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« Qui t’a dit que le hip hop c’était facile ?! »
Article publié le 3/02/2009
A la question « quelle place prend le hip hop dans ta vie ? », Médé Yetongnon, 21 ans, rigole. La réponse lui paraît tellement évidente. « Je danserai jusqu’à ce que je ne puisse plus bouger, même quand je serai vieux, j’y arriverai : je ne suis pas prêt de m’arrêter ! ». Et s’il ne s’arrêtait jamais ? Portrait d’un jeune b-boy bordelais.

« Classe et tranquille », c’est ainsi que Médé définit son style. « J’ai commencé par mettre des baggys, comme dans les clips américains. Mais ça faisait très serpillière, j’en avais marre de glisser dessus quand je dansais ». Aujourd’hui, il préfère s’habiller uni, et jouer avec les couleurs. Cet après-midi, c’est vert pour son t-shirt et ses lacets, gris pour son pantalon ample et ses baskets. Mat de peau, le regard du garçon aux cheveux rasta et à l’allure sportive se pose sur mes chaussures : « Ah c’est bien, tu portes des Puma, c’est ma marque préférée ! Le modèle que j’ai aux pieds, depuis que ………, un basketteur américain, les porte, tout le monde du hip hop s’est mis à les porter ! ». Serein et décontracté, de sa voix posée se dégage une certaine maturité. C’est qu’il en a déjà fait, du chemin, le b-boy ! Né dans une famille de musiciens, il est très vite bercé et nourri au biberon par le son. C’est d’ailleurs ce qui l’a attiré en premier dans le hip hop. Joueur de saxophone, il partage son temps entre la musique et la danse : « Je ne pourrai jamais abandonner ni l’un, ni l’autre ».

Ses premiers pas de breakdancer, il les fait dans le cadre du lycée. Un coup de cœur qui ne lui passera jamais. La vitesse supérieure est enclenchée alors qu’il effectue des stages aux côtés de danseurs professionnels : le déclic. En 2004, un ami le convainc de rejoindre le crew La Smala (ndlr : association et école de danse bordelaise) : la confirmation. « Avant je dansais pas vraiment, ou alors très peu, et en imitant Mickaël Jackson par exemple. Dans le quartier je traînais avec des potes qui s’amusaient à danser n’importe comment, et je donnais même des cours alors que je savais pas trop faire ! »

Une activité à l’époque improvisée, et prémonitoire. Car du haut de sa fraîche vingtaine, Médé allie l’agréable et le financièrement utile au dojo bordelais du cours Aristide Briand : 4 heures par semaine, il enfile sa dernière casquette en date, celle de professeur de hip hop, et donne des cours à des enfants comme à des adultes. Avec les plus petits, la pédagogie par l’humour et des explications imagées sont au rendez-vous, c’est la marque de fabrique d’un jeune homme qui sait se faire respecter : « Les enfants, pour ce mouvement, on ouvre les bras comme un oiseau ! ». Ces derniers s’exécutent. Et Médé, cynique, de commenter : « Ah non Julie… un oiseau ça vole pas comme ça ! ». Et même l’entourage familial du garçon en profite : Rose, 11 ans, suit les cours de son grand frère : « Il est jeune, il nous explique à sa façon et on le comprend facilement ». Issu d’une famille nombreuse, Médé est parfaitement conscient de cet avantage, et il sait en tirer profit : « Je n’aurais jamais pu faire ça si je n’avais pas l’habitude avec les petits : j’ai 7 sœurs et 2 frères ! ». Dans le cours pour adultes, c’est une autre histoire. Médé apprend à danser à des élèves parfois beaucoup plus vieux que lui : « Un jour quelqu’un m’a demandé si j’étais bien le professeur. Il avait l’air étonné. Il faut dire que je ne fais pas mon âge ». Et même si c’était le cas…

Quand il n’enseigne pas, il participe à des shows et des battles, autrement dit des compétitions, avec La Smala. Quart de finaliste aux championnats d’Europe à Barcelone en 2008, demi-finaliste aux championnats de France la même année. Des débuts prometteurs pour la première participation du groupe à ces deux compétitions. Mais pas le temps de se reposer sur ces lauriers qui sentent bons pour l’avenir : pour Médé, l’entraînement, c’est 5 jours sur 7, pour des séances de 2 à 4 heures à chaque fois : « A La Smala, on ne rigole pas, on veut avancer, à chaque fois on est si prêt du but… ». La rigueur finira-t-elle par payer ?

Casquette enfoncée sur le crâne, le jeune homme a la tête sur les épaules. Quand on lui parle de son avenir, Médé confie qu’il rêverait d’exercer un métier dans le monde du hip hop, son monde. Il projette de se lancer dans un DUT événementiel pour créer des événements hip hop. « Mais pourquoi pas également diriger un commerce, avoir une boutique de fringues, ou alors travailler dans la musique ». Des envies variées, pour des talents multiples. En attendant, ses chaussures continuent de glisser frénétiquement au rythme de la musique. Et si en passant près du dojo de Bordeaux, vous surprenez un élève du cours de hip hop se plaindre de la difficulté de l’exercice à faire, ne soyez pas étonné d’entendre un jeune professeur lui répondre : « Mais qui t’a dit que le hip hop c’était facile ?! »

Mélanie VIVES

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