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"Y’a un tram dans le jardin"
Article publié le 10/03/2009
Une drôle de maison sort de terre près de la station de tram Hôpital Pellegrin

Mais pourquoi construire une maison au beau milieu d’un carrefour, qui plus est sur la trajectoire du tram ? C’est la question que l’on est en droit de se poser en passant place Amélie Raba Léon, près de l’hôpital Pellegrin. La nouvelle maison se veut ordinaire. Pourtant, elle n’est pas comme les autres. C’est une œuvre d’art. La dernière du projet de commande publique artistique en accompagnement du tramway. La dernière et la plus monumentale aussi. Le Lion bleu de Stalingrad risque d’en avaler sa crinière.

La ligne A du tram se paiera désormais le luxe de passer dans le jardin de « la Maison aux personnages ». Inspirée de l’architecture bordelaise, la maison, banale, doit sembler appartenir au quartier depuis toujours. Le bâtiment est donc en pierre, les portes et les tuiles, récupérées. Mais dans les 150 m2, aucun locataire ou habitant, réel en tout cas... Car la Maison aux personnages ne sera évidemment pas vide. Depuis des années, l’oeuvre d’Ilya Kabakov consiste à réaliser des environnements à grandeur réelle, des installations racontant des histoires. Ici, pour assouvir sa curiosité, le badaud pourra sans honte coller son nez aux fenêtres de la maison. Il y verra, dans les six pièces du rez-de-chaussée et celle de l’étage, des personnages assez solitaires, un peu étranges, mais touchants. Leur solitude est égayée par une passion ou une occupation permanente voire dévorante. Un texte reflêtera la vie de chacun d’eux. Dans la chambre « Je plonge dans les souvenirs », des photos seront projetées sur les murs d’une vieille dame. La scène « Comment se perfectionner » dévoilera l’obsession d’un homme affublé d’ailes en tissu. La poésie suivra son cours dans les pièces « En barque sous les voiles », « Je dors dans le jardin » ou encore « Le paradis sous le plafond ».

Travail de traduction

Les créateurs, Ilya et Emilia Kabakov, russes naturalisés américains, ont signé un contrat d’étude avec la CUB en 2002. Depuis, la maîtrise d’oeuvre a été confiée à La Nouvelle Agence, SARL d’architecture, le chantier à DV Construction et l’aménagement du square à l’entreprise ATP. Les travaux ont débuté en octobre dernier et devraient finir vers le mois de mai.

Changements d’habitudes pour les deux architectes chargés du projet : Samira Aït-Mehdi et Sylvain Latizeau se sont clairement mis au service des artistes. « Normalement, il faut tout créer, il faut soumettre la forme. Pour la Maison aux personnages, les Kabakov nous ont donné des esquisses. Ici, il a fallu faire un vrai travail de traduction » explique Samira Aït-Mehdi. Le couple russe suit le dossier par mail depuis le début. Il souhaite avant tout que la bâtisse paraisse modeste. Alors, Ilya et Emilia Kabakov ont récemment transmis quelques doléances supplémentaires aux jeunes architectes : « Ils veulent vraiment des choses simples, donc nous avons un peu dépouillé les gouttières par exemple. » Pour répondre aux exigences environnementales de la CUB, un puits canadien assurera notamment la climatisation de la maison : le système utilise de manière passive l’énergie géothermique. L’oeuvre des Kabakov est la plus coûteuse de l’ensemble du projet de commande publique en accompagnement du tram : la CUB et la DRAC ont financé la “Maison aux personnages” à part égale, c’est-à-dire 576 600 euros HT.

Camille Chignac

Les autres créations contemporaines

11 contrats d’études ont été signés avec des artistes en 2002 pour que leurs oeuvres accompagnent les 3 lignes de tramway. La CUB et la Drac ont financé à hauteur de 1,5 million d’euros, deux catégories de projets : les oeuvres sur site (6) et les oeuvres sur réseau (5). La commande publique d’art contemporain s’est soldée par quatre tranches de réalisation. Aussi connu que controversé, le Lion de Xavier Veilhan était jusqu’à présent la seule « oeuvre sur site » située à Bordeaux. Pour contempler les autres, il est nécessaire d’entrer dans les autres communes de la CUB. A Cenon, le signal urbain en forme de T de Claude Closky compte les tramways qui passent. Sur un rond-point de Pessac, on peut voir le palindrome latin d’Elisabeth Ballet intitulé « Travelling ». Les quatre onomatopées monumentales de Michel François sont visibles près du parc de la Butinière, à Lormont. Les oeuvres sur réseau passent un peu plus inaperçues. Pourtant, les usagers en côtoient certaines quotidiennement. Ils s’appuient tous les jours contre les 137 sérigraphies de Stalker, appelées « Aux bord’eaux » : ce sont les coupe-vent des stations qui représentent des cartes du monde. Certains tickets de transport ont également été réalisés par des artistes.

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