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Angoulême : le cauchemar de l’amateur de BD ?
Article publié le 3/02/2011
La 38è édition du festival international de la bande dessiné d’Angoulême s’est achevé en demi-teinte malgré une belle fréquentation et un beau palmarès.

5165 albums de bandes-dessinées ont été publiés en 2010 (5% de plus par rapport à 2009) (1). Ainsi, la BD, et donc le festival d’Angoulême, a le vent en poupe. Mais lorsqu’on parcourt la rue Hergé, l’artère principale du festival, on ne peut pas faire l’économie d’un certain nombre de questions.

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L’exposition Baru était l’un des points forts de l’édition 2011. (Photo : JM)

Une histoire de putsh

Pour Yves Pouanot et Hervé Boune, comme pour beaucoup d’amateurs de bandes-dessinées, le constat est amer : celui de s’être fait voler « leur » festival. Ces vieux de la vieille ont vu le festival perdre son aspect festif quand il a cessé d’être une affaire de vrais amoureux de BD. En 2007, quasiment par la force, l’organisation du festival passe des mains de l’association des bénévoles à une société privée, 9e Art+, créée par Franck Bondoux, un ancien membre du staff. Un changement qui ne leur semblait pas nécessaire, tant l’association, qui tournait déjà comme une entreprise (elle emploie 25 personnes) était des plus efficaces. Le succès de la trentième édition, en 2004, leur donne raison. Le basculement d’une association à but non lucratif en une SARL change la donne. Et ouvre des questionnements jusqu’alors secondaires, voire inconnus, comme celui de la rentabilité. Ainsi, le but premier du festival – l’accès aux auteurs pour un maximum de gens – est relégué derrière une logique plus mercantile. L’une des premières décisions a notamment été d’augmenter le prix d’entrée des 13-17 ans, principaux visiteurs, étude de marché à l’appui.

Pouanot et Boune restent fiers de leur bébé sans le regarder avec nostalgie. « Si c’était à refaire, on le referait, évidemment ». Ils sont d’accord sur le fait que le festival est la plus belle manifestation d’Europe de la BD (« Il y a plusieurs chapelles, mais qu’un seul Vatican ! » selon Yves Pouanot) et indispensable à la ville d’Angoulême.En outre, et on ne peut le nier, la réussite du festival tient à ses à-côtés (voir encadré) et à son président, hors de toute logique commerciale. Cette année, le président Baru, honoré par une splendide rétrospective, a eu le bon goût de décerner le Grand Prix de la Ville d’Angoulême à l’Américain Art Spiegelman, créateur de la BD Maus. De quoi augurer une belle édition 2012, logique mercantile ou non, et toujours dans l’intérêt du public, véritable propriétaire de la manifestation.

Nouvel Eurodisney

Il faut une bonne demi-heure pour pénétrer dans l’exposition « Le Monde de Troy » dans les salons de l’Hôtel-de-Ville, 10 à 15 minutes d’attente pour quémander une dédicace dans des allées surchargées où l’on joue des coudes pour avancer. Voilà un samedi après-midi au milieu du festival d’Angoulême. On est donc assez loin de cette convivialité qui avait fait sa réputation. D’autant plus que le prix d’entrée aux différents chapiteaux est encore relativement élevé (14€). On passera sur les stands des gros éditeurs, véritables supermarchés de BD, ou sur ces auteurs qui font payer leur dédicace de 10 à 30€. Une évolution du festival qui suit en fait celle du monde de l’édition et de l’Internet – la dédicace payante pour contrer le piratage et la vente de dessins sur eBay. Des pratiques inconcevables il y a quelques années.

(1) Selon le rapport 2010 de l’association des critiques et des journalistes de la bande dessinée (ACBD)

Jérémie Maire

UN PRIX DÉCALÉ

Créé il y a trois ans, le prix Charlie Schlingo est un prix alternatif au festival. Organisé par Hervé Boune et Yves Pouanot, il couronne, autour d’un verre de vin, l’auteur à l’esprit le plus proche du regretté Charlie Schlingo, mort en 2005. Après Yan Lindingre et Franky Baloney, c’est Daniel Fuchs, ancien d’Hara Kiri, qui s’est vu remettre le prix Schlingo pour Mes années bêtes et méchantes. La récompense : deux caisses de St Émilion 2005, cuvée Charlie Schlingo. Histoire de rester dans l’esprit de cet auteur méconnu, dessinateur, poète, chanteur, à l’origine, entre autres, de l’hebdomadaire Grodada créé avec le Professeur Choron.

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