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Manufacture de chaussures : fabrique de culture
Article publié le 25/03/2010
À Bègles, certains ignorent encore que depuis 1998 un théâtre a remplacé la manufacture de chaussures qui a fermé ses portes voilà quatre décennies. Les ouvriers sont partis, les machines ont suivi, la production a cessé, mais tout n’a pas changé, bien au contraire. Deux histoires s’entremêlent. Visite guidée.

Franchir le portail noir du TNT (Tout nouveau théâtre), boulevard Albert 1er, c’est comme pénétrer dans la cour d’une vieille usine abandonnée. Un théâtre, vraiment ? Bon, d’accord, mais c’est bien parce que c’est écrit à l’entrée.

De chaque côté, deux longs bâtiments couverts de tuiles ni vraiment rouges, ni vraiment brunes. À droite, les cabanons où logeaient les ouvriers de nuit. Volets et portes closes, ils ont été reconvertis en débarras. De l’autre côté de la cour, des murs foncés et des barreaux aux fenêtres : c’est l’ancienne usine, le nouveau théâtre.

L’entrée du public, un portail rouge au rez-de-chaussée, reste fermée les jours creux. Il faut donc emprunter les escaliers en direction des bureaux, au premier étage, pour pénétrer dans l’antre de l’ancienne manufacture. L’un des carreaux de la porte est brisé, comme pour confirmer ce sentiment de laisser-aller.

À l’intérieur, à première vue, peu de choses ont bougé. L’enduit au plafond a disparu à certains endroits, laissant les lames de bois apparentes. Les interrupteurs et les prises électriques sortent d’une autre époque. Les portes et leurs poignées portent aussi les marques du temps.

Un espace modulable

Pas facile de se dire que l’endroit est l’un des lieux culturels à la mode. Et pourtant… Un escalier dévalé et quelques couloirs plus loin, on découvre la salle de spectacle. Immense, au cœur de l’usine. Voici donc ce qui a concentré les efforts lors de la réhabilitation.

Le charme du sol et des murs est intact ; seules quelques cloisons ont été ajoutées. L’endroit est aménageable à l’infini. Les gradins vont et viennent selon les envies des artistes. Impossible de savoir quel espace accueillait, autrefois, la coupe, quel autre le piquage. Le plafond du rez-de-chaussée a été éventré et l’étage accueille les projecteurs. Ce lieu singulier porte désormais le nom de nef.

La dernière surface disponible entre les murs est dédiée au bar. Les petites tables et les chaises des couturières y ont trouvé leur place, et pour les consommations, c’est le tarif « ouvrier » qui prévaut. Le comptoir, lui aussi, est d’époque. Autrefois équipement du travail à la chaîne, il a, lui aussi, connu les peaux de bête, les semelles et les lacets.

À chaque issue rencontrée tout au long du parcours, des robinets démodés et des bacs en émail surmontés d’écriteaux lançant des appels devenus obsolètes : « prière de ne pas déposer de colle dans les lavabos ». Pour les ouvriers, il était temps de quitter l’usine.

Travaux en cours

Au fond de la cour, mal entretenue, un mimosa en fleur, du lierre, des mauvaises herbes. Des préaux décrépits abritent objets et accessoires en tous genres, à la manière d’un dévidoir. Et, pour finir, un passage discret qui mène à l’ancienne demeure des propriétaires, une maison au style « colonial ». Le bois des colonnes du porche est usé, rongé, peinant à soutenir le toit qui se gondole comme du carton humide. La porte d’entrée en contre-plaqué détonne, loin d’être d’époque. Pourtant, des artistes s’y installent, parfois, en « résidence ».

Finalement, seul l’espace réservé aux créations artistiques a été aménagé, depuis douze ans que le TNT existe. Mais la prochaine étape se profile : la réhabilitation de ce temple ouvrier va se poursuivre. Pour imposer un peu plus cette ancienne friche industrielle en nouveau territoire de l’art.

Angélique Le Bouter et Eve Majounie Photo A.L.B

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