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Annie, 69 ans, 715 euros par mois
Article publié le 16/02/2010
« La retraite faut la prendre jeune... Faut surtout la prendre vivant. C’est pas dans les moyens de tout le monde. » Jamais les mots de Michel Audiard n’ont sonné aussi juste que lorsque nous avons rencontré Annie. Cheveux paille, yeux bleus rieurs et pull rose, à 69 ans, cette jeune retraitée respire la joie de vivre mais surtout l’envie de bien vivre. Pourtant, cette vie reste difficile. Célibataire elle affronte le quotidien avec des revenus peu élevés qui l’empêchent de vivre sa retraite dans la légèreté. « Je n’ai pas honte de ma situation, beaucoup connaissent la même galère. Les gens doivent savoir. »

Revenus J’ai cessé de travailler en 2002. J’étais employée à mi-temps dans une maison de retraite. Je m’occupais de la cuisine, du service et d’autres tâches. Vous savez, il faut être polyvalent. Je recevais un salaire équivalent à mes revenus actuels. Je crois que j’avais 600 euros par mois. Mais je m’en sortais plus facilement qu’aujourd’hui. C’était moins difficile. Désormais, j’ai 715 euros par mois. En détail, je touche 649 euros mensuel de retraite et je reçois également 200 euros tous les trois mois à titre complémentaire. C’est une petite retraite. 715 euros, c’est une somme trop élevée pour percevoir le minimum vieillesse mais pas suffisante pour vivre sans se poser de questions.

Alimentation et logement Je connais les bons plans à Bordeaux. Je sais où et quand il y a des promotions. Je ne peux pas évaluer le budget que je consacre à l’alimentation chaque mois. Je me rends la plupart du temps dans les discounts. Et en ce moment, je bénéficie d’une aide alimentaire du conseil général de la Gironde de 200 euros. C’est la seconde fois que je la sollicite. La somme est versée à l’association l’Epicerie. Je m’y rends pour faire mes courses et à la caisse la note est divisée par deux. L’aide s’épuise au fur et à mesure. Je suis arrivée à Bordeaux en 1983. J’habite avec mes chats un appartement dans le quartier de Bergonié. La vie y est très agréable. Le loyer s’élève à 425 euros. Je paie 250 euros et les 175 euros restant sont versés directement par la CAF au titre de l’allocation logement. Mais aujourd’hui, je suis contrainte de chercher un nouveau logement. L’appartement est mis en vente et je dois partir avant l’été.

Factures, santé et transports Je paye d’abord mes factures. Après, c’est sûr que parfois je n’ai plus rien. Je dépense près de 40 euros l’été et près du double en période de grand froid pour l’eau et l’électricité. Avant, j’avais le gaz et quand je ne payais pas on me le coupait. Pour le téléphone, la question est réglée. Je n’ai ni fixe, ni mobile. J’appelle par des cabines ce qui me coûte 15 euros par mois. Et je ne paie pas la redevance télé. Comprenez que c’est comme pour la taxe d’habitation, j’aimerais la payer. Ça voudrait dire que ça marche bien pour moi. J’attends mon nouveau dentier, mais j’appréhende le paiement. En dépit de ma mutuelle (70 euros), je dois payer avant de recevoir l’appareil. C’est pour cette raison que j’ai sollicité une assistante sociale. Pour les autres soins, je vais voir les internes des hôpitaux Saint-André et Pellegrin. Je n’ai pas de voiture. Je me déplace exclusivement en transport en commun. Ma carte me donne le droit de prendre gratuitement les bus et tramway de la ville.

Loisirs et autres Pour mes cheveux, je vais dans une école de coiffure, la formule shampooing, coupe, brushing me coûte 10 euros. C’est le système D quand on n’a pas de revenus élevés. J’échange aussi des fringues avec mes copines. Sinon j’attends les soldes et je n’achète pas à moins de 60 %. Je sors peu : pas de restos, un peu de ciné et beaucoup de bibliothèque. Je vais aux séances du dimanche matin qui sont moins chères (5,50 euros). Je vais souvent à la bibliothèque aussi. Je lis sur place, je n’emprunte pas. Ça me fait sortir. J’ai huit enfants, 25 petits enfants et un arrière-petit-fils. Je fais des cadeaux aux naissances puis aux fêtes de Noël et d’anniversaire, je partage avec les mamans. Je quitte très peu Bordeaux. Parfois, je vais chez l’une de mes filles à Libourne et je devrais rendre visite à une autre prochainement. Elle habite aux Etats-Unis.

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