des « porte-voix ». Néanmoins, cette présence a aussi ses avantages. La situation, également nouvelle pour le camp Rousset, rend les échanges plus naturels. Moins de place pour la langue de bois donc.

Au final, le concept est-il satisfaisant pour les journalistes et les lecteurs ? Jugeant l’exercice intéressant, Mathurin apprécie de devoir innover chaque semaine. « On est en terre complètement vierge, on invente au fur et à mesure. » Les premières feuilles, qui tenaient plus du compte-rendu que de l’analyse, cèdent aujourd’hui la place à des articles moins consensuels. L’accélération de la campagne a-t-elle permis de trouver enfin la bonne distance ?

Jean-Christophe Wasner et Stéphane Raes

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