Billets Politique Monde Société Économie Culture Sciences Sport Médias Bordeaux
Le sport entre idéal et propagande
Article publié le 4/02/2010

Vendredi 8 janvier, la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations est lancée. Alors que l’équipe togolaise de football entre dans l’enclave de Cabinda, le bus essuie des salves de mitraillettes. On connaît la suite. La manifestation sportive se voulait neutre et pacifique, l’utiliser pour exprimer dans le sang des revendications politiques a de quoi choquer. Pourtant, sans aller jusque-là, les enjeux du sport international ont depuis longtemps débordé les barrières du stade.

Les conflits du XXème siècle ont souvent eu leur pendant sportif, pour le meilleur comme pour le pire. Il y a la prise d’otage de Munich aux Jeux Olympiques de 1972. Un commando palestinien séquestre la délégation israélienne et exige la libération de 230 prisonniers. L’opération s’est conclue par un massacre et il est difficile de voir aujourd’hui les effets positifs de l’opération pour la cause palestinienne. Il y a aussi la Coupe du monde de rugby de 1995. Devenue le symbole de la réconciliation de l’Afrique du Sud et célébrée dans le dernier film de Clint Eastwood Invictus, elle est l’un des événements qui ont valu à Nelson Mandela le prix Nobel de la paix.

JPG - 125.5 ko

Affrontements et réconciliations

Bien sûr, les terroristes ne sont pas seuls à avoir perçu l’intérêt d’utiliser le sport à des fins politiques. On appelle ça la diplomatie par le sport. « Aux JO de Londres en 1908, certains pays ont compris que les affrontements sportifs étaient une démonstration de puissance vis-à-vis des États étrangers », explique Patrick Clastres, chercheur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.

Bien utile, l’outil a été surexploité durant les grands affrontements idéologiques, des régimes totalitaires à la Guerre froide. Les Jeux Olympiques de Moscou en 1980, boycottés par les États-unis, ont été un théâtre de propagande, et la Coupe du monde de Football de 1978 en Argentine a été l’occasion de louer les fabuleux mérites de la junte du dictateur Videla. Et puis, il y a les matchs de foot opposant la Turquie à l’Arménie en octobre dernier ou entre les deux Corées en 2008, érigés en symboles de réconciliation. Il ne faut pas surestimer la valeur de ces démonstrations, selon Patrick Clastres, car elles restent des mesures symboliques. Après tout, le boycott des JO de Moscou n’a pas arrêté la Guerre froide et les deux Corées ne sont pas près d’ouvrir leurs frontières.

Promouvoir une société harmonieuse ?

Mais alors, qu’en est-il des déclarations de paix universelle, du « développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine », inscrites en préambule de la charte du Comité international olympique ? Les JO de Pékin ont certes permis d’attirer l’attention sur la question des droits de l’homme, mais ce n’est pas grâce au comité organisateur. « S’ils n’ont pas pris parti, c’est que leur conduite est davantage dictée par les intérêts de leurs sponsors », souligne Patrick Clastres. Les droits de l’homme ne devaient assurément pas être inclus dans cet idéal harmonieux de société pacifique. Le sport ne génère pas plus de violence que de paix dans le monde, ni de « dignité humaine », puisqu’il les cristallise.

Olivier Laffargue

Sport et conflits : 6 dates clés

6 septembre - 14 octobre 2009, qualifications pour la Coupe du monde de football 2009 : la Turquie rencontre l’Arménie.

6 octobre 2001, match amical : Match France-Algérie interrompu suite à l’envahissement du terrain par des supporters.

1984, Jeux Olympiques : l’URSS boycotte la manifestation organisée à Los Angeles.

1968, Jeux Olympiques : Tommie Smith et John Carlos lèvent un poing ganté sur le podium en hommage aux Black Panthers.

1936, Jeux Olympiques : l’Allemagne nazie utilise l’événement pour sa propagande antisémite. Hitler refuse de saluer l’athlète noir Jesse Owens.

A lire également :
- Un racisme ordinaire
- L’ambivalence des ultras
- Un match à oublier

Commentez cet article !

> Page consultée 3493 fois
> 0 commentaire(s)
 

imprimatur.fr on Facebook
Imprimaquoi ?

Imprimatur est le journal école de l'Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA). Il est créé par les étudiants de 1ère année et distribué gratuitement dans plusieurs lieux publics de Bordeaux.

Vous pouvez télécharger le dernier numéro au format PDF en vous rendant sur la page d'accueil du site.


Imprimatur, journal-école de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine.
Fondateur : Robert Escarpit. Directrice de la publication : Maria Santos-Sainz.
IJBA, 1 rue Jacques Ellul, 33 080 Bordeaux Cedex. Tel : 05 57 12 20 20
www.ijba.org - Association des diplômés