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Des villes et une nuit
Article publié le 20/03/2007
Astronomes et amoureux de la nuit veulent retrouver un ciel noir. Ensemble, ils partent à la chasse aux excès de l’éclairage public.

La nuit tombe sur Gradignan, à quelques kilomètres au sud de Bordeaux. Debout derrière sa maison, Dominique Caubet scrute le ciel. « Regardez. Ce soir, on voit Cassiopée. Là-bas, c’est Vénus, et de ce côté-ci ... Bordeaux. ». Autrement dit : rien. La faible lueur des étoiles ne peut pas rivaliser avec les feux incandescents émis par la cité. La lutte contre ce halo orangé, c’est le combat de Dominique. « Aux dernières chutes de neige, on pouvait lire le journal en pleine nuit dans Bordeaux », se désole l’astronome. Il lui faut donc s’éloigner et emmener sa lunette astronomique à 40 km du centre-ville pour espérer traquer en paix Pluton ou Saturne. « Et même à cette distance, une partie du ciel est abîmée ».

Les ennemis dans cette nouvelle guerre des étoiles ? Tout ce qui éclaire au-dessus de l’horizon, et au premier rang des fautifs, notre bon vieux « lampadaire boule ». Selon les calculs de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie, un tiers de la lumière émise par ce dispositif rejoint directement la stratosphère et, donc, ne sert à rien. « Mais il est bon marché et simple à installer. Donc, on en pose toujours ... » se désole Dominique, « alors qu’il existe des lampadaires capotés et à verre plat qui n’éclairent que le sol ».

L’éclairage représente 38% de la facture d’une commune

Pour agir contre les abus de l’éclairage public, Dominique a rejoint l’Association nationale pour la protection du ciel nocturne dont il est le correspondant local. Il essaie de braquer les projecteurs sur son problème en contactant les élus dont il essaie de réveiller la fibre verte : « Notre argumentaire va dans le sens des économies d’énergie et ça, ça peut être entendu ». De plus en plus souvent, les politiques prêtent une oreille attentive à cet homme qui vient leur proposer de préserver l’écosystème tout en économisant l’argent du contribuable. Tentant, quand on sait que l’éclairage public représente 38 % de la facture EDF d’une commune.

Il faut aussi convaincre les détracteurs : « Le plus difficile à combattre, c’est l’argument de la sécurité. Les gens ont vraiment l’impression que la lumière les protège. » Pourtant, Dominique se défend d’être un adepte aveugle du côté obscur : « Je ne veux pas retourner à l’âge des cavernes, je souhaite seulement qu’on adopte des dispositifs adaptés qui ne polluent pas le ciel ! ». Statistiques à l’appui, il se risque à certifier : « rien ne permet d’affirmer qu’une rue éclairée augmente la sécurité ».

Et s’il le faut, il a d’autres arguments pour batailler : l’hécatombe chez les oiseaux migrateurs par exemple, ou les insectes piégés près des ampoules, sans compter les effets néfastes des halos sur le sommeil. Même la poésie est mise à contribution : les romantiques doivent-ils renoncer pour toujours aux balades sous les étoiles ?

A la lumière de ces éléments, la situation évolue peu à peu, mais les progrès restent timides. Sur les conseils de l’association, l’éclairage d’un rond-point de Gradignan a été revu à la baisse. C’est ce qui s’appelle un début. Le mât central qui illuminait le voisinage a laissé place à quatre luminaires plus raisonnables. « La modification coûte de l’argent, mais on récupère l’investissement en quelques années. » Et quand on sait qu’un lampadaire est installé pour 10 à 15 ans, il faut agir en amont : « Une fois le luminaire installé, c’est trop tard ».

Quant à l’avenir, il s’annonce plutôt sombre. Car voici qu’un nouvel ennemi pointe le bout du faisceau : les « lasers » publicitaires, visibles à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Et cette fois, pas de quartier : plusieurs dossiers sont déjà passés par la case tribunal.

Fabien Gandilhon

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(2 commentaires)

    27 mars 2007 01:08
    Bravo,pour votre article objectif et bien documenté... Un amoureux du ciel nocturne et un contribuable avisé soucieux de la planète

    27 mars 2007 18:10
    Félicitations pour cet article qui sensibilise le grand public sur les méfaits des éclairages intensifs, qui non seulement nous gachent l’observation du ciel, mais aussi coûtent très cher et éclairent inutilement à 80% - j’espère que vous ferez école auprès d’autres confrères journalistes Gilbert

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> 2 commentaire(s)
 

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