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"Les élèves apportent de la fraîcheur"
Article publié le 10/03/2009
Lundi 9 mars, l’émission « La Tête au carré », a pris ses quartiers au lycée Montaigne, cours Victor Hugo. Rencontre avec Mathieu Vidard, animateur et producteur du magazine scientifique sur France Inter.

Quel est le concept de l’émission "la tête au carré" ?

"La tête au carré" est un magazine d’actualité scientifique. Notre volonté, c’est d’avoir pendant une heure plusieurs points de vue sur la science. On l’aborde sous différents angles avec un dossier principal où l’on reçoit un ou deux invités pour parler d’un sujet pendant 30 minutes. En début d’émission, je présente une revue de presse sur l’actualité du monde scientifique et de la recherche. On a un reportage de cinq minutes sous forme de feuilleton, sur un voyage scientifique, un chercheur dans un laboratoire ou sur des questions d’actualité. On termine avec une chronique de cinq minutes sur un sujet choisi par un journaliste. Tout ça fait une heure d’émission. C’est assez dense. Ca permet d’avoir une rythmique dynamique.

Pourquoi avez-vous eu envie de construire une émission avec des lycéens ?

Je me suis aperçu que pendant l’émission, on avait d’abord des questions qui venaient d’étudiants. C’est aussi un souhait personnel. On dit souvent que ces filières n’attirent pas et que les vocations scientifiques sont en berne. Je m’aperçois que pleins de jeunes sont intéressés par les sciences. Je trouvais intéressant qu’ils puissent se manifester à l’antenne. J’avais vraiment envie d’aller dans les lycées et de sortir un peu de notre studio. J’ai rencontré les organisateurs de l’Université de tous les Savoirs. Ils ont l’habitude de se rendre dans les lycées pour faire des conférences avec de grands chercheurs. On s’est donc associé. Pendant l’émission, on laisse le plus de place possible aux étudiants. Ce sont eux qui posent les questions et qui animent le programme pendant une heure. Je suis vraiment content du résultat. C’est la première saison. J’espère que ça va se poursuivre. Ca donne une autre tonalité.

Comment anime-t-on une émission comme celle-ci avec un public de lycéens ?

Ca se prépare. J’ai Sophie Le Doré, avec moi, qui travaille spécifiquement sur ces émissions avec les lycées. On définit le sujet. Il faut angler au maximum pour ne pas aller dans trop de directions à la fois. Même si aujourd’hui, on est tombé un peu dans cet écueil. On avait choisi trop de sujets à l’avance. Mais c’est un enseignement : ça nous permet de nous recadrer pour les prochaines émissions avec les lycéens. Sophie rencontre avant les professeurs. Ils travaillent de leur coté avec leurs élèves. En général, c’est un sujet qui fait l’objet d’un livre ou d’une documentation. Ensuite les lycéens posent leurs questions en direct. On connaît les grandes lignes, après les lycéens interviennent comme ils l’entendent. On essaie aussi de faire en sorte que ce ne soit pas trop préparé pour ne pas mettre un carcan aux élèves. D’abord parce que la radio c’est impressionnant quand on en n’a jamais fait. Je suis épaté, je trouve qu’ils sont super à l’aise. Ils arrivent à formuler leurs questions d’une façon naturelle. Il y a une préparation minimale au départ. Après on se lance. Et c’est parti pour une heure.

Qu’est ce que ça change pour vous d’aller enregistrer l’émission dans des lieux « atypiques » ?

C’est un peu déstabilisant. Ca casse le train-train habituel. Le studio est un endroit assez intime, une sorte de cocon où l’on a nos habitudes. Il faut s’adapter à un autre environnement. Je n’ai pas la main comme en studio. Il y a une part d’improvisation qui est très sympathique. Ca oblige à la souplesse. Les étudiants apportent de la fraîcheur. Ils ont des questions que je n’aurais pas forcément. Ce sont leurs centres d’intérêt qui sont mis en avant.

Plus largement sur « La tête au carré », comment choisissez-vous vos sujets ?

Les sujets sont choisis selon plusieurs voies : d’abord l’actualité, les grands sujets qui tombent et que l’on a envie de traiter à l’antenne. Le domaine de l’édition aussi : on reçoit beaucoup de livres scientifiques. Les expositions, les documentaires à la télévision nous inspirent aussi. Il y a également, les sujets que les auditeurs peuvent nous proposer. Tout se fait dans la souplesse. Aucun membre de l’équipe n’est scientifique. On choisit vraiment des sujets qui suscitent notre curiosité. On a environ trois semaines d’avance sur la programmation. Parfois on bouleverse l’ordre prévu pour un sujet que l’on a envie de traiter. Par exemple, quand Albert Fert a obtenu le prix Nobel physique. On a fait tout de suite une émission avec lui. Après la dernière tempête à Bordeaux, on a fait une émission sur les catastrophes climatiques. On s’adapte en fonction de ce qui se passe.

Et vous, quelles sont les questions qui vous intriguent le plus ?

J’adore tous les sujets qui ont rapport avec les origines de la vie. Ca touche à la géologie, à l’astrophysique, tout ce qui est liée à la médecine et à l’univers. J’ai beaucoup aimé cette année Darwin, avec la théorie de l’évolution. On a invité pas mal de gens pour en parler et on va continuer à le faire. C’est vraiment une question fondamentale de la science moderne. Ce que j’apprécie, c’est qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer. On traite aussi des sciences humaines. Il y a quelque temps, on a réalisé une émission sur les communautés techno. Vendredi dernier, on a fait une émission sur les gauchers. C’est amusant. Ce sont des sujets sur lesquels on n’a pas tellement d’idées au départ. Ca permet de les creuser. On se régale car on aborde des sujets qu’on a envie d’aborder et on invite les scientifiques qu’on a envie d’avoir au micro. C’est un privilège.

Et justement comment se fait le choix des invités ?

On essaie d’abord de choisir des invités qui sachent parler à l’antenne de façon accessible de leur discipline. Ce rendez-vous ne doit pas être réserver uniquement à des scientifiques. Mais au contraire, il doit être accessible à des néophytes comme moi, qui ont envie d’avoir des réponses à des questions particulières. Mon équipe s’occupe du choix des invités à l’avance : il faut trouver quelqu’un capable de vulgariser sa savoir et d’être convivial et passionné. Le risque, c’est que les gens s’ennuient si on leur présente des scientifiques enfermés dans leurs laboratoires et qui n’ont pas l’habitude de s’exprimer en public.

Comment en êtes-vous venu à produire et à animer cette émission ?

Je n’ai aucune formation scientifique à la base. Je suis un ex-nul en maths. J’étais perdu à tout jamais pour les sciences. Je n’aurais jamais imaginé animer un jour une émission sur ces thématiques. Il y a trois ans, France Inter a voulu une émission quotidienne traitant de toutes les sciences. Je ne sais pas pourquoi ils ont pensé à moi. Je me suis demandé comment j’allais faire pour interviewer des savants, des prix Nobel. C’est dingue. Ca m’a plus. Au départ, je me suis mis dans la peau des auditeurs qui comme moi ne faisait pas forcément de sciences. Je me suis demandé ce qu’il serait intéressant d’entendre pour eux. C’est pour ça qu’on a choisi la forme du magazine. Même si les auditeurs ne sont pas intéressés par le sujet principal, ils peuvent y trouver leur compte entre la revue de presse, la chronique ou le feuilleton. Aujourd’hui, je suis absolument mordu. J’ai découvert un sujet qui me paraissait ultra-matérialiste, sans spiritualité. Au contraire, il y a plein de questions éthiques, artistiques qui se posent avec les sciences. J’y trouve beaucoup de choses pour nourrir mon cerveau. Je suis comme un élève qui reçoit des supers profs à l’antenne. Je ne m’ennuie pas une seconde. C’est une belle aventure radiophonique.

Propos recueillis par Céline Diais et Marie Morin

Sur "La tête au carré" voir aussi

http://blogjournalisme.free.fr/imprimatur/spip.php ?article259

http://blogjournalisme.free.fr/imprimatur/spip.php ?article260

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