Billets Politique Monde Société Économie Culture Sciences Sport Médias Bordeaux
Dans les quartiers, le sport, c’est souvent « un racisme ordinaire »
Article publié le 2/02/2010
La pratique d’un sport est violente. Michel Jamet, sociologue à l’Université Victor Segalen, répond aux questions de la rédaction d’Imprimatur.

Imprimatur : Le sport et la violence sont-ils inséparables ?

Michel Jamet : Oui. La violence est une opposition entre deux adversaires. Après, ce sont le degré et les formes qui peuvent varier : jusqu’à quel point c’est acceptable et sous quelle forme.

Imprimatur : N’y a-t-il pas contradiction entre la compétitivité, le rapport de domination et les valeurs de communion que véhicule le sport ?

M.J. : C’est effectivement un des éléments importants du jeu sportif qui est à la fois compétition et coopération. Il y a tension entre les deux si on prend les sports collectifs. Il faut qu’il y ait opposition entre deux équipes, mais aussi qu’il y ait coopération entre les acteurs. La contradiction compétition/coopération est difficilement dépassable, elle est permanente dans toutes les situations sportives mais pas au même degré. Dans certains cas, c’est la coopération qui l’emporte, par exemple quand on fait du sport pour se faire plaisir (un match dans le quartier ou sur la plage). En compétition officielle, c’est le résultat qui l’emporte. Donc, il y a un équilibre sur ce contrat, ce respect des règles qui est toujours instable.

Imprimatur : L’aspect idéologique de ces contrats et les réalités dures du sport ne sont-ils pas en conflit ?

M.J. : Je crois que l’aspect idéologique, c’est autre chose. C’est le discours que l’on construit autour du fait sportif, qui participe aussi du phénomène sportif. Dire que le sport véhicule des valeurs d’entraide, de coopération, de respect de l’adversaire, c’est un discours éducatif -que tiennent les profs d’EPS dans le cadre de leur classe-. Les entraîneurs de rugby se disent « éducateurs sportifs », apprennent aux jeunes à s’entraider, à jouer avec les autres. C’est un discours qui donne un sens à la réalité. Si on met l’accent sur la coopération, on dira que le sport, c’est bien. Si on le met sur la confrontation, l’opposition, la gagne à tout prix, la finalité du sport peut être négative. C’est toute l’ambiguïté du phénomène sportif.

Imprimatur : La qualité de jeu, le niveau de professionnalisation des joueurs ont-ils une influence sur la fréquence et la force de la violence ? Etre amateur légitime-t-il le « mauvais jeu » ?

M.J. : Je ne crois pas qu’on puisse parler d’échelle de violence corrélée avec le niveau de jeu. Il y a plutôt des niveaux de violence liés à des situations particulières. Si on prend par exemple ce qui s’est passé dans le football ces derniers mois entre l’Algérie et l’Égypte, géographiquement proches, c’est lié à une situation à la fois internationale et à une instrumentalisation idéologique nationaliste. On peut retrouver cela au niveau local avec des conflits de quartiers où « on » fait monter la tension... « On », ici, sont souvent les dirigeants soit incitateurs soit absents dans la régulation. Il y a souvent ce que l’on pourrait appeler du racisme ordinaire, si on veut, le rejet de l’autre. Après quand on arrive à un certain niveau, on sait bien que quand on n’est pas professionnel dans sa manière de jouer ou de plaquer, ou d’agir, on est sanctionné par les règles de la fédération. L’arbitre intervient à ce moment-là qui sanctionne individuellement ou collectivement. Ce processus aide à canaliser la violence.

Propos recueillis par Clément Beuselinck-Doussin

Pour en savoir plus :
 Norbert Elias, sociologue allemand, DUNNING Eric, Sport et civilisation. La violence maîtrisée Jean-Michel Faure, « Voutré, mon village », n° 32, Le beau, mars 1999, pp. 129-142

Commentez cet article !

> Page consultée 1070 fois
> 0 commentaire(s)
 

imprimatur.fr on Facebook
Imprimaquoi ?

Imprimatur est le journal école de l'Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA). Il est créé par les étudiants de 1ère année et distribué gratuitement dans plusieurs lieux publics de Bordeaux.

Vous pouvez télécharger le dernier numéro au format PDF en vous rendant sur la page d'accueil du site.


Imprimatur, journal-école de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine.
Fondateur : Robert Escarpit. Directrice de la publication : Maria Santos-Sainz.
IJBA, 1 rue Jacques Ellul, 33 080 Bordeaux Cedex. Tel : 05 57 12 20 20
www.ijba.org - Association des diplômés