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Baisse de la TVA : les restaurateurs attendent de voir
Article publié le 17/03/2009
Promis sous la présidence de Jacques Chirac, l’abaissement de la TVA dans la restauration va bientôt devenir effectif. L’Elysée, qui vient d’obtenir l’accord de l’Europe, a promis lundi de la faire passer de 19,6 % à 5,5 %. Surprise par l’annonce, la profession reste dubitative.

Mardi 10 mars, la France a obtenu l’aval de l’Ecofin, la réunion des ministres européens de l’économie et des finances, pour baisser le taux de la TVA dans la restauration. Lundi, Henri Guaino, le conseiller spécial du président de la République, déclarait au journal Les Echos que le taux serait fixé à 5,5 %, « à condition que la profession prenne des engagements forts sur les prix et l’emploi ».

Au forum emploi « Hôtellerie et restauration » organisé lundi après-midi à Blaye, l’annonce était au centre de toutes les conversations. Pour Célia Rodrigues-Minau, co-directrice du Pôle emploi et organisatrice de la rencontre, « la nouvelle a été accueillie avec beaucoup de méfiance. Mais on peut espérer à long terme qu’elle influera sur le nombre de recrutements ».

Des restaurateurs incrédules

Pour Christine Lanfroid-Nazac, gérante d’une auberge à Blaye, difficile d’y croire, et plus encore de se projeter dans l’avenir : « Je préfère attendre que ça devienne officiel ». Autre sceptique, Jean-Michel Labarre, qui vient d’ouvrir un deuxième restaurant à Saint-André de Cubzac et qui recherche actuellement un serveur. Il s’interroge sur la faisabilité de cette réforme : « En tant que gérant d’entreprise, je sais compter. On nous prend pour des dupes : comment l’Etat pourrait-il bien nous faire cadeau de près de 15 % de TVA ? » Il ne comprend pas non plus pourquoi cette décision intervient maintenant : « J’ai l’impression que le gouvernement souhaite juste se mettre une partie des électeurs dans la poche ». Pour ce restaurateur, la TVA à 5,5 % ne sera pas, de toute façon, une solution miracle : « Avec autour de 44 % de charges globales, baisser la TVA ne va pas résoudre tous nos problèmes. Et puis l’Etat va sûrement nous inventer une autre taxe pour compenser ».

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Malgré la crise, les restaurateurs proposaient 70 postes au forum emploi de Blaye lundi dernier

Pas d’effort sur les prix

Le fait que les pouvoirs publics aient indexé la réduction sur la bonne volonté de la professions en matière d’embauche et de baisse des prix ne fait pas non plus l’unanimité. Pour Richard Vantrepol, chef de travaux au lycée professionnel de l’Estuaire à Blaye, « la TVA à 5,5 % va au mieux nous permettre quelques investissements dans la décoration de la salle de notre restaurant d’application, mais en aucun cas nous ne pourrons baisser nos tarifs ». Christine Lanfroid-Nazac ne dit pas autre chose : « Si la baisse est effective, on commencera par moderniser notre établissement. Ensuite, on pourra peut-être revaloriser les salaires de nos employés, qui le méritent bien. C’est après tout cela qu’on pensera éventuellement à recruter ». Les restaurateurs semblent d’accord sur ce point : augmenter les salaires de leur personnel serait l’une de leurs premières mesures. « Le turn over est très important dans la restauration. Les salariés sont difficiles à garder, à cause de nos conditions de travail, explique Cécile Labarre, associée à son mari dans la gestion de leurs restaurants. Nous voudrions pouvoir fixer les bons employés en leur proposant un meilleur revenu, même si l’on fait ce métier par passion et non pour l’argent ».

S’il devait avoir lieu, le passage de la TVA à 5,5 % n’entrerait en vigueur qu’à partir du 1er janvier 2010. Les restaurateurs devront prendre leur mal en patience face à la crise cette année. Richard Vantrepol attire aussi l’attention sur la grogne que pourrait occasionner la réforme, « non seulement du côté des clients qui ne verront pas les additions s’alléger, mais aussi dans les autres secteurs qui voudront bénéficier d’un taux similaire ».

Cathleen Bonnin et Olivier Moizan

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