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Agen se met à l’heure du foot
Article publié le 27/01/2011
Des supporters à haut risque, 40 mètres de grillage, 180 gros bras dévolus au service d’ordre et 4 compagnies de CRS… L’organisation de la rencontre Agen-PSG le 23 janvier 2011 a tenu en haleine toute une ville. Récit d’une semaine tumultueuse.

Le feuilleton débute il y a quinze jours. Ce dimanche 9 janvier, « les joueurs étaient en train de scruter l’écran télé. Ils ont hurlé de joie quand le PSG a été tiré au sort », raconte le serveur de la brasserie Au Bureau, QG des footballeurs agenais. Un adversaire difficile pour ces amateurs de CFA 2 (5e division) qui se retrouvent confrontés à un ogre de la Ligue 1. Mais c’est avant tout une rencontre de prestige pour toute une ville. « C’est un événement historique pour nous », commente le serveur. En revanche, pour les dirigeants, le plus dur commence. Après Bayonne et Poitiers, la réception des Parisiens et de leurs supporters constitue un sacré challenge. Voire un vrai casse-tête…

La cité du pruneau a déjà accueilli de grandes rencontres de rugby, mais la Fédération française de football impose un cahier des charges encore plus drastique. Surtout quand c’est Paris qui débarque. Le club de la capitale n’y met pas non plus du sien et épuise tous les recours possibles et inimaginables pour éviter de jouer en Lot-et-Garonne. Bordeaux, Libourne et même le Parc des Princes sont tour à tour évoqués pour accueillir, en dernier ressort, la rencontre. Peine perdue. Les dirigeants agenais ne cèderont aucun terrain et remportent la première mi-temps administrative. Après de longues et houleuses négociations, une seule concession est faite aux dirigeants du PSG. Coup d’envoi dimanche à 17 h et non samedi à 20 h 45. L’objectif : un retour immédiat des joueurs à Paris. Caprice de stars.

Branle-bas de combat à la mairie

Le lieu de la confrontation n’est entériné que le mercredi. Ce sera le stade Alfred-Armandie, antre habituel des rugbymen. A partir de là, tout s’accélère. Des banderoles bleues et blanches aux couleurs du Sporting union agenais (SUA) ornent déjà le boulevard de la République, principale artère commerçante de la ville. Alors, enthousiastes les Agenais ? Non, rien de transcendant. « On a vu des banderoles “On supporte le SUA”, ça nous a fait bizarre, il y avait un ballon rond à côté », raconte un client du café de la Poste. Car le club phare de la ville, c’est le SUA Rugby. Tous ces artifices de footeux ne sont pas les bienvenus en Ovalie.

Les conditions exigées pour organiser ce match font aussi grincer quelques dents : « On organise des matches internationaux de rugby et quand on voit ce qu’il faut faire pour recevoir une équipe qui n’a rien gagné depuis 15 ans (en fait 8 mois, NDLR), c’est dingue ! », grommelle un marchand de journaux.

Pas moins de huit employés municipaux ont travaillé d’arrache-pied sur la communication autour de l’événement. « Petit à petit, on sent la fierté agenaise se révéler ». La mairie fait l’effort et donne l’impulsion. Dans l’urgence. « On a vite collé des stickers adhésifs sur les panneaux publicitaires et les grandes affiches pour préciser la nouvelle date. Mais de toute façon, les médias en parlent tellement que tout le monde est au courant », précise Christine Malherbe, chef du service Communication. Un constat : caméras et micros sont toujours sur le pied de guerre quand le club de la capitale est de sortie.

Les bénéfices pour la ville ? A l’arrivée, financièrement nuls, mais énormes en terme d’image. « On a rarement l’occasion d’organiser un match d’une telle ampleur, donc on s’est donné les moyens », ajoute Jean-Claude Marc, responsable logistique au service Fêtes et événements. Au programme : acheter et installer les grillages, masquer les panneaux publicitaires, prévoir un parcours protégé pour les bus parisiens et mettre en place une billetterie réservée aux résidents du grand Sud-Ouest. Des dépenses pour la sécurité avant tout. Tout cela en moins de quatre jours.

Des supporters parisiens aux abonnés absents

Ironie de l’histoire, tous ces aménagements ne serviront à rien. Le déplacement des ultras parisiens est annulé à la dernière minute, faute de combattants. Loin des 400 places qui leur étaient réservées, seule une poignée de fans locaux du PSG étaient au stade. Noyés au milieu des 11 000 spectateurs, les chants parisiens n’ont retenti que les vingt premières minutes dans Armandie. Le temps que leurs hôtes se réveillent. Une première, puis une deuxième ola. Des classiques des tribunes revisités pour l’occasion : « Qui ne saute pas n’est pas Agenais ! »

Les amateurs ont finalement perdu 3 buts à 2. Le score est anecdotique et la victoire du PSG n’aura pas gâché la fête. Ce qu’on retiendra de cette soirée : les amateurs ont tenu la dragée haute aux professionnels, ont réveillé la ferveur d’un stade et converti leur ville au ballon rond.

Adrien Larelle et Maxime Le Roux

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