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La révolution en 140 caractères
Article publié le 11/02/2010
Une nouvelle étude sur Twitter recense quinze millions d’usagers actifs. Mais qui derrière l’avatar ? La plate-forme de micro-blogging fédère les initiatives, de l’expérience journalistique au soulèvement social

Émeute virtuelle au Venezuela

Au Venezuela, une guerre de propagande investit le champ virtuel. Les médias, qui relaient l’information, n’échappent pas aux interprétations. Hugo Chavez perd patience.

Jeudi dernier, le président vénézuélien a interpellé ses députés en réaction à une fronde amorcée la semaine dernière sur Internet. Depuis la fermeture de plusieurs stations de radio et de la chaîne de télévision privée RCTV, le pays est débordé par une émeute virtuelle.

Sous les bannières #FreeVenezuela et #FreeMediaVE, la plateforme Twitter centralise la révolte. Plusieurs dizaines de milliers d’usagers inondent quotidiennement le réseau. De la dissidence interne à l’opposition occidentale, la propagande qui investit la plateforme est difficile à décrypter. Les partisans de Chavez, de leur côté, veillent à encadrer la bataille idéologique.

Vendredi 5 février, le journal péruvien La Republica cite dans ses pages le président Chavez. Il qualifie Twitter d’« instrument de la menace terroriste. » Le site Rebelion, hébergé au Venezuela, met en doute l’information.

« Différents sites ont relayé l’annonce, qui s’est propagée sur Twitter, sans que personne ne se dérange à en confirmer la véracité. »

Elle provient du site ReadWriteWeb, spécialisé dans les nouvelles technologies. « Propriété d’une entreprise américaine », annotent les auteurs du blog, militants.

Jeudi soir, la protestation amorcée sur Internet a investi la rue. Sur la timeline de Twitter, un commentaire : « Pendant que Chavez parle sur la chaîne nationale, les manifestants sont dispersés par la police. » Il provient du compte de CNN Espagne, anti-révolutionnaire s’il en est.

« Beaucoup semblent utiliser la bannière #FreeMediaVe pour alimenter la propagande anti-chaviste », analyse le journaliste Matthew Weaver dans les colonnes du Guardian. « Mais il faut reconnaître que le volume de tweets contre la mise au pas des médias n’est pas négligeable. »

La versatilité d’Internet, et en particulier de Twitter, rend la censure difficile. Mais en dépit des propos rapportés par ReadWriteWeb, telle n’était pas l’intention du gouvernement. « La bataille commence sur Internet », annonçait ainsi en début d’année Mario Silva, directeur du « programme d’opinion » de l’antenne publique vénézuélienne. « Elle est bien bonne, Président, votre recommandation de l’autre jour, que tous les Vénézuéliens, absolument tous, tous les révolutionnaires investissent Internet. » Mario Silva créait alors son compte Twitter, invitant tous les membres du gouvernement à communiquer entre eux par le biais du réseau.

Cette semaine encore, le Venezuela fait partie des trois sujets les plus évoqués sur Twitter. Le mécontentement de la population est sur-représenté. En face, les pro-Chavez font du zèle. Et la lutte continue.

Olivia Dehez


EN TÊTE-À-TÊTE AVEC TWITTER

Vivre enfermé dans un recoin du Périgord. Pendant cinq jours. Avec comme seules sources d’information les réseaux sociaux Facebook et surtout Twitter. C’est ce qu’ont vécu cinq journalistes la semaine dernière. Retour sur l’expérience avec Benjamin Muller de France Info.

Sur l’emballement médiatique

« Je m’attendais à ce qu’on parle de nous parce que les journalistes aiment bien parler des journalistes qui parlent eux-mêmes des journalistes. »

Et comment ! Plus de 1.500 articles consacrés à l’expérience en deux semaines. Le thème est dans le top 5 des sujets les plus évoqués sur Twitter. Les critiques viennent surtout d’une presse dépassée par la situation qui se sent attaquée.

Sur la publicité autour de l’événement

« Cette aventure, c’est une réflexion modeste, mais c’est une réflexion quand même. Le but des grands médias comme France Info, c’est de parler au plus grand nombre. Ce n’est pas tous les jours qu’une radio française organise un événement dont on parle. »

C’est aussi ce qui semble avoir posé problème. Les cinq journalistes-cobayes ont été abreuvés de liens et d’informations, parfois fausses. Sans tomber dans le piège.

Sur son état d’esprit avant l’expérience

« J’étais sans a priori, je ne partais pas en me disant que le but était de prouver quelque chose. Je me disais juste qu’il fallait que je sois le plus neutre possible. »

Twitter est un chouette relais pour l’information, mais il n’offre pas toujours toutes les clés pour le décryptage. Selon les enfermés volontaires, tout dépend du réseau, selon qu’il vous propose plutôt du LOL ou de vraies infos.

Pierre Breteau

Générateur de trafic

« On a une balance dans nos rangs ». Un dealer vient de réintégrer les quartiers. Relâché prématurément de prison, son entourage le soupçonne de connivence avec la police. L’alerte circule sur Twitter. Le gang de la baie de San Francisco a saisi la portée du micro-blogging. Menaces, avertissements, avis de meurtres, fanfaronnades, échanges sur les gangs rivaux, le néo-gangstérisme a trouvé son support de prédilection.

Et la police attend au virage, en planque derrière l’écran. Dean Johnston, de la brigade des Stups de Californie, guette les fuites. « On apprend des choses sur des gens dont on n’avait même pas connaissance. On établit ensuite un arbre. » Un coup de fil à la société gestionnaire de Twitter, et les noms des propriétaires de comptes apparaissent au tableau des suspects.

La semaine dernière, cinquante membres d’un gang impliqué dans un trafic de drogue sont passés aux menottes de la police de Los Angeles.

À l’origine de leur perte, MySpace, et un penchant malavisé pour la notoriété. Ils parlent trop. Et Internet ne pardonne pas.

O. D

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