Billets Politique Monde Société Économie Culture Sciences Sport Médias Bordeaux
David Prudhomme peint les marginaux
Article publié le 2/02/2010
Les artistes bordelais sont à l’honneur au Festival d’Angoulême. « Médaillé possible », comme il le dit lui-même, David Prudhomme présente Rebetiko, un album original qui rend hommage aux rébètes, révoltés hédonistes de la Grèce populaire des années 30

David Prudhomme n’a pas choisi Bordeaux, « c’est Bordeaux qui m’a choisi... quand j’y ai fait mon service militaire ». Il y est néanmoins resté, par attrait pour la pierre « et pour la vie rock », concentrée, à l’époque, autour des « Capus ». Depuis une vingtaine d’années, ce dessinateur de quarante ans, originaire de Tours, mène une activité intense, multipliant les collaborations de qualité et les distinctions (Prix essentiel à Angoulême en 2008 avec Pascal Rabaté pour La Marie en plastique).

« Chacun cherche son Rebetiko »

David Prudhomme est intarissable sur son dernier album. Il faut dire que le sujet lui tient particulièrement à coeur. Le rebétiko, musique empreinte de mélancolie et de contestation, « c’est quelque chose que j’ai découvert et qui a mûri pendant pas mal d’années » avant d’être couché sur les planches.

Dans Rebetiko, la mauvaise herbe, Prudhomme croque des hommes de la rue, des marginaux, issus des basfonds d’Athènes au moment où s’installe la dictature en Grèce. Il nous fait partager, le temps d’une journée, l’errance de ces hommes en marge d’une société qu’ils rejettent, partageant alcool, drogues et femmes au son capiteux des bouzoukis, instruments du rebétiko. Les rapprochements avec la société actuelle ne manquent pas : identité, métissage, ivresse, oppression. « Je pense qu’on est toujours aussi effarouché par ce genre de comportement un peu marginal », constate-t-il avant de déplorer « la présence, encore aujourd’hui, de nombreux interdits et tabous ».

Alors, Prudhomme, auteur engagé ? Il s’en défend. « La mauvaise herbe, c’est plus de l’évocation que de l’affirmation ». Il y a pourtant, chez les amateurs de rebétiko, quelque chose qui cristallise les fantasmes de chacun : la démonstration d’une passion vécue à l’extrême contre les anathèmes de toutes sortes. D’une certaine manière « chacun cherche son rebetiko », confie Prudhomme.

Les dessinateurs de la rue de la Rousselle

C’est dans le quartier historique de Bordeaux, rue de la Rousselle, entre le cours Victor-Hugo et le cours Alsace-Lorraine, que David Prudhomme s’est installé. C’est là aussi que sévissent de talentueux dessinateurs de bande-dessinée.

Au 54 réside l’atelier des Editions de la Cerise, une bande de jeune dessinateurs rassemblée autour de Guillaume Trouillard. Juste à côté, au 56, on retrouve David. La librairie La mauvaise réputation n’est pas loin. Un quartier propice à l’esquisse ? Plutôt « un effet boule de neige », selon David Prudhomme, « le nombre important de dessinateurs à Bordeaux permet la formation d’ateliers, même si certains préfèrent travailler seuls... moi j’alterne ! », tranche l’artiste.

Pour préserver l’originalité de la création, Prudhomme est par ailleurs soucieux de ne pas tomber dans la production à outrance. « Il faut un an ou deux pour finaliser une histoire et à un moment, on s’extrait un peu de la vie pour plonger dans l’espace à deux dimensions du dessin ». C’est le domaine privilégié et fragile de la création, au cours de laquelle l’auteur « essaie de faire suivre à l’histoire le cours de l’intention ». Et aujourd’hui, bien qu’il ait creusé le sujet, Prudhomme n’est pas rassasié et il confesse, énigmatique, « sur ce thème, ce n’est peut-être pas fini... »

Anthony Cerveaux

Angoulême, lever de rideau

Quand on lui parle d’Angoulême et d’un éventuel prix, David Prudhomme reste prudent. « C’est assez étonnant de voir comme ça peut monter pendant quatre jours et puis s’évaporer aussi vite ». Un événement incontournable, certes, mais qui éclipse les autres rendez- vous BD de l’année. « Tout le monde est focalisé sur Angoulême, mais il y a beaucoup d’autres salons ».

Prudhomme a d’ailleurs reçu fin 2009 le prix « coup de coeur » du Festival « Quai des bulles » de Saint-Malo pour Rebetiko. « Mais Angoulême rappelle au grand public que la bande-dessinée existe, sauf s’il y a une sortie de Titeuf ou d’Astérix en septembre », lâche t-il avec ironie. Rebetiko de David Prudhomme fait partie des 58 albums sélectionnés pour le prix du « Fauve d’or » récompensant le meilleur album de l’année.

A. C.

MAJ : David Prudhomme n’a pas obtenu le Fauve d’or, en revanche son album est récompensé par le prix Regards sur le monde.

Commentez cet article !

> Page consultée 583 fois
> 0 commentaire(s)
 

imprimatur.fr on Facebook
Imprimaquoi ?

Imprimatur est le journal école de l'Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA). Il est créé par les étudiants de 1ère année et distribué gratuitement dans plusieurs lieux publics de Bordeaux.

Vous pouvez télécharger le dernier numéro au format PDF en vous rendant sur la page d'accueil du site.


Imprimatur, journal-école de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine.
Fondateur : Robert Escarpit. Directrice de la publication : Maria Santos-Sainz.
IJBA, 1 rue Jacques Ellul, 33 080 Bordeaux Cedex. Tel : 05 57 12 20 20
www.ijba.org - Association des diplômés