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La nouvelle vague du slide
Article publié le 20/03/2007
L’inauguration du skate park sur les quais bordelais a fait de nouveaux émules de la glisse. Mais en 2007, que reste-t-il de la culture skate, de sa musique et de ses codes vestimentaires ?

« À Bordeaux, c’est plus rock’n roll, Sex Pistols et jean slim », dixit Christophe, le tenancier de Scène C, le skateshop situé en face du skate park. Mais sur la nouvelle rampe le long des quais, tous les looks se mélangent. Le old school en streetwear plutôt punk, la génération hip-hop des années 90 avec T-Shirt de Snoop Dogg, et le look pop British en vogue à Bordeaux.

Par un beau mercredi de mars, au skate park, ça sent le printemps. Les modules flambant neuf sont pris d’assaut par tous les amateurs de glisse de Bordeaux. Les jeunes et les moins jeunes, les amateurs et les pros ont instauré leur propre code de conduite. Pour éviter les conflits de trajectoire dans le bowl [1], un seul impératif :« premier parti, premier resté ».

Les BMX sont accusés par les autrs riders de dégrader le park.

Mécaniquement, il y a eu un espace pour les skaters et un pour les rollers. Ce qui n’empêche pas les conflits entre les vélos (BMX) et les rollers. « Les BMX, c’est la teigne noire du skate park », accuse Thomas, 19 ans, du haut de ses rollers. « Ils squattent les endroits et cassent tout. Dans un an, reviens au skate park et tu verras comme les rampes sont aplaties ». Il avoue même s’être fait bastonner par des bikers. Des propos tempérés par Loïc, l’aîné du skate park. À 35 ans, il admet qu’il y a des petites animosités mais « les cultures sont différentes. Le skate c’est plus pour les vieux ». Si le matos est propriété privée, personne n’hésitera à prêter sa wax.

Officiellement interdite car trop glissante, cette cire est plus qu’utile « si tu veux slider [2] sur le coping [3] ». Sur un air de rap US ou de métal, le cannabis circule, ça taxe des feuilles et des clopes à tour de bras. Le poste de police en face n’inquiète personne. Autour des bowls, il y a ceux qui attendent leur tour et ceux qui se remettent d’une blessure. Ici, les têtes protégées sont rares. C’est la mode du « no pads », pas de protection, pour un style plus agressif. Les jambières et les casques, c’est réservé aux petits et aux pros. Les pros qui sont souvent sponsorisés et classés dans les cinq premiers pour les concours nationaux.

Les skaters se sont approprié le grand bowl.

Les stars de la glisse sous les feux de la rampe

Des as. Comme Elodie (roller) et Clément (skate). A 16 ans, la casse, elle connaît. Mais le roller est une passion, même si elle a failli y laisser ses roues. Il y a cinq ans, alors qu’elle descendait la rampe, elle est percutée de plein fouet par un garçon qui ne lui avait pas laissé la priorité. « J’ai frôlé la mort. J’ai eu un traumatisme crânien et je suis restée dans le coma ». Elle n’a pas tardé à reprendre, malgré le caillot sanguin toujours présent dans son crâne. « Je sais qu’au moindre impact, c’est l’hosto direct ». Depuis, elle s’est fracturée le genou. C’était il y a quatre mois. Mais ce n’est pas son attelle qui allait l’arrêter. Deux mois après, elle était de nouveau là, à passer des saltos avant et arrière (front flip et back flip) avec son ami J-B.

Eux deux, ce sont un peu les stars de la rampe. D’ailleurs, tout le monde connaît Elodie, un garçon manqué avec ses coquetteries. Quand elle enchaîne les invert, des figures acrobatiques, dans le bowl, le pantalon baggy est de mise. Mais ça ne l’empêche pas de porter le top rose et le fard à paupières assorti. Pour progresser toujours plus, elle aimerait avoir un sponsor pour la pousser dans les compéts. Clément, le pro du skate, slide pour « Transfert Skateshop », une boutique qui vend du matos de glisse. « Ils me fournissent une planche par mois et tous les articles du magasin à prix coûtant ». En échange, il affiche le total look de la marque dans les concours.

Le skate park des quais, tout le monde n’est pas fan. Pour Matthieu et Aurélien rien ne vaut les petits modules tranquilles sous le pont de pierre. « Le skate, c’est devenu trop fashion, trop pour les marques. Et puis le jean moulant, ça fait mal aux couilles ». Mais l’effet de mode marche. Après une pause de 4 ans, le temps des études, ils sont plusieurs de l’ancienne bande du lycée à s’y être remis. Et puis ici, ils peuvent louper leurs sauts, les fameux ollie, autant de fois sans gêner. Auraient-ils peur de se mêler à ceux qui enchaînent les figures aériennes sans effort ? « Moi je ride [4] pour moi, le reste je m’en fous ».

Gladys Marivat et Hélène Nahory

Photos : Yassine Tebourbi

Le site de la ville de Bordeaux sur le skate park

Portraits croisés d’Elodie et Clément

Portfolio

[1] Bowl : module de glisse en forme de bol.

[2] Slider : glisser sur un muret ou un rail.

[3] Coping : barre métallique en haut d’une rampe qui permet de faire des glissades.

[4] Rider : patiner ou faire du skate.

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