Billets Politique Monde Société Économie Culture Sciences Sport Médias Bordeaux
J’irai fouiller sur vos tombes
Article publié le 3/02/2011
« Patauger dans la boue jusqu’au dernier os », c’est le quotidien de Pauline Duneufjardin. Cette jeune femme de 27 ans, pleine d’énergie et d’humour, est archéologue et anthropologue funéraire.

L’activité de Pauline Duneufjardin semble morbide au premier abord mais elle parle de son métier avec tant d’enthousiasme et de passion qu’elle finit par convaincre. En un mot, son travail consiste à étudier la place des morts dans leur société à travers l’analyse des pratiques et des rituels mortuaires. Tout ce que Pauline trouve sur le terrain durant les fouilles, elle l’analyse ensuite en laboratoire. Etape finale, la rédaction d’un rapport en vue d’une publication scientifique.

Vécu comme une mission, son métier est d’abord un devoir envers les morts. « Ce sont des anonymes et notre rôle est de leur redonner une identité en établissant leur fiche biologique. On déchiffre leur langage à partir de ce que l’on trouve sur les chantiers. » Pauline s’acharne à sauver ses squelettes de l’oubli. Une véritable course contre la montre dont le mot d’ordre est d’arriver avant la pelleteuse. L’anthropo-archéologue participe donc, à sa manière, à la sauvegarde du patrimoine .

Les lombrics passent à table

Pire que la pelleteuse, les lombrics restent son principal ennemi. Elle doit découvrir les restes avant eux car « une fois qu’ils trouvent un os, ils passent à table et on ne peut plus rien faire ! ». C’est justement ce qui la motive, la variété des terrains et la découverte de situations inattendues. A Château-Thierry (Aisne), son dernier gros chantier, elle tombe sur un os : vingt tombes prévues au départ, cinq fois plus à l’arrivée. Un travail considérable à effectuer en un temps record. Armée de ses outils favoris – pelles, pioches et truelles – elle parcourt le site et dirige avec vivacité son équipe de fouilleurs. Elle a presque terminé l’analyse des ossements exhumés et des objets divers recueillis sur le terrain.

« Quand je dors, je rêve souvent de démonter un squelette »

Pour en savoir plus

- 7 000 anthropologues en France.
- 2 500 chantiers d’archéologie funéraire en France.
- 30 ans : naissance de l’archéologie funéraire médiévale, discipline très jeune.
- Les employeurs : Inrap (Institut national de recherches archéologiques), villes, régions, départements et sociétés privés.

Très jeune, Pauline est fascinée par l’Egypte antique. Puis, elle adopte la mode gothique à l’adolescence. Ce style est encore perceptible dans l’appartement qu’elle occupe à Bordeaux avec Sacha, rencontré sur son premier chantier. Leur combat : lutter contre le cliché « pilleurs de tombes » qui leur colle à la peau. Pauline aime rappeler que ses sujets « ne sont pas des cadavres ».

A noter, sa préférence pour les femmes enceintes dont l’étude des os s’avère très minutieuse. De jour comme de nuit, Pauline est habitée par les morts. « Sur le terrain, à force d’analyser, on imagine la scène de la mort ou de l’enterrement. » Et même dans son sommeil, l’image la poursuit : « Quand je dors, je rêve souvent de démonter un squelette. ». Elle n’est pourtant pas sûre de vouloir faire cela toute sa vie : « Le jour où je suis blasée de trouver des os, je change de métier ». Mais tant que cela restera un challenge, elle continuera.

Béatrice Fainzang.

Le détail qui tue

Chez Pauline et Sacha (tous deux archéo-anthropologues), l’intérieur paraît plutôt banal au premier coup d’œil. Non, il n’y a pas de squelettes pendus aux portes. Regardons de plus près. Un crâne édenté trône sur son bureau. Çà et là, plusieurs têtes de mort sont collées sur les meubles. Ses outils de travail gisent sur le sol. Poussons la porte de la salle de bains, le rideau de douche est parsemé de vilains petits canards tout droit sortis de l’enfer. Et le meilleur pour la fin, le petit coin : une mise en scène plutôt… mortelle. Et ce petit cercueil que vous voyez dans l’ombre n’est autre qu’un vieux sac à main.

Caroline Motte

Photos Caroline Motte et Béatrice Fainzang.

Commentez cet article !

> Page consultée 999 fois
> 0 commentaire(s)
 

imprimatur.fr on Facebook
Imprimaquoi ?

Imprimatur est le journal école de l'Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA). Il est créé par les étudiants de 1ère année et distribué gratuitement dans plusieurs lieux publics de Bordeaux.

Vous pouvez télécharger le dernier numéro au format PDF en vous rendant sur la page d'accueil du site.


Imprimatur, journal-école de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine.
Fondateur : Robert Escarpit. Directrice de la publication : Maria Santos-Sainz.
IJBA, 1 rue Jacques Ellul, 33 080 Bordeaux Cedex. Tel : 05 57 12 20 20
www.ijba.org - Association des diplômés