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Irlandais, et alors ?
Article publié le 18/03/2008
Le O’Rowlands est, historiquement, le premier havre irlandais de Bordeaux. Son patron, Joe, vit en France depuis trente ans.

« J’aime la culture, la bouffe, l’architecture, tout ce que la France a à offrir », s’exclame Joe Rowlands. Il y a 30 ans, Joe a quitté son Irlande natale pour la France, « mon coup de coeur  », selon son expression. L’homme enchaîne les petits boulots et, en 1990 à Bordeaux, il se lance dans la restauration avec le O’Rowlands, un établissement qui fait aussi pub. Un « coin d’Irlande », comme il aime le dire. C’était alors le premier rendez-vous irlandais de la ville. Depuis, d’autres ont suivi. Si Joe dit ne pas souffrir de cette concurrence, il concède que son image de l’Irlande est différente. « Ici, c’est comme un petit pub de campagne, un endroit convivial où les gens sont accueillis, échangent des idées... C’est mignon  », confie-t-il avec cet accent « so irish » qui ne l’a jamais quitté. A propos du Connemara, un des pubs irlandais les plus en vue à Bordeaux, il ajoute, soucieux de ne vexer personne : « C’est énorme, c’est pas mon style, mais chacun fait son choix ».

« Patrick, un gentil mec »

Joe ne tient pas en place. Derrière son comptoir, tout en discutant, il vérifie et nettoie ses menus, jette un oeil en cuisine, rappelle son chien Cara, répond au téléphone... Pas vraiment stressé mais plutôt speed. Pourtant, dès qu’il s’agit de parler de la Saint Patrick, il range ses cartes et se pose. Sa voix se fait plus calme. La fête nationale irlandaise est de plus en plus honorée en France ? Tant mieux. « Les Français aiment bien célébrer les fêtes des autres, la Saint Patrick est un prétexte. Ici comme en Irlande, les gens en profitent pour se « péter la gueule  ». Car le 17 mars - jour de la mort du patron des Irlandais - est aussi perçu comme un jour de répit au milieu du Carême. « Quel gentil mec, ce Patrick, ironise Joe. Il rêvait de convertir tous les Irlandais  ». Au Vème siècle, il a sillonné tout le pays, prêché et enseigné, et a fait construire des églises, des monastères, des écoles... C’est aussi à Saint Patrick que les Irlandais doivent leur symbole national, le fameux trèfle vert à trois feuilles. Il l’avait édifié en référence à la Sainte Trinité, lors d’un sermon resté célèbre.

L’histoire prétend également que le saint aurait vécu en France pendant vingt ans. Joe insiste sur cette filiation. « Depuis que je suis arrivé, je sens des vieux trucs entre nos deux pays, tous deux de tradition catholique, avec l’Angleterre protestante comme ennemi commun. Les attaches sont très fortes. D’ailleurs, j’ai toujours été accueilli comme un roi ici ».

Pas de place pour le chauvinisme

À 51 ans, ce grand chauve semble épanoui, entre son Irlande natale qu’il retrouve deux ou trois fois par an et sa France d’adoption. «  La semaine, je suis Irlandais et le week-end, je suis Français ». Et de poursuivre : « C’est pratique, le restaurant me fait vivre et ça me donne le bon côté des deux cultures ». Servir du beer stew (du boeuf à la Guiness) et se prélasser ensuite dans les bons restos français. Ou même chanter dans un groupe traditionnel gaélique et écouter RTL en attendant le rush de midi. L’établissement est à l’image de l’homme. Le mobilier en bois côtoie une carte d’Irlande, tandis que l’écran plasma, au 1er étage, rivalise avec les peintures abstraites. Joe adore ces mélanges, ces échanges. D’ailleurs, il l’avoue, sa clientèle est principalement française et c’est à elle qu’il veut faire découvrir ses spécialités. Chez lui, pas de place pour le chauvinisme.

Ici, il fait juste « la littérature, l’exercice et l’amour, comme tout le monde ». Comme tout le monde, il insiste, car il ne veut pas être réduit à un Irlandais vivant en France. «  Je suis en France pour les Français, si je ne veux voir que des Irlandais, autant rentrer en Irlande. »

Elodie Morisset et Carole Filiu

O’Rowlands, 50 rue de Pessac, 33000 Bordeaux

Des liens historiques

À travers les différents endroits irlandais de la ville, et les associations telles que « Les Amis d’Irlande » ou « Wise », on sent à Bordeaux une envie de faire partager la culture celtique à tous. Pour Michael Scott, le président des « Amis d’Irlande », l’objectif est clair. « Nous voulons échanger des connaissances à travers des conférences, l’organisation de voyages, la création de comités de jumelage comme vous en trouvez à Bègles ou à Eysines... Surtout que l’intérêt des Français pour la culture celtique est grandissant ».

Il faut dire que les liens entre les deux pays sont anciens. Après la chute de l’empire romain, les Celtes ont fondé Burdigala, « le bourg des Gaëls » qui deviendra plus tard Bordeaux. Aujourd’hui, Michael Scott souligne ces concordances entre l’Irlande et le sud-ouest que seraient « le rugby, la chasse, la pêche, un intérêt littéraire commun pour les trois M, Montaigne, Montesquieu, Mauriac et un même tempérament. » De quoi remettre en question une de ces vieilles lunes qui fait de Bordeaux une ville du sud.

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