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« Le plus gros handicap de Rousset : il ne sait pas mentir »
Article publié le 11/03/2008
Correspondante pour Le Monde à Bordeaux, la journaliste Claudia Courtois commente pour nous la réélection d’Alain Juppé.

La réélection d’Alain Juppé dès le premier tour vous a-t-elle surprise ? Oui, ça m’a vraiment étonnée. Je pensais que les résultats du premier tour mettraient Alain Juppé en ballottage favorable. Mais le voir gagnant dès le 9 mars, avec tel score, je n’y croyais pas. D’autant que le taux de participation a vraiment été important : plus de 60%. La réélection est claire et nette, il n’y a aucune contestation possible.

Quelles sont, selon vous, les raisons de cette large victoire ? Juppé a mené une très bonne campagne. Il s’est posé en challenger, et il s’est donné les moyens, dans tous les sens du terme. Il a, bien sûr, l’avantage du maire sortant et, en plus, dès septembre, sa présence sur le terrain a été très marquante. Il a mouillé sa chemise, il s’est très tôt porté à la rencontre des gens. Ce que n’a pas fait Alain Rousset. Il a beaucoup tergiversé avant de se déclarer candidat à Bordeaux. Ce n’est pas faute de ne pas l’avoir, nous journalistes, taquiné à ce sujet. Il n’a officialisé sa candidature qu’à la mi-octobre. Quand on est face à Juppé et qu’on n’est pas de Bordeaux, il faut labourer le terrain. Rousset aurait dû partir fort, lancer le sprint dès le début de la campagne. Il n’a pas assez marqué sa différence sur le plan strictement politique : lui, homme de gauche, face à celui qui a créé l’UMP, qui est un ancien ministre de Sarkozy. Ca aurait donné un autre ton à la campagne.

Qu’est-ce qui a manqué à Rousset ? Le plus gros handicap d’Alain Rousset est qu’il est profondément honnête. Il ne sait pas mentir ! En politique, il ne faut pas être forcément malhonnête, mais il faut savoir mentir par omission. La politique est un jeu, il y a des règles à suivre. Les gens veulent être séduits, intellectuellement. Quand Rousset tapait sur la politique bordelaise de Juppé, c’est aussi la ville qu’il critiquait. Et dans le même temps, il déclarait qu’il avait eu du mal à quitter Pessac, à laisser de côté la région... Ca donne aux électeurs l’impression qu’il a choisi Bordeaux par défaut.

Lors de la campagne, des rumeurs circulaient sur un possible retour de Juppé au gouvernement. Maintenant qu’il est réélu, que va-t-il faire ? Juppé connaît suffisamment bien les rouages de la vie politique nationale et des médias pour ne pas commettre cette erreur. Il n’a aucun intérêt à reprendre un poste national aujourd’hui. Il va attendre le meilleur moment. Alain Juppé a beaucoup appris de la claque des élections législatives. Son envie de se consacrer exclusivement à Bordeaux est sincère. Mais, pour autant, les Bordelais ne s’opposeraient pas forcément à ce que, d’ici six mois- un an, leur maire accepte un poste ministériel. Question de prestige pour la ville ! En tout cas, Juppé saura attendre son heure. Les hommes politiques de son envergure élaborent tous une stratégie de carrière. Peut-être Alain Juppé croit-il avoir une chance d’être le candidat UMP à la présidentielle de 2012. Ca ne fait pas partie de ses objectifs immédiats, mais s’il y a la moindre occasion, nul doute qu’il la saisira. Ou peut-être fera-t-il de Bordeaux son fief, peut-être finira-t-il alors sa carrière en Duc d’Aquitaine.

Propos recueillis par Amélie Baron

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