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Schipper raconte
Article publié le 12/02/2010
Veste en jean et écharpe fushia, Johanna Schipper affiche un style décontracté et coloré. Un mélange qui convient bien à une dessinatrice de bande dessinée. Elle nous accueille souriante à l’espace culturel Saint-Rémi, où se déroule actuellement le festival Bord’images. A cette occasion, les murs de l’ancienne église ont été recouverts des dessins de trente bédétistes bordelais. Johanna a accepté de nous commenter les siens

« Les peintres expressionnistes dessinaient beaucoup de croquis et de scènes de la société »

L’action se passe en Allemagne avant 1933, c’est-à-dire juste après la crise. C’est une période de transition, une période relativement tranquille. Les lois anti-juives n’ont pas encore été promulguées et les actes de vandalisme n’ont pas commencé. Les personnages représentés renvoient à différents niveaux : on a la petite bourgeoisie, la classe moyenne et la pauvreté. Le texte off est comme un journal tenu par le personnage principal Principius. Il se pose ici des questions sur un enfant qu’il a eu quelques années auparavant avec une artiste. Ses pensées sont en corrélation avec ce qui est en train de se passer sous ses yeux. Le couple lui rappelle son histoire d’amour. Et quand il apparaît à la troisième image, c’est pour se demander si son enfant n’est pas en train de cirer des chaussures comme ce jeune garçon devant lui.

Pour ces images, je me suis inspirée de peintres allemands des années 20 comme George Grosz et Otto Dix, appartenant au courant expressionniste. Cette passion pour la peinture me vient de mon milieu familial. Petite, je traînais souvent dans les musées avec ma mère, qui a suivi des études d’histoire de l’Art. Les peintres expressionnistes dessinaient beaucoup de croquis et de scènes de la société. C’est donc tout naturellement que je m’y réfère pour la bande dessinée.

« La bouche en surimpression sur la forêt dégage une ambiance angoissante et agressive »

Un dessin d’une page entière. C’est une image de rupture qui tranche avec un découpage en cases, par son format et son style. Elle crée un moment pictural fort. On retrouve trois grandes images similaires dans la bande dessinée. Elles servent à diviser l’histoire en chapitres. Leur dimension surréaliste amène le lecteur à ressentir d’une façon différente ce que vit le personnage principal. Ici, la bouche en surimpression sur la forêt dégage une ambiance angoissante et agressive. Telle une morsure qui se referme sur lui, Principius est capturé par cette énorme bouche d’un rouge vif. L’arbre est un élément que l’on retrouve dans les trois grandes images. Il renvoie à l’arbre généalogique et donc à la famille sur laquelle s’interroge le héros. L’utilisation du papier collé est une liberté que je me suis donnée dans les grandes images. Il introduit une rupture graphique mais je l’ai utilisée avec parcimonie. L’idée de la bouche était présente avant même que je commence à dessiner. Je ne sais pas pourquoi elle m’est venue.

« Dans ce microcosme évolue toute une société avec sa hiérarchie sociale, ses codes et surtout ses peurs »

L’histoire est un huis-clos qui se déroule à l’intérieur d’un train bloqué au milieu de la forêt, à la frontière avec la Tchécoslovaquie. Dans ce microcosme évolue toute une société avec sa hiérarchie sociale, ses codes et surtout ses peurs. La peur de l’autre domine par dessus-tout. C’est ce que va montrer l’arrivée d’une population « étrangère » aux voyageurs du train. Ce sont des tsiganes, des travailleurs saisonniers, des ouvriers agricoles. Leur origine exacte n’a pas grande importance. Ils sont là pour donner du relief, articuler l’histoire et surtout montrer le climat de peur sous-jacent en Allemagne à ce moment-là. Un climat de peur mis en place par la propagande du parti nazi. Avec les pogroms d’Europe de l’est, beaucoup de juifs des régions frontalières s’étaient réfugiés en Allemagne. Le pouvoir allemand a joué sur cette image du juif migrant, pauvre, sans terre, pour réactiver la stigmatisation. Les couleurs sont celles d’une forêt au printemps : brun, marron, vert clair. Les tons sont encore pâles car les bourgeons n’ont pas pleinement éclos. Mais bientôt le printemps refleurira.

« Il n’y avait pas de connotation politique, les gens n’avaient pas de recul »

Texte de : Chloé Rondeleux

Son de : Leïla-Mathilde Méchaouri


Johanna Schipper en 5 dates

1967 : Naissance à Taïwan de parents néerlandais. Son père est sinologue.

1986 à 1991 : Ecole supérieure de l’image à Angoulême.

2000 : Publication du premier tome d’une BD pour enfants, Les Phosfées.

2008 : Prix Artémisia de la BD féminine pour l’album Nos Âmes sauvages.

14 février 2010 : Sortie de son dernier album Le Printemps refleurira aux éditions Futuropolis.

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(1 commentaire)

    16 février 2010 10:33, par FaysL

    Dada, dit aussi dadaïsme, est un mouvement intellectuel, littéraire et artistique qui, entre 1916 et 1925, se caractérisa par une remise en cause, à la manière de la table rase, de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques.

    Malgré la Première Guerre mondiale, Dada connut une rapide propagation internationale.

    Ce mouvement a mis en avant l’esprit d’enfance, le jeu avec les convenances et les conventions, le rejet de la raison et de la logique, l’extravagance, la dérision et l’humour. Ses artistes se voulaient irrespectueux, extravagants, affichant un mépris total envers les « vieilleries » du passé comme celles du présent qui perduraient. Ils recherchaient la plus grande liberté de créativité, pour laquelle ils utilisèrent tous les matériaux et formes disponibles. Ils recherchaient également cette liberté dans le langage, qu’ils aimaient lyrique et hétéroclite. tres bon article clair et remarquablement bien commenté , j espere en voir beaucoup d’autre encoeur , SCHIPPER !

    Voir en ligne : http://http://blogjournalisme.free....


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