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Elections : où sont passés les champions ?
Article publié le 2/02/2010
Les partis politiques ont compris leur intérêt d’avoir des sportifs à leurs côtés lors des campagnes électorales. Pour certains athlètes, l’engagement est sincère.

C’était en juillet 2009. Il y a sept mois. Une éternité dans le calendrier politique. « Je repars en politique, j’ai rencontré le Président de la République. Il m’a dit qu’il comptait sur moi et ça me plaît. Les élections en Aquitaine, j’en avais envie. Lui aussi. Il m’a convaincu », carillonnait alors Bernard Laporte dans la presse. Puis vient le temps de l’hésitation, du doute. Il songe un instant à Paris. Et puis, finalement, son nom disparaît de la feuille de match. L’ancien entraîneur de l’équipe de France de rugby et ex-secrétaire d’Etat aux Sports, ne sera pas candidat sur la liste UMP aux élections régionales en Ile-de-France. Pas plus qu’en Aquitaine.

Il ne sera pas le seul absent. En Gironde, les anciens sportifs sont les grands oubliés des listes. Une surprise, car l’aura du sportif est une denrée rare, recherchée à l’approche des rendez-vous électoraux. « La place sociale du sport est très importante, et les politiques l’ont bien compris. Jacques Chirac a profité de la Coupe du Monde de 1998 pour se relancer après l’échec de la dissolution », explique le sociologue Igor Martinache.

L’engagement des sportifs dans le champ politique s’intensifie dans les années 1980. Deux évolutions convergentes expliquent cette explosion. « La diffusion des événements sportifs à la télévision va de pair avec la médiatisation de la vie politique », analyse l’historien Patrick Clastres. Roger Bambuck, sprinteur français des années 1960, et Guy Drut, champion olympique en 1976, tentent l’aventure à cette période.

Neutralité politique du sport

Le phénomène remonte aux années 1930. « C’était la période de la grande presse sportive, des documentaires au cinéma et de la retransmission des compétitions à la radio ». L’exemple de Jules Ladoumègue, coureur bordelais, séduit par les discours du Parti Communiste et du Parti Social Français (droite nationaliste), est éloquent. « Ce jeune homme n’avait pas d’engagement de longue date, pas de culture politique importante et il n’était pas structuré idéologiquement. Il n’a été qu’une marionnette entre les mains de ces formations. »


« Ils sont plus des objets médiatiques que des acteurs politiques »


Aujourd’hui, la professionnalisation croissante du sport reproduit le même effet. « Il est raisonnable de dire que les sportifs ont une faible formation en la matière. Du coup, il y a des sportifs qui s’engagent en politique mais pas de sportifs qui ont des engagements politiques », assure Patrick Clastres. Cette neutralité « apparente » des sportifs reste déterminante. Elle explique les sollicitations dont ils sont l’objet. « Ils sont connotés positivement. Ils bénéficient d’une image de combattant car ils ont éprouvé l’adversité, le combat. »

En 2008, Serge Simon et Guy Accoceberry, anciens internationaux de rugby, étaient présents sur les listes PS et UMP pour les municipales à Bordeaux. « Récupérer la réussite des sportifs correspond en partie à une stratégie d’affichage », souligne Igor Martinache. « Ils sont plus des objets médiatiques que des acteurs politiques. Peu font des carrières politiques », ajoute Patrick Clastres.

Impossible toutefois d’identifier de typologies précises. « Il serait très réducteur de dire que les sportifs qui s’engagent sont tous de droite. De même, dire que certains sports sont de droite et d’autres de gauche n’a pas de sens. », indique Igor Martinache. Alain Calmat, patineur médaillé d’argent à Innsbruck en 1964 a été ministre de Laurent Fabius, et Gwendal Peizerat figure sur la liste du socialiste Jean-Jack Queyranne pour les prochaines régionales en Rhône-Alpes.

« La question qu’il faut se poser, remarque Igor Martinache, c’est pourquoi la majorité des sportifs ne s’engage pas vraiment. Il est vrai que leur popularité est grande et que s’investir dans une élection est facteur de clivage. »

Thomas Bach et Bertrand Courrège

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