Billets Politique Monde Société Économie Culture Sciences Sport Médias Bordeaux
Décoder son ADN ? Il y aura une application pour ça !
Article publié le 18/01/2011
Comparer son code génétique avec papa-maman pourrait bientôt devenir plus amusant que ressortir de vieilles photos de familles. Une équipe de chercheurs bordelais veut mettre au point une application pour Smartphone permettant de charger et de décrypter l’intégralité de son ADN. Révolution médicale, multiplicateur d’angoisses ou trouvaille commerciale ? Enquête.

C’est l’histoire d’une poignée de « Mac People ». Mais attention, pas des adolescents boutonneux ! Ces fans inconditionnels d’Apple sont amis et chercheurs en biologie moléculaire et bioinformatique. Un groupe informel qui va mettre au point à ses heures perdues, « dans le garage », une application pour Smartphone encore inédite dans le monde.

Concrètement, l’application permet de signaler à ses utilisateurs toutes les maladies dont ils sont -potentiellement- porteurs. Alzheimer, myopathie, mucoviscidose : en un clic, le génome est analysé et tous les risques héréditaires signalés. « Cela permettra de modifier les comportements en fonction des maladies dont on est porteur. Cela poussera aussi à réfléchir à deux fois avant de faire un enfant si les deux membres d’un couple sont porteurs de la mucoviscidose. », explique Patrick Merel, chercheur au CHU de Bordeaux et instigateur du projet. Via une autre application, les médecins aux alentours seront indiqués instantanément grâce à la géolocalisation. Une possibilité de notation des médecins est même envisagé, pour rendre le service aux utilisateurs plus que parfait.

Apanage des geeks fortunés, disposer de son code génétique pourrait rapidement devenir ultra tendance
La génétique : un marché porteur ?

Aujourd’hui, le projet paraît faramineux : décoder son génome coûte pas moins de 15 000 $. Mais il est quand même possible de faire des affaires. En décembre dernier, la société 23andme, première société – détenue en partie par Google-de vente en ligne de codes génétiques décryptés au monde a fait « des remises de fin d’année », raconte Patrick Merel, mi provocateur mi sérieux. C’est surtout l’annonce de la compagnie IBM de descendre le prix à moins de 100$ d’ici 3 ans qui a fait tilt au sein du think tank bordelais. Aujourd’hui apanage des geeks fortunés, disposer de son code génétique pourrait rapidement devenir ultra tendance pour Mr Tout le Monde.

23andme, c’est déjà « 100 à 200 000 personnes aux Etats-Unis détentrices de leur code génétique, 3 millions de personnes d’ici 2013, 25 millions en 2015 » avance Patrick Merel. L’application pourrait donc connaître un franc succès aux Etats-Unis. D’ailleurs, Apple France a déjà contacté l’équipe de Patrick Merel. « Ils nous ont dit qu’ils trouvaient que le projet était énorme » se réjouit-il.

Mais pour Dominique Stoppa Lionnet, généticienne et membre du Comité Consultatif National de Bioéthique, proposer une application pour SmartPhone sur des données génétiques, c’est aller plus vite que la musique. « Le problème, c’est que des sociétés comme 23andme utilisent des données qui ne sont pour l’instant que statistiques en arguant de la solidité scientifique », s’alarme-t-elle. En clair, l’interprétation des marqueurs génétiques resterait encore très floue et des erreurs sont encore possibles.

« C’est vrai que les hypocondriaques
doivent passer leur chemin »

Connaître à chaque seconde les avancées scientifiques impliquant une probabilité plus ou moins forte d’être porteur d’une maladie génétique. Voilà qui peut être à l’origine de nuits blanches à n’en plus finir ! Patrick Merel le concède : « C’est vrai que les hypocondriaques doivent passer leur chemin ». Dominique Stoppa-Lionnet va plus loin : « Ce sont des informations qui peuvent être extrêmement anxyogènes, et même dangereuses, sans accompagnement ». Mais Patrick Merel a un grand nombre d’arguments sous le coude : Réduction des coûts de la santé, possibilité de sauver de nombreuses vies…. « La France est unique avec sa sécurité sociale. Ailleurs dans le monde, une assurance maladie coûte très chère. On évite d’être malade ».

Commander son génome via internet peut coûter 15 000 euros d’amende et un an d’emprisonnement.
Autre hic, et pas des moindres, dans le plan de Patrick Merel et de ses acolytes : en France, la commercialisation de données génétiques est formellement interdite. Commander son génome via internet peut coûter 15 000 euros d’amendes et un an d’emprisonnement.

Dominique Stoppa-Lyonnet rappelle pourquoi la législation française est beaucoup plus stricte que dans les pays anglosaxons. « Aujourd’hui, la génétique est un terrain où il y a encore beaucoup trop d’inconnus. Il y a un nombre infini de mutations dont on ne connaît pas encore la maladie auxquelles elles sont associées. La loi française protège les citoyens d’éventuels abus. »

Patrick Merel et son équipe se trouvent ainsi face à une impasse. Dans l’impossibilité de développer leur projet en France, ils ont décidé de mettre le voile vers des contrées plus favorables. San Diego, aux Etats-Unis, sera donc leur terre d’accueil. Le petit groupe bordelais a créé l’entreprise Portable Genomics, vitrine de leur projet. Ils pourront ainsi solliciter des visas d’entrepreneurs et partir à la pêche aux investisseurs. Vont ils découvrir le rêve ou le cauchemar américain ? On en saura plus d’ici quelques mois.

Marthe Rubio

Quand le web désacralise le médecin de famille

Patrick Merel évoque la médecine 2.0, ou médecine participative sur le web.


Les sites web comme www.atoute.org, www.doctissimo.fr ou www.patientslikeme.com, son équivalent américain, en sont les acteurs les plus connus. Ces sites hébergent de nombreux forums permettant aux internautes d’échanger sur leurs maladies, leurs symptômes ou les effets secondaires...

Ils connaissent un succès tel qu’ils sont en train de bouleverser la médecine traditionnelle. Doctissimo, site web francophone, a ainsi connu une croissance vertigineuse depuis sa création en 2000. Il a attiré pas moins de 8 millions de visiteurs uniques par mois en 2010 et se positionne en leader des sites féminins français.

Selon une enquête effectuée par IPSOS MORI entre juin et juillet 2010, 60% des français vont sur le net pour avoir des informations sur leur santé. Seuls 40% disent vérifier si les informations recueillies sur internet sont fondées. Des chiffres qui viennent confirmer un chamboulement de la relation patient-docteur. Le médecin perd son statu d’agrégateur unique de l’information médicale.

Pour en savoir plus...

Article paru sur rue89 le 28 décembre 2010 : Médecine 2.0 : le web redéfinit le rapport patient-docteur.

Article paru sur OWNI le 5 aout 2010 : Baliser la relation patients médecins sur internet

Commentez cet article !
(1 commentaire)

    18 janvier 2011 19:55, par PM

    Merci les jeunes de IBJA. Suis content de voir que ce sujet vous ait interessé.

    Ce que l’on peut rajouter :

    Ces technologies du genome seront toutes naturelles dans 10 ans, et suis persuadé que ces données seront inscrites dans vos cartes vitales, sur vos murs facebook, et que vous jouerez sur des consoles utilisant ces memes donnees pour une experience de gamer vraiment personnalisée.

    Mais aujourd’hui la société francaise considère cela comme bioéthiquement incorrect, et s’apprete début Février à revéler sa nouvelle mouture de la loi francaise de bioethique, qui ne devrait en rien changer les dispositions vis a vis de la genomique personnelle.

    Il est regrettable, que vous, les futurs utilisateurs de la médecine génomique, on ne vous entende pas sur ce sujet, que vous ne soyez pas consultés sur vos attentes de la médecine de demain.

    Je suppose que vous voyez comment fonctionnent nos insitutions sanitaires francaises avec l’affaire du mediator, et que vous souhaitez que cela change, avec une plus grande transparence, et avec des moyens modernes de communication.

    Il est donc tout à fait légitime de vouloir apprendre son génome, utiliser, comprendre dès maintenant et se préparer à ce deluge d’informations, que de toute facon, vous allez devoir utiliser bientot.

    A vous de vous faire entendre.


> Page consultée 2323 fois
> 1 commentaire(s)
 

imprimatur.fr on Facebook
Imprimaquoi ?

Imprimatur est le journal école de l'Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA). Il est créé par les étudiants de 1ère année et distribué gratuitement dans plusieurs lieux publics de Bordeaux.

Vous pouvez télécharger le dernier numéro au format PDF en vous rendant sur la page d'accueil du site.


Imprimatur, journal-école de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine.
Fondateur : Robert Escarpit. Directrice de la publication : Maria Santos-Sainz.
IJBA, 1 rue Jacques Ellul, 33 080 Bordeaux Cedex. Tel : 05 57 12 20 20
www.ijba.org - Association des diplômés