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Villepin sinon rien
Article publié le 3/02/2011
« Ils », ce sont les Jeunes Solidaires, l’organisation de jeunesse de République Solidaire, le parti de Dominique de Villepin. Le « mouvement » qui s’appelait encore « Club Villepin » il y a peu n’est devenu un parti qu’en décembre. Beaucoup sont d’anciens MoDem, d’anciens UMP, parfois même d’anciens membres de Désirs d’Avenir, le courant de Ségolène Royal au sein du PS.

« Servir l’Etat »_ Samuel Aburto est de ceux-là. Ancien membre du Modem jusqu’en 2009, il a pris tout récemment la tête de la fédération jeune du département de la Gironde. Agé de vingt-trois ans, étudiant à Sciences Po Bordeaux, il se destine à « servir l’Etat », comme son idole, comprenez devenir haut fonctionnaire. Contrairement à Sarkozy, le vieil ennemi, ancien avocat d’affaires, qui n’a fait que défendre les riches, et qui n’est donc pas aussi légitime que Villepin parce qu’il n’a jamais « servi la France ». « Quelle légitimité quand on se fait élire à Neuilly sous la bannière RPR ? Idem pour Copé, maire UMP d’une ville (Meaux) qui vote à droite depuis trente ans ». Samuel, lui, veut rentrer dans la fonction publique pour qu’il y ait une adéquation entre ses valeurs et son engagement. Il a même refusé une école de commerce pour ça.

Vcom Villepin_ Sa longue expérience dans d’autres partis lui a donné l’envie de refuser le militantisme classique. Samuel et ses camarades ne veulent pas « être les chiens-chiens des élus », c’est-à-dire faire du tractage au moment des élections et être mis à l’écart le reste du temps. Le destin des jeunes dans la plupart des partis, en somme. Ici, on est plutôt partisan des cafés-débats, des initiatives censées intéresser ou ré-intéresser les jeunes à la politique. Et comme on est modernes, on a même fondé son propre réseau social, comme les jeunes de l’UMP en leur temps : ça s’appelle Vcom. Un « parti » qui revendique déjà environ 250 adhérents, dont une cinquantaine de jeunes, six mois seulement après sa création. Samuel Aburto est optimiste : il parie sur une progression de cinq à dix nouveaux adhérents par mois d’ici 2012.

« Electorat orphelin »_ Les jeunes solidaires refusent clairement l’appellation « centre », qui signifie surtout « ventre mou ». Centriste, pour eux, cela veut plus souvent dire compromission avec les autres partis qu’autonomie ou troisième voie. Il s’agit de jeunes qui ne se reconnaissent pas de gauche mais qui refusent d’être associés à cette droite-là, celle de Nicolas Sarkozy. Selon Samuel, République Solidaire a tout intérêt à essayer de récupérer cet « électorat orphelin » : les catholiques et les étudiants en droit, revenus de leurs illusions sur le président actuel. Certaines adhésions de membres de la fédération locale l’ont surpris : des étudiants que l’on pensait voir au Front de Gauche ont rejoint les rangs de République Solidaire. Le discours est quand même de centre-droit, plutôt tendance gaulliste et social : sortir du bourbier afghan, aider les PME, rénover l’armée. Leur ambition revue à la baisse, les villepinistes ne proposent pas un changement radical ni une révolution. Ils proposent juste de corriger le tir : l’hystérie anti-immigration ou la chasse aux pauvres sont autant de « taches sur le drapeau ».

Refonte de la droite_ Parmi les opposants, selon Samuel, Dominique de Villepin est le seul à être audible, contrairement à la gauche. Les jeunes villepinistes misent vraiment sur un échec de Sarkozy en 2012 qui serait alors l’occasion d’une refonte de la droite. Réduire comme peau de chagrin cette droite « autoritaire et libérale ». Voilà ce que prévoit Samuel Aburto, qui se laisse même aller à faire de la politique-fiction : en 2012, si Sarkozy échoue, il ne restera plus à République Solidaire qu’à récupérer les lambeaux.

President-roi_ Samuel avoue que le point le plus délicat, c’est d’obtenir l’assentiment des classes populaires. Le discours de Villepin n’est pas toujours complètement accessible, contrairement à Sarkozy, qui en a fait son fonds de commerce. Ce qui a fait son succès. « Les Français aiment le président-roi. Mais pour être élu, il faut être proche des gens », concède Samuel. Mais Dominique de Villepin selon lui a su gagner le respect par son discours à l’ONU en 2003 au cours duquel il s’est opposé à la guerre en Irak. Quand on l’interroge sur le CPE, le boulet que se traîne Villepin, Samuel estime que tout le monde a droit à l’erreur. Les Français s’en souviennent mais les jeunes l’ont paraît-il oublié, pardonné. Ah bon…

2012, l’écheance ultime_ Aux prochaines cantonales, le parti ne présente pas de candidats. Daniel Garrigue, ancien maire de Périgueux, unique député villepiniste, se présente pourtant à titre personnel en Dordogne. Une façon de garder ses forces pour la présidentielle, l’échéance ultime. Samuel le dit clairement : en 2012, un échec ou une trahison de la part de leur leader, et il abandonne définitivement la politique.

Julien Vallet

Dimanche 30 Janvier, nous avons aussi rencontré Sidi Sakho, responsable national de la branche jeune du parti. L’occasion de le questionner plus largement sur République Solidaire et d’apporter un point de vue parfois différent de Samuel Aburto.

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(2 commentaires)

    5 février 2011 22:06, par Paul

    Je me permets de poster ce commentaire pour remercier tout d’abord le journal Imprimatur pour cet article mais j’aimerais y apporter quelques corrections.

    Tout d’abord République Solidaire ne date pas de décembre ( " n’est devenu un parti qu’en décembre") mais plus précisément du 19 juin 2010.

    De plus "Un « parti » qui revendique déjà environ 250 adhérents, dont une cinquantaine de jeunes", oui mais... seulement pour le département girondin.

    Enfin,"Daniel Garrigue, ancien maire de Périgueux, unique député villepiniste". En ce qui concerne l’Assemblée Nationale, Dominique de Villepin est entouré de nombreux élus et notamment : Marc Bernier, député, vice-président du Conseil général de la Mayenne/ Guy Geoffroy, député de Seine-et-Marne/ François Goulard, député du Morbihan/ Jean-Pierre Grand, député de l’Hérault/ Jacques Le Guen, député du Finistère/ Michel Raison, député de la Haute-Saône/ Jean Ueberschlag, député du Haut-Rhin

    A part ces quelques hésitations, merci pour ce super article et notamment l’interview vidéo de Sidi pleine de spontanéité, vertu rare dans le monde politique !


    15 février 2011 13:03, par MaximeJS01
    Je valide le commentaire ci-dessus, cet article comporte plusieurs erreurs. Et il ne s’agit pas d’un parti mais d’un mouvement, qui se veut justement au-dessus du clivage partisan. Sinon, bravo Samuel, continue ton bon travail ! Maxime JS01

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