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L’Afssaps sous surveillance
Article publié le 3/02/2011
L’Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé (Afssaps) a publié lundi 31 janvier une liste de 77 médicaments placés « sous surveillance renforcée ». Après le scandale du Mediator et sous la pression du gouvernement, l’agence joue la carte de la transparence, mais elle n’échappera pas à une réforme.

Mauvaise élève européenne, l’Afssaps tente de se refaire une virginité en pointant des médicaments à risques. Sur cette liste figurent deux types de produits, ceux dont l’efficacité est remise en cause, et ceux qui présenteraient une dangerosité trop élevée. Et c’est cette dernière catégorie de médicament qui embarrasse l’Afssaps. Accusée de complaisance à l’égard des laboratoires pharmaceutiques, l’agence a essuyé une pluie de critiques avec l’affaire du Mediator, un médicament retiré du marché suisse dès 1997... Comment la France a-t-elle pu tarder à ce point ? Comment les contrôles sont-ils effectués ?

Du côté des professionnels de santé, on plaide l’impuissance. Daniel Gasté, pharmacien bordelais, se considère comme le dernier maillon de la chaîne. « Nous, les pharmaciens, on se plie aux recommandations de l’Afssaps, on reçoit les circulaires et on les applique. C’est compliqué, parce que ce sont des affaires de gros sous. Moi, j’ai ouvert ma pharmacie il y a treize mois, je travaille douze heures par jour pour zéro euro de l’heure, alors que les laboratoires comptent en milliards d’euros. »

« L’Afssaps intervient toujours trop tard »

Il ajoute que « c’est aussi aux médecins de prendre leurs responsabilités », un point de vue partagé par le docteur Bruno Boutges, médecin généraliste à Bordeaux et spécialiste en médecine et biologie du sport. « Trop de médicaments sont dévoyés de leur usage premier, les médecins doivent s’informer des risques que comportent de telles pratiques, et ils devraient tous être abonnés à la revue Prescrire ! Les laboratoires ne communiquent que les informations qui les arrangent, et l’Afssaps intervient toujours trop tard. »

Le 20 janvier dernier, Nicolas Sarkozy promet de « resserrer les mailles du filet de notre système de pharmacovigilance », et de « renforcer la garantie absolue d’indépendance, de transparence et d’impartialité des prises de décisions. »

Dans la foulée, le chef de l’Etat demande au professeur et député Bernard Debré de lui remettre un rapport, afin de « reprendre le pouvoir que les médecins et les politiques ont laissé aux labos. »

L’objectif, à peine masqué, est de tenir l’agence à l’écart des conflits d’intérêts et autres soupçons de corruption qui planent régulièrement au-dessus d’elle. Ce rapport devrait notamment s’attaquer au financement même de l’Afssaps, alimentée à 90 % par l’industrie pharmaceutique. La cerise sur le gâteau : le ratio bénéfice/risque d’un médicament soumis à l’examen de l’Afssaps est dans 80 % des cas évalué sur la base d’essais cliniques conduits et financés par les laboratoires pharmaceutiques. L’agence va devoir réviser sa copie.

ANISSA BOUMEDIENE

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