Billets Politique Monde Société Économie Culture Sciences Sport Médias Bordeaux
«  Je suis devenu un homme le jour où j’ai fait chabrot.  »
Article publié le 25/03/2010
Guy Suire est un amoureux éternel du bordeluche, le parler bordelais des classes populaires. Il raconte : « Jusqu’en 1453, on parlait gascon à Bordeaux ! Et puis les clercs ont voulu tout changer ».

Le bordeluche, c’est donc la langue du triangle « Garonne-Gironde, Pyrénées, océan Atlantique ». À partir du XVe siècle, le français s’impose dans les cercles officiels. Le gascon, lui, devient la langue du peuple. « Après la Révolution, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen doit être traduite en gascon pour que les gens comprennent ce que ça raconte », précise Guy Suire. Jusqu’aux années 70, le « patois » gascon a survécu. Il est devenu la langue des ouvriers, la langue populaire réservée aux franges les plus modestes de la population. Moins usité ces dernières années, il fait cependant toujours partie de la culture d’ici, sans qu’on s’en rende forcément compte. Les mots qui survivent sont surtout liés aux activités de la région. Le bordeluche n’a plus la cote auprès des Bordelais. Il est devenu avant tout le langage de la viticulture et de la gastronomie. « Il est parti à la dérive, j’en suis sa barque heureuse », résume Guy Suire. Cet oubli progressif des expressions favorites de nos grand-parents, ça, ça daille !

Le bordeluche dans le texte

« Pour commencer, quelques indispensables »

La bechigue : le ballon de rugby. « En Gascogne, on ne joue pas au rugby. On taquine la bechigue ». Les berles : billes en argile. A Bordeaux, les enfants jouent aux berles et ce sont leurs couleurs qui les distinguent.

Le bourrier : détritus, déchet. On appelait aussi « bourrier » le camion qui ramassait les ordures. C’est aussi devenu une insulte semblable à « salaud ». Faire chapelle : lorsque les dames remontaient leur jupes et présentaient leur dos à la cheminée pour se réchauffer, elle faisaient chapelle.

Le drôle/ la drôlesse : le garçon/ la fille. On peut dire aussi « le gonze/la gonzesse ». La gueille : le chiffon. On passe « la gueille à gringonner » (la serpillière) ou on passe « le gringon ». « Le gueillous » était à la fois celui qui portait des gueilles et le croque-mitaine. Les ligots : bûchettes de bois pour faire prendre le feu. Au figuré, les jambes.

Le pêle-gigot : percepteur et par extension, fonctionnaire étranger à la ville. Symboliquement, les douaniers prélevaient une tranche de gigot dans le cadre d’une taxe.

La recardeyre ou poissarde : Originellement, la revendeuse. La recardeyre est aussi une madame-sans-gêne. « Elle, elle a la verve d’une poissarde ».

« On trouve encore beaucoup de mots locaux dans le vocabulaire de la table et celui de la vigne »

La table

Le bouilli : le morceau de viande qu’on met dans le bouillon mais aussi le pot-au-feu en lui même. Le cannelé : petite pâtisserie typiquement bordelaise. A l’époque, les femmes récupéraient les restes de farine sur le sol pour en faire des cannelés et les revendre.

La calote : l’assiette creuse.

Chabrot : reste de soupe qu’on boit à même l’assiette après y avoir ajouté du vin rouge. on dit : « faire chabrot ». Je suis devenu un homme le jour où j’ai fait chabrot.

La crépinette : saucisse plate enveloppée dans la crépine de porc. Traditionnellement, on la déguste à Noël avec les huîtres.

Les demoiselles : restes de viande sur les côtes du canard après avoir ôté les magrets. Nous, les demoiselles, en Gascogne, on les mange.

Les tricandilles : plat typiquement bordelais. C’est l’intestin grêle du porc que l’on dégraisse et que l’on poche dans un bouillon pour le faire cuire ensuite sur les sarments (bois de la vigne).

La vigne

Le Carrasson : tuteur ou piquet de vigne. Les vignes sont donc carrassonnées.

La rège : espace compris entre deux rangs de vignes.

Trigasser les gindots avec un bout de vim : frapper les jambes avec un bâton. Le vim, c’est l’osier utilisé pour attacher la vigne.

Leïla-Mathilde Méchaouri et Maud Rieu

Commentez cet article !

> Page consultée 1203 fois
> 0 commentaire(s)
 

imprimatur.fr on Facebook
Imprimaquoi ?

Imprimatur est le journal école de l'Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA). Il est créé par les étudiants de 1ère année et distribué gratuitement dans plusieurs lieux publics de Bordeaux.

Vous pouvez télécharger le dernier numéro au format PDF en vous rendant sur la page d'accueil du site.


Imprimatur, journal-école de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine.
Fondateur : Robert Escarpit. Directrice de la publication : Maria Santos-Sainz.
IJBA, 1 rue Jacques Ellul, 33 080 Bordeaux Cedex. Tel : 05 57 12 20 20
www.ijba.org - Association des diplômés