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BD du réel... ça veut dire quoi ?
Article publié le 24/03/2009
Loic Dauvillier est le scénariste de la BD Inès, sortie le 11 mars. Il est l’un des invités du festival « Bulles en Hauts de Garonne », le 28 et 29 mars à Lormont, autour du fil rouge, "la BD du réel".

Inès traite de la violence conjugale, un thème peu abordé dans la BD. Pourquoi avoir choisi de parler de ce sujet ?

Si la bande dessinée n’aborde pas certains sujets, il n’en est rien pour le cinéma et la littérature. Depuis plusieurs années, la bande dessinée a élargi son spectre de vision. Il n’en reste pas moins que pour beaucoup, la BD reste un art de divertissement. Le chemin est encore long mais c’est peut-être cela qui rend notre travail si existant.

J’envisage mon travail comme un prolongement de ma réflexion d’homme. Comme tout le monde, je me pose des questions et je tente de trouver des réponses. Concernant la violence conjugale, j’ai souvent été confronté à ce problème. Par chance, ce fut toujours de façon indirecte. Il y a cinq ans, j’ai commencé à discuter avec des femmes violentées et des hommes repentis. Je n’avais nullement envie d’en faire un ouvrage, juste de trouver des réponses. Au bout de quatre ans, j’ai éprouvé le besoin d’en faire un livre. Mon moyen d’expression étant la bande dessinée. Inès devait être une BD. Mais l’’ouvrage ne parle pas que de la violence physique. La violence conjugale ne s’exprime pas que de cette manière. L’aspect psychologique est à mettre au même niveau que les coups.

Vous dites dans votre blog que votre démarche n’était pas de dénoncer mais de constater. Pourquoi teniez-vous à faire cette précision ?

Dénoncer, c’est s’élever publiquement contre quelque chose, manifester son désaccord. C’est donc poser un jugement et imposer un point de vue. Bien sûr, je ne cautionne pas cette violence, mais je pense qu’en qualité d’auteur, il est plus intéressant d’amener le lecteur à porter son propre jugement. Constater consiste à démontrer la réalité d’un fait. Ce terme correspond mieux à notre démarche.

N’est ce pas réducteur de ne faire qu’un constat sur un thème aussi lourd ?

C’est une question de point de vue. Je ne suis pas juge aux affaires familiales, ni assistante sociale. Je n’ai pas de réponses à apporter à ce problème, mais uniquement des questions. Pour obtenir des réponses, il faut commencer par se poser des questions. C’est le but de ce livre.

Vous êtes en pleine promotion d’Inès, avez-vous eu des retours de femmes battues qui auraient lu votre BD ?

J’ai eu des témoignages, mais avant. Maintenant, je reçois des confidences. Je suis troublé de constater que beaucoup de personnes ont été confrontées à ce problème.

Plus largement, vous considérez-vous comme membre du mouvement de la BD du réel ?

Je me considère comme une personne qui a la générosité de vouloir partager ses histoires et la prétention de croire que ses mêmes histoires sont intéressantes. Je n’ai nullement envie d’être référencé dans une catégorie. Je veux juste que mon écriture ressemble à ce que je suis. Si les lecteurs, les libraires ou les éditeurs ont besoin de me ranger dans un tiroir, j’en suis triste et je ne peux rien y faire.

Que pensez-vous de ce mouvement ?

J’ai beaucoup de mal à le définir. Pour moi, cela ne veut pas dire grand chose. Un auteur construit généralement ses histoires à partir de faits qu’il a vécus directement ou indirectement. Il peut les mettre dans un cadre contemporain ou non.

Pour moi, le cadre n’a pas grande importance, du moment qu’il le fait avec ces tripes. Bd du réel… ça veut dire quoi ? Si cela veut dire que l’on raconte des histoires que l’on a vécu… Ce n’est pas le cas d’Inès, c’est une fiction. Si cela signifie que c’est une histoire qui se déroule à notre époque, cela n’amène pas grand-chose.

J’ai la sensation que classifier rassure. Pour ma part, je n’ai nullement envie d’être rassuré. J’ai envie qu’une histoire me bouscule. Peu importe que ce soit de la science fiction ou du polar. Peu importe que l’histoire se déroule maintenant ou durant la préhistoire pourvu qu’elle me fasse ressentir des émotions et me rendre moins idiot que je ne suis. Et il y a du boulot.

Propos recueillis par Céline Diais

www.loicdauvillier.com

A lire également sur imprimatur : Les bulles en fête à Lormont http://blogjournalisme.free.fr/imprimatur/ecrire/ ?exec=articles&id_article=276

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