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Jean-François Kahn et les médias : « Il faut tout changer ! »
Article publié le 8/04/2008
Vieux renard des médias, "postillonneur" iconoclaste, Jean-François Kahn, le fondateur du journal Marianne, revient sur un de ses sujets favoris : la crise de la presse.

Le Monde vient d’annoncer un plan de licenciement. En tant qu’ancien patron de presse, comment réagissez-vous ?

C’était prévisible. Les déficits sont tels qu’à un moment, il faut bien réduire la voilure. C’est surtout la conséquence d’une gestion antérieure. J’arrive pas à comprendre comment on a pu laisser Minc et Colombani en poste aussi longtemps, avec leur politique effrénée d’achat de nouveaux titres. Une vraie folie. Ce qui est encore plus fou, c’est que ce ne sont même pas les actionnaires qui les ont fait partir, ce sont les journalistes. Et quand ils l’ont fait, on les a critiqués. Selon moi, les journalistes se sont pourtant montrés responsables dans cette affaire. Mais attention, c’est quasiment toute la presse qui se casse la gueule, les plans de licenciement ne serviront à rien si on ne se pose pas les vraies questions.

Que faut-il changer, selon vous ?

Je crois qu’il faut tout changer. Nos rapports aux régies publicitaires, notre façon d’écrire, et l’organisation interne des journaux qui est complètement féodale. Pour l’instant, on est dans un système où un type peut rester vingt ans à la même rubrique, au même endroit, à écrire les mêmes choses... Et puis, je crois que la presse quotidienne doit d’abord imposer sa nécessité comme diffuseur d’infos. Je lis trois journaux tous les matins, Le Monde, Le Figaro et Libération. Il y a vingt ans, je n’aurais jamais pu m’en passer, c’était vital pour moi. Aujourd’hui, je les lis sans vibrer. Le Figaro est un bon journal, mais c’est quand même le délire propagandiste ! Quant à Libé et Le Monde, je crois que l’une des erreurs fondamentales de ces quotidiens, c’est d’avoir cherché à « s’emmagaziner ». A force de faire du magazine, il n’y a plus d’infos. Le numéro spécial de Libé, réalisé par les étudiants de Nanterre, ça intéresse qui ? Moi, le matin, je veux des infos. L’avis des étudiants de Nanterre, j’en ai rien à foutre !

Vous avez publié, il y a quelques mois, un « Abécédaire Mal Pensant ». Aujourd’hui, en quoi la presse est-elle bien pensante ?

Depuis quinze ans, les médias diffusent une sorte de pensée unique, propre et lisse. Que ce soit en politique, en art, en économie, ils nous disent : « Si on est moderne, il faut penser comme ça. » Par exemple, maintenant, on n’oserait pas dire, de peur de paraître inculte, ou pire, « réac », que l’on n’aime pas Mozart, ou que les compressions de César sont une vaste escroquerie. 97% des journalistes ont à peu près les mêmes idées, parce qu’ils fréquentent le même milieu, qu’ils ont eu la même formation et qu’ils lisent les mêmes livres. Par contre, les gens, eux, ne pensent pas comme ça. C’est plutôt une violence qu’ils se font pour coller à cette pensée dominante. Alors parfois, quand il y a une élection, il y a une sorte de défoulement clandestin. Par exemple, je suis convaincu que le « non » au référendum est une réaction à ce pouvoir médiatique bien pensant qui a matraqué unanimement que si on est moderne, il faut voter « oui ».

Vous venez de quitter Marianne, c’est la retraite ?

J’ai 70 berges. Place aux jeunes. J’ai pas mal de projets d’écriture, surtout de la philosophie, mais plus de journalisme. De toute façon, j’ai jamais trop aimé ce milieu.

Propos recueillis par Yann Saint-Sernin

Bonus vidéo ! Jean-François Kahn et la révolution de mai 68...


Itw jeanfrkahn
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