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Pen perdue pour Bruno
Article publié le 18/01/2011
Un score un peu plus élevé (60%) que celui avec lequel Ségolène Royal, autre pasionaria, avait gagné la primaire du PS en 2006. Bruno Gollnisch avait-il une chance ? Manque de visibilité face à la très médiatique et charismatique Marine, désaveu par le fondateur. « Le destin d’un dauphin est parfois de s’échouer. » disait Le Pen père. Le « national-catholicisme » que défendait Gollnisch, la vieille garde, la ligne dure qu’il représentait, était désormais trop ringard.

Le même, mais avec une perruque blonde ?

A priori non. Marine Le Pen se démarque par ses positions très libérales quoique ambiguës sur des sujets controversées pour l’extrême-droite comme l’homosexualité ou l’avortement. Avocate, pas comme sa femme au foyer de maman, deux fois divorcée, mère de famille active, elle tient à s’afficher comme une femme de son temps. Face moderne et médiatique du parti, elle a rompu avec les fondamentaux de son père, l’antisémitisme entre autres. Normal, elle est jeune (42 ans), et le souvenir de Vichy et de l’Algérie française commence à se faire lointain. Et elle a su écouter cette frange du parti gênée par les déclarations du patriarche (souvenons-nous des« chambres à gaz, détail de l’histoire » ou des « sidaïques »).

Alors que son père défendait l’idée d’une France fille ainée de l’Eglise, tout comme Marine il y a quelques années, l’ennemi commun désormais, c’est l’Islam. Ce qui justifie une alliance avec Riposte laïque. Ceux-ci, pas à une contradiction près, se sont faits les partisans de la laïcité chrétienne. Son premier discours en tant que présidente dimanche est d’ailleurs revenue dessus à force d’exemples. (« Personne ne doit être obligé de manger hallal... », « Pas d’horaires réservés aux femmes dans les piscines ») Plus surprenant encore, vu le discours d’inauguration, le parti surfe à présent sur la vague anti-consumériste et écolo. Une fois la petite pique contre les bobos envoyée, « MLP » se dépêche de fustiger le règne de l’argent-roi et de la consommation, telle une Mélenchon de droite version fémina.

Il fut un temps où il était inconcevable qu’une femme accède à une fonction dans un parti traditionnellement plutôt misogyne. Evolution ? On croyait que la succession père-fille était réservée aux pays du Tiers-Monde, façon Indira Gandhi et son papa le pandit Nehru. On découvre que le népotisme façon FN n’a rien à voir avec celui de l’UMP. Marine Le Pen a tenu à souligner qu’elle n’était pas Jean Sarkozy, 23 ans et toujours en deuxième année de droit. Avoir travaillé des années au service juridique du parti, repris les rênes après le 21 avril 2002, elle a, estime-elle « fait ses preuves ». Ben, voyons...Pourtant, elle est pour ainsi dire tombée dedans quand elle était petite, et son papa n’a pas ménagé ses efforts pour la lancer à la tête de la machinerie du parti.

Pour reprendre un poncif repris en boucle dans tous les médias, « le packaging change, mais le message est le même ». La forme est devenue plus lisse, plus communicationnelle mais le fond n’a pas bougé. Face à une Marine qui finalement s’inscrit dans la droite ligne de son papa, Gollnisch n’avait aucune chance. Mais ne nous y trompons pas, elle a hérité de ses qualités de tribun. Pour le confirmer : à l’annonce des résultats, elle a ouvert les bras en grand, façon télévangéliste, avec ce geste si particulier auquel son père nous avait habitués.

Julien Vallet

À voir également :

- Une rencontre avec les jeunes du Front National Gironde, soutiens à Marine Le Pen et Bruno Gollnisch.

- Le FN loupe le coche du Net et la comm’ Internet ratée des droites extrêmes au congrès de Tours.

- L’interview de Nathalie Vidal-Lamuela, conseillère en image : "La plupart des femmes peuvent s’identifier à elle : c’est un style refuge."

- Le quiz "Quel Le Pen es-tu ?" sur Facebook

- Le décryptage du look de Marine Le Pen

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