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Circulez, Ben Ali s’en est allé
Article publié le 27/01/2011
Le gouvernement français invoque la lutte contre l’islamisme pour justifier son soutien au régime de Ben Ali. Mais derrière l’alibi de la laïcité revient, en filigrane, la question de l’immigration.

(Illustration : Mickaël Frison à partir d’une photo de Mohamed Haddad)

Le 14 janvier 2011, l’Histoire frappe en Tunisie. Après vingt-trois années au pouvoir, Ben Ali tombe et entraîne dans sa chute une des dictatures les plus corrompues du monde arabe. Les écrans du monde entier montrent les images d’une foule en liesse. Vingt-trois années de silence imposé par un verrouillage sécuritaire exceptionnel s’exhibent alors à la face du monde. « La minute d’avant, ça paraît impossible et la minute d’après ça paraît évident » : ainsi la célèbre théoricienne Rosa Luxemburg définissait la révolution. La révolution tunisienne, maladroitement baptisée « révolution de jasmin », n’a eu besoin que d’un mois de protestations, durement réprimées par la police. Alors que la France s’abstenait de tout jugement au nom du principe de non-ingérence, la fin officielle du règne de Ben Ali a fait place au temps des règlements de compte.

Pourquoi la France a-t-elle fermé si longtemps les yeux sur la réalité dictatoriale de la Tunisie, louant volontiers la politique économique menée par Ben Ali ? Parallèlement à la crainte aveugle générée par la France et les Etats-Unis vis-à-vis de la menace islamiste en Tunisie, il est une raison peu évoquée : « La France voyait en Ben Ali un très bon gestionnaire de l’immigration clandestine. Il exerçait une forte répression sur les migrants d’autres pays d’Afrique qui passaient par la Tunisie pour atteindre l’Europe », explique Karim Bitar, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). L’immigration, thème omniprésent qui a sous-tendu le discours de Nicolas Sarkozy à son accession au pouvoir en 2007, était une des priorités du gouvernement avant qu’elle ne devienne une question européenne. Le blockhaus européen, construit à la faveur de la montée des extrêmes-droites, a quasiment anéanti la perspective d’une issue occidentale aux jeunes Tunisiens, contraints de subir la pauvreté et la censure dans leur pays : « L’espoir des Tunisiens de quitter le pays s’amenuisant du fait que l’Europe ait raidi sa politique d’immigration est un des facteurs qui a accru l’exaspération de la jeunesse (…) Leurs horizons se trouvaient bouchés. Dans leur pays, ils ne trouvaient pas d’emploi. A l’étranger, ils n’obtenaient pas de visa », résume Karim Bitar. Piégés dans un pays régi par un système mafieux et cadenassé, les Tunisiens se sont heurtés au rejet d’une Europe aux frontières de moins en moins poreuses. Mohammed, étudiant tunisien à l’Ecole supérieure de cognitique de Bordeaux, se désole : « La France devrait comprendre que si elle se montrait solidaire des revendications démocratiques des peuples arabes au lieu de soutenir des régimes comme celui de Ben Ali, elle règlerait ses problèmes avec l’immigration (…) Si quelqu’un vit bien dans un pays où il peut s’exprimer librement, il ne ressent pas le besoin de s’exiler ». Penser l’immigration en considérant les réalités politiques et sociales des pays d’origine offrirait, dès lors, une manière plus juste et plus efficace de mener une politique d’immigration. Pour l’heure, il reste à savoir si la démocratisation de la Tunisie influera sur le flux migratoire entre ce pays et la France : « Avant, les gens payaient des fortunes pour arriver en France. Maintenant, c’est l’inverse. Ils vont essayer de rester », se réjouit Mohammed tandis que que Karim Bitar confirme : « J’ai vu des Tunisiens, de brillants universitaires et de grands entrepreneurs, travaillant en France, qui sont déjà en train de préparer leur retour en Tunisie. »

Louisa Yousfi

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(1 commentaire)

    8 février 2011 01:45, par le journal de personne

    Rouge Jasmin

    Le Jasmin c’est désormais le nouveau parfum, de ces jeunes tunisiens qui ont donné leur sang pour mettre fin à la corruption, l’abolition des privilèges… quel sublime sacrilège ! Qui indique, qu’il n’y a pas, qu’il ne peut y avoir d’autre souverain que le Peuple. Pas d’autre destin que celui qu’il se choisit : le sien. La Tunisie vient d’ouvrir les yeux du monde sur ce qui est désormais possible : la Révolution… Quitte à mourir autant mourir pour les autres… Un peuple qui se soulève comme un seul homme Ce n’est plus Rome, mais Carthage ! J’ai la rage, pas vous ? http://www.lejournaldepersonne.com/2011/01/rouge-jasmin/

    Voir en ligne : Rouge Jasmin


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