Billets Politique Monde Société Économie Culture Sciences Sport Médias Bordeaux
Liquider l’euthanasie
Article publié le 3/02/2011
Alors que les dispositifs de soins palliatifs sont de plus en plus affinés, le débat sur l’euthanasie est de nouveau ouvert. A tort ?

« Les médecins n’ont pas l’apanage de la réflexion sur l’euthanasie, affirme Lucas Morin de l’Observatoire national des fins de vie, il doit y avoir un processus démocratique. Mais nous suggérons de la prudence et de la patience pour pouvoir mieux appréhender le sujet. Il me semble qu’une démocratie s’honore à prendre soin des plus vulnérables ». La loi proposée au Sénat dans la « précipitation » le 25 janvier y est vivement critiquée.

Car ailleurs, la légalisation de l’euthanasie engendre des dérives. En Belgique, des publications scientifiques démontrent que la loi ne serait pas respectée. La moitié des cas d’euthanasie, en particulier pour les personnes âgées, ne répondent pas à une demande explicite du patient. Elles ont également mis au jour la pratique d’euthanasie de nouveaux-nés et même l’organisation de prélèvements d’organes sur des patients euthanasiés. En Hollande, des malades migrent vers l’Allemagne parce qu’ils n’ont pas confiance en leur médecin. L’euthanasie n’y est possible qu’en cas de « détresse insoutenable  ». « Cette terminologie est d’une clarté d’égout », s’amuse le Dr Antoine Martin, médecin-psychiatre à l’unité de soins palliatifs d’un CHU en Gironde.

« Les arguments pro euthanasie, très mal définis, ne résistent pas à une analyse clinique fine » selon lui. Comment éviter l’écueil d’un deuil pathologique ? Le sentiment de culpabilité d’avoir autorisé la mort d’un proche ou d’un patient ? « Plutôt que de faire marcher la seringue, il faut injecter du sens  ». Une hypocrisie ? L’euthanasie se pratique, « mais généralement les médecins sont alors seuls », remarque le Dr Martin. Le travail d’équipe pluridisciplinaire permet à chaque fois de trouver une solution. Sinon, la sédation en phase terminale, un endormissement, est légale.

Fin de vie, période fructive

« La demande d’euthanasie cache souvent autre chose », confie le Dr Martin. « Aux centres de soins palliatifs, nous sommes des jardiniers : on viabilise le terrain pour que la fin de vie ne soit pas l’enfer ». Selon lui, sur cent demandes d’euthanasie à l’intégration de l’unité de soins palliatifs, au bout de 48h, après avoir dressé une carte humaine et familiale et ajusté une thérapie, il en reste trois. Au bout d’une semaine, plus qu’un seul. Et bientôt, plus du tout. Exemple.

« Vous êtes inhumain, docteur », avait lâché Michèle, 79 ans, quand on lui a annoncé l’impossibilité de l’opérer de son cancer du colon. Et de demander d’être euthanasiée. Son docteur refuse. Elle a à sa charge une fille adulte, handicapée, elle aussi malade, qu’elle a de plus en plus de mal à assumer. Le médecin lui propose alors d’organiser un retour à domicile, en renforçant les aides, pour passer Noël chez elle. Deux mois plus tard, Michèle lui envoie une lettre : « Je souhaitais le remercier, parce que ma fille venait de mourir, et que l’ayant portée jusqu’au bout, je me sens maintenant apaisée ».

Une polémique non partisane

La lutte contre l’euthanasie n’obéit pas à une logique partisane. À droite, le gouvernement a dû faire pression et rallier ses troupes pour lutter contre la proposition de loi. À gauche, Martine Aubry est pour, Ségolène Royal contre. Un manifeste intitulé « L’euthanasie n’est pas compatible avec les valeurs de la gauche » a été publié par des médecins sur le site de Marianne2. Preuve que la lutte contre l’euthanasie n’est pas le monopole des conservateurs.

Quant aux lobbies, le consensus se fait autour du développement des soins palliatifs. Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité parle de « deux jambes » : l’accès universel aux soins palliatifs et une légalisation de l’euthanasie. Une position jugée paradoxale par Raphaël de Bourayne, délégué départemental de l’Alliance pour le droit de vivre. « La « Dignité » : est-ce de se donner la mort ou d’être accompagné ? »

Louis Sibille. Dessin : Louis Thubert

Commentez cet article !
(1 commentaire)

    4 février 2011 23:58, par le journal de personne
    Quelqu’un qui vous dit : j’ai envie de mettre un terme à ma vie… vous ne pouvez rien pour lui ! Et vous ne pouvez rien contre lui. C’est comme ça que je conçois les rapports humains… à mi-chemin entre l’euthanasie et la paralysie. La paralysie ! Et c’est mon dernier mot. Accrochez-vous parce que vous n’êtes pas au bout de vos peines ! Vous rendez-vous compte, toute histoire est tributaire d’un mot et d’un seul… le noyau autour duquel gravitent tous les sentiments… http://www.lejournaldepersonne.com/2011/02/euthanasie/

    Voir en ligne : Euthanasie


> Page consultée 3947 fois
> 1 commentaire(s)
 

imprimatur.fr on Facebook
Imprimaquoi ?

Imprimatur est le journal école de l'Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA). Il est créé par les étudiants de 1ère année et distribué gratuitement dans plusieurs lieux publics de Bordeaux.

Vous pouvez télécharger le dernier numéro au format PDF en vous rendant sur la page d'accueil du site.


Imprimatur, journal-école de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine.
Fondateur : Robert Escarpit. Directrice de la publication : Maria Santos-Sainz.
IJBA, 1 rue Jacques Ellul, 33 080 Bordeaux Cedex. Tel : 05 57 12 20 20
www.ijba.org - Association des diplômés