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A la barre #01
Article publié le 29/01/2010
Tribunal correctionnel, lundi 25 janvier

" Le rapport de médecine légale fait froid dans le dos, martèle la procureure, il aurait pu mourir. " Et cela, pour quinze euros. Lui, c’est K., 16 ans. Le 31 décembre, il est transporté d’urgence à l’hôpital : fracture d’un côte et perforation du poumon gauche. Sa survie, il la doit principalement à son jeune âge et à une lame un peu trop courte. La scène se passe à Lormont. Le jeune homme veut récupérer les quinze euros qu’il a prêtés à O., 19 ans. Au téléphone, un rendez-vous est fixé, les insultes suivent. A son arrivée, K. est accompagné d’amis. Il s’avance, gifle O. Ce dernier a un couteau dans la poche. Mouvement circulaire, poignard dans le dos. K. est à terre. " J’ai eu peur. Ils étaient plusieurs contre moi. Je n’ai pas voulu lui faire de mal ", explique le jeune O., étonnamment calme, dans le box des accusés. Celui qu’on décrit comme un garçon gentil ne conteste pas les faits. Il n’a pas de casier judiciaire, s’est rendu lui-même au commissariat après l’agression. Pourtant, ce soir-là, il aurait pu commettre l’irréparable. Il en a conscience. Verdict : dix-huit mois de prison dont douze avec sursis. Pour quinze euros.

" L’enfer. " Un terme prononcé plusieurs fois par la procureure au cours de l’audience. Il y a d’abord l’enfer de F. et M., deux cousins de 22 et 25 ans. L’un alcoolique, l’autre analphabète et sans domicile fixe. Tous deux à peine sortis de prison et poursuivis pour tentative de vol et dégradation d’un véhicule. " C’était juste pour dormir " en attendant les premiers bus, assure F. sans conviction. C’était surtout " la chronique d’un désastre annoncé ", l’exemple même d’une sortie de prison non préparée, selon la procureure, qui souligne la " monstruosité juridique " que constituerait, dans leur cas, l’application de la peine plancher. Ils s’en sortent avec quatre mois ferme.

Et puis, il y a l’enfer conjugal. Celui de femmes victimes de " tyrans domestiques qui s’en prennent à plus faibles qu’eux " . Pas moins de trois affaires de violences domestiques. A l’image de celle d’I., un mari aimant parmi tant d’autres, qui prouve son amour depuis vingt ans à force de coups et d’insultes. Le 24 janvier, une dispute éclate : son épouse veut divorcer. Et c’est la menace de trop, à l’arme blanche cette fois, qui la pousse à chercher refuge au commissariat de Mérignac. Hors de lui, le prévenu détériore les locaux et blesse l’agent de garde. Lui qui pourtant, jure " devant Dieu " n’avoir jamais frappé son épouse. " J’aime trop ma femme et mes enfants " assure-t-il, larmoyant. Certainement " pas de la bonne manière " , rétorque la présidente, qui énonce la sentence : un an de prison dont six mois fermes, assortis d’une mise à l’épreuve de deux ans. Le prévenu éclate en sanglot : " Je ne sortirai pas de là vivant " . Il est évacué.

Leïla-Mathilde Méchaouri

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