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« Leclerc veut faire du médicament une marchandise banale"
Article publié le 15/04/2008
Entre la polémique initiée par Leclerc et la nouvelle loi qui les autorise à vendre en libre service certains médicaments, les pharmacies sont en pleine ébullition. Pierre Bèguerie, Président de l’Ordre des pharmaciens d’Aquitaine fait le point.

Que répondez-vous aux critiques sur la hausse du prix des médicaments déremboursés ?

Les produits de médication familiale n’ont augmenté que de 1% en 2007. Afin de limiter la hausse des prix, le pharmacien fait souvent le choix de favoriser un produit sur d’autres médicaments aux effets similaires. Ainsi, on peut le commander en gros volume directement au laboratoire, qui accorde des remises répercutées sur le prix de vente. Exemple, j’ai favorisé la Diosmine, un veinotonique, je le vendais 8,75 € quand il était remboursé. Depuis qu’il n’est plus remboursé, je le vends autour de trois euros car j’ai réduit le stock des produits concurrents et augmenté mes commandes sur celui-ci. Il faut savoir que pour les produits remboursés, le prix est fixé par l’Etat et la TVA n’est que de 2,1%. Alors que pour les médicaments déremboursés, la TVA est de 5,5%, et le pharmacien est libre d’appliquer le prix qu’il souhaite.

Comprenez vous l’inquiétude de certains pharmaciens au sujet de la loi qui autorisera prochainement la vente de médicaments en libre service ?

« Libre service » est un mauvais terme. Les 200 produits listés par l’AFSSAPS (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé) seront mis à disposition directe des clients, mais avec un accompagnement de la part du pharmacien. Pour des raisons de lisibilité, ils devront être placés à un endroit bien spécifique de l’officine et proche du comptoir. Les emballages seront scellés afin d’éviter qu’un enfant puisse ouvrir une boîte et dérober une plaquette. Certains confrères ont sans doute mal compris la démarche du gouvernement. Il ne s’agit pas d’une banalisation des médicaments. Au contraire, c’est un moyen de renforcer le dialogue entre les clients et les pharmaciens au sujet des médicaments dits d’automédication.

Certains craignent que les clients fassent un mauvais usage de ces médicaments...

D’abord, le conditionnement des produits tient compte de leur dangerosité. Le Doliprane est vendu par boîte de 8 cachets de 1 gramme car au delà de 8 grammes, il peut être mortel. De toute façon,que les médicaments soient devant ou derrière le comptoir, le pharmacien doit toujours garder son rôle de conseil. C’est une question d’éthique professionnelle. Sur ce point précis, un dossier pharmaceutique est à l’étude. Il permettra de faire entrer sur la carte vitale, les données concernant la consommation de médicament des assurés. Il sera contrôlé par la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés). Ce dossier est à l’étude depuis l’an dernier dans 6 départements. Le débat sur la mauvaise utilisation des produits a augmenté à cause de la polémique créée par Michel-Edouard Leclerc.

Leclerc souhaite vendre à moindre prix des produits d’automédication dans ses parapharmacies. Qu’en pensez-vous ?

Leclerc veut faire du médicament une marchandise banale. Roselyne Bachelot semble très claire là-dessus : il n’en est pas question. En France, nous disposons d’un grand réseau d’officines ouvertes jour et nuit grâce au système de garde. Cela suffit à rendre ces médicaments déremboursés accessibles à tous. Quand Leclerc reprend à son compte la question de l’accessibilité, c’est de la publicité mensongère car ses supermarchés ne sont pas présents dans les villages et les petites communes, contrairement aux pharmacies. D’autant que l’argument de Leclerc sur la baisse du prix des médicaments est très critiquable : l’expérience italienne prouve que, si les prix ont baissé de 25% pendant les trois premiers mois après l’application de cette mesure, ils ont beaucoup augmenté par la suite dans les grandes surfaces. Quand les supermarchés ont obtenu le quasi monopole sur les officines, leur marge de manœuvre a été suffisamment importante pour fixer les prix à la hausse.

Propos recueillis par Tiphaine Le Roy, Willy Le Devin et Elodie Morisset

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