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" Les Haïtiens sont dignes "
Article publié le 29/01/2010
Les six antennes de Radio France internationale installées en Haïti sont restées intactes à la suite du séisme. La radio continue d’émettre depuis Port-au-Prince. Mais la station a bousculé ses programmes. Elle consacre une heure par jour à une émission d’information pratique au service des Haïtiens. Amélie Baron, correspondante locale depuis trois mois, était sur place le jour du séisme.

"Une demi-heure après la première secousse, c’était surréaliste. Il y avait des répliques toutes les dix minutes. Mon immeuble n’est pas tombé mais il était bien fendu. Après être sortie, je suis remontée pour prendre mon appareil photo et mon magnéto. C’est un réflexe basique de journaliste. Pas forcément la meilleure chose à faire quand il y a un tremblement de terre de cette force. J’ai passé la nuit sur un terrain de basket avec 300 personnes. Là, j’ai pris quelques photos. Mais je n’ai rien enregistré. Des sons assez apocalyptiques, chaotiques, des gens qui crient dans tous les sens, des blessés, des voitures qui défilent : je ne voulais pas les entendre à nouveau. Le lendemain, j’ai marché 15 km peut-être dans Port-au-Prince pour voir les dégâts. Je suis arrivée à l’ambassade de France. J’ai pu utiliser le téléphone satellite de l’ambassadeur, faire un premier reportage et surtout leur dire que j’étais vivante".

"Dans les heures qui ont suivi, les Haïtiens se sont vraiment soudés. Ils se sont organisés en comités de quartier, ils ont partagé tout ce qu’ils avaient. Ça a facilité le travail des ONG. Quand elles sont arrivées, elles ont tout de suite su quels étaient les besoins en nourriture, en médicaments. J’étais avec les secouristes quand ils ont repêché un garçon de 24 ans dimanche. Ils avaient les larmes aux yeux. Ça fait dix jours qu’on continue à récupérer les cadavres ici. On est obligés, parce qu’il faut bien que les gens puissent faire leur deuil. On a été rejoints par des secouristes du monde entier. Si on retrouve toujours des survivants, c’est grâce à eux. Les journalistes qui ont pu sauver des Haïtiens, ils se sont juste trouvés au bon endroit au bon moment. Tant mieux pour eux, ça a fait pleurer dans les chaumières, mais les vrais héros ce sont les secouristes".

"On a l’impression que les médias veulent que l’île soit à feu et à sang. Ça me révolte un peu parce que j’aime ce pays et tout ça c’est faux ! C’est peut-être le syndrome de CNN qui veut faire à tout prix du sensationnel. Les scènes de pillage, il y en a eu, mais c’est normal ! Quand les gens voient un magasin fermé plein de nourriture, ils vont se servir. C’est normal, ils ont faim. Durant les distributions de victuailles, il y a eu des bousculades mais ça n’a jamais viré à l’émeute. Il y a 400 000 personnes qui sont dans la rue, à camper, qui n’ont rien. Moi je pense qu’ils sont dignes ! La ville est peut-être moins dangereuse qu’elle ne l’était auparavant parce que les gens ont autre chose en tête".

"Je ne me vois absolument pas rentrer en France maintenant. Ça peut paraître bizarre mais moi, ma place est là. Ça va être compliqué parce qu’il faudra que je retrouve un logement sécurisé. Mais quitte à faire du camping, je reste là. Il y a du travail pour des mois et des mois, et moi je veux rester pour en parler. Bientôt les caméras du monde entier partiront parce qu’elles trouveront un autre sujet. Mais la reconstruction va commencer, avec ses problèmes de logistique, de santé. Moi, je ne veux pas qu’on oublie."

Propos recueillis par Maud Rieu et Mathias Kern

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