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Web-star cherche producteurs (1/3)
Article publié le 1er/04/2008
Vous avez toujours rêvé d’être le producteur d’une future idole ? Participer à sa promotion, lui organiser des concerts, ou proposer un design pour sa pochette d’album… Eh bien maintenant, c’est possible. Ou presque. Après Myspace qui permettait de mettre en contact « direct » un artiste avec son public ; c’est au tour de Spidart, NoMajorMusik et autres MyMajorCompany de développer le filon communautaire.

Le concept peut se résumer en une phrase : les internautes deviennent les producteurs de leurs artistes. Une idée qui a déjà fait ses preuves en Europe avec Sellaband. Le label communautaire allemand a produit treize albums depuis 2006 pour 7156 artistes répertoriés. En France, on en est encore au stade embryonnaire du projet, même si quelques musiciens sont d’ores et déjà entrés en studio.Sur la forme, les sites se ressemblent : chaque internaute peut visiter la fiche d’un artiste, écouter sa musique, et miser pour devenir l’un de ses producteurs. La jauge financière du musicien se remplit jusqu’à atteindre le seuil nécessaire pour être enregistré. Après, tout devient possible : studio, promotion, concerts, et peut-être le succès, voire un jour une Victoire de la musique…En attendant la gloire, les artistes se démènent pour trouver leurs investisseurs.

C’est le public qui décide

En fait, à y regarder de plus près, et pour ne citer qu’eux, Spidart, Nomajormusik et Mymajorcompany ont des démarches totalement différentes. Les deux premiers sites, on peut le dire, sont véritablement « démocratiques » : n’importe quel artiste peut s’inscrire et proposer sa musique à l’écoute. Aucun filtre ne vient entraver le lien direct entre le musicien et son producteur potentiel. Guillaume Rostain, créateur de NoMajorMusik, explique : « Pour nous, c’est le public qui doit faire son choix, et pas seulement parmi onze staracadémiciens comme sur MyMajorCompany ». Car leur concurrent est effectivement le seul à effectuer une sélection en amont, justifiée par une recherche d’excellence et de professionnalisme : « Pas de place pour les groupes amateurs, explique Simon Istolainen, de MyMajorCompany, sinon il n’y aurait aucun retour sur investissement pour les internautes ».

Du côté de NoMajorMusik, le slogan maison est plutôt ambitieux : « La Révolution est en marche ». Il exprime la volonté d’une offre alternative. « On est parti d’un postulat assez simple : on en avait assez d’entendre la même chose à la télé, à la radio. On veut faire découvrir de nouveaux talents, des inconnus qui n’ont pas de vitrine. » Le principe du site ? Faire monter la jauge à "18000 $oux", la monnaie du site, soit 3000 Euros, pour permettre à un maximum d’artistes de sortir un single en ligne. Les Bordelais de The Vernon Project, premier groupe à avoir atteint cette somme, ont décroché un contrat pour la production d’un titre. Il sera distribué sur des plateformes de téléchargement comme VirginMega.fr ou Itunes. Un investissement judicieux pour les producteurs qui ont misé sur ce groupe. Mais tout n’est pas aussi rose pour les 1500 artistes inscrits. Ils n’obtiendront pas forcément le fameux sésame et leurs producteurs ne verront pas, hélas, leurs rêves se réaliser. Une consolation tout de même, l’argent misé sur un artiste infructueux sera recrédité à l’internaute malheureux au bout de 12 mois.

"Ce ne sont pas des philantropes"

Pour Spidart, même concept, sauf que la jauge est à 50000 euros. On ne parle donc plus de single comme chez Nomajormusik, simple révélateur de talents. Ici c’est carrément un album qui est à la clé, avec un véritable objectif de carrière pour les artistes choisis par le public. Le groupe bordelais MO n’en est qu’à 1500 euros pour l’instant, mais leur but n’est pas forcément d’enregistrer un Cd : "C’est pas l’objectif. Faire un album, c’est pas un souci. On l’a fait dans un but de communication, on s’est dit qu’en s’inscrivant, on allait un petit peu parler de nous." Car le groupe n’en est pas à son coup d’essai : il est déjà présent sur toutes les plateformes communautaires existantes (Myspace, SFR jeunes talents, site officiel...). Ils restent très pragmatiques face à la tendance : "C’est vrai que c’est très en vogue. Après ce que ça apporte concrètement... ? Pas grand chose." MO n’est pas dupe en ce qui concerne le soi-disant aspect alternatif de Spidart : "Ce ne sont pas des philantropes non plus. Ils se placent en alternative par rapport aux maisons de disques, mais ils sont en partenariat avec EMI. Au final, ils vendront le projet à une major qui, elle, a les moyens de faire connaître un artiste."

Car Spidart affiche clairement son lien avec EMI qui s’occupe de la distribution et de la promotion des artistes victorieux. On est donc loin du vrai label indépendant qui se veut libre de toute pression commerciale. Difficile de croire que cette major ait accepté un partenariat sans avoir eu son mot à dire sur le projet... Et que dire de MyMajorCompany, dont les liens avec Sony paraissent ambigus. A commencer par ses quatre créateurs. Sevan Barsikian et Anthony Mariciano sont des anciens de la major. Et Michael Goldman, fils de Jean-Jacques, a, lui, créé en 2002 la société Bamago qui depuis a fusionné avec Sony. Il est à l’origine de la production de singles comme « Métisse » de Yannick Noah, « Le droit à l’erreur » d’Amel Bent, ou encore « Petite Sœur » de Lâam. Certains de ces artistes, estampillés Sony BMG, font la promotion de MyMajorCompany, à grands renforts de vidéos. On voit par exemple sur Dailymotion, Papa Goldman se faisant injurier par un internaute producteur.

Pourtant, selon les créateurs de MyMajorCompany, il ne faut y voir aucune connivence, « les artistes qui nous soutiennent le font à titre personnel, nous sommes entièrement indépendant, que ce soit vis-à-vis de Sony ou de Bamago. » La grosse major n’interviendrait donc que dans la distribution, tel EMI avec Spidart. Seulement voilà, autre souci, et de taille, certains artistes sélectionnés par MyMajorCompany ont déjà été produits par Sony : tel Thierry de Cara pour « Lorena » en 2003, ou Madame Kay pour son premier album, « Le choix de la rédaction » en 2006. Peut-être une simple histoire de goûts musicaux partagés… ou plutôt un coup de pouce si ce n’est financier, du moins promotionnel, à de jeunes entrepreneurs musicaux.

Les maisons de disques ont en tout cas intérêt à s’intéresser au phénomène, qui pourrait s’avérer être une véritable concurrence à long terme. Car à l’essor du web communautaire et participatif, s’ajoute la crise du disque (la vente d’albums en France est passée de 120 millions d’unités en 2002 à 100 millions en 2005), à laquelle les majors tentent désespérément de remédier sans succès significatif jusqu’à présent. De quoi expliquer la colère de Pascal Nègre, le PDG d’Universal Music. Il serait « vert de rage » face au succès de MyMajorCompany, explique Philippe Astor, journaliste à ZDnet.fr. Et envisagerait même de contre-attaquer en créant son propre label communautaire : « Be a producer ». Une initiative qui arrive un peu tard, mais à point nommé pour rebondir face à l’échec, cuisant, de sa bien-aimée Star Academy.

Claudia Caratori et Carole Filiu

A lire également sur le sujet : interview du Bordelais "The Vernon Project" qui sort son premier single grâce aux internautes-producteurs et du groupe pop rock "MO" qui à cédé à la tentation du label communautaire Spidart.
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