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Réinventer l’école
Article publié le 10/02/2011
Le collège Auguste Blanqui de Bacalan croit en l’éducation. Rythmes scolaires dits " du matin " et recours aux médiateurs : les 6è sont de vrais labos d’expérimentation. Récit d’un vendredi passé avec eux.
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Pédagogues, les profs enseignent de façon ludique : travail en groupe et jeu de questions-réponses motivent les élèves.

8h00

L’aube peine à sortir la 6è B de sa torpeur. Encore engourdie, la quinzaine de filles et garçons se prépare aux cours du matin, en douceur. C’est son « sas » quotidien. Un prélude matinal.Serge « 18 de moyenne », Océane « future styliste », Théo « dur-dur le vendredi matin » et tous les autres se retrouvent en salle d’art plastique. Histoire de commencer du bon pied. Leur médiatrice, Célia Constant, vérifie leurs devoirs et discute d’éventuelles difficultés.

Une fois tout en règle, passage à la collation. Un moment privilégié, mis en place dans le cadre de l’expérimentation. « Ça crée une ambiance d’attention et permet à ces nouveaux collégiens de prendre des bonnes habitudes », explique Célia.

Les 6e B s’expriment sur leur récente arrivée au collège

« C’est bien d’avoir plusieurs professeurs et j’ai l’impression d’avoir plus de liberté » Grâce.

« La seul choses que j’ai à dire, c’est que j’adore le collège » Medhi.

« J’aime bien la 6è parce qu’on doit s’adapter à chaque caractère de professeur [...]. Le SAS, je pense juste que c’est un truc qui sert à nous faire réveiller plus tôt [...] ça sert juste à nous énerver » Serge.

« Je trouve ça cool la sixième car on fait plein de rencontre, et qu’on apprend à devenir grand […]. C’est aussi différent car il faut un peu se débrouiller tout seul » Ilôna.

« La nourriture est assez bonne [...] la sixième est beaucoup mieux parce qu’on a un plus grand espace pour jouer dans la cour » Théo.

8h30

Quelques escaliers et trois accolades plus loin, les 6è B rejoignent Murielle Buffiere, leur professeure de français. Beaucoup ont déjà sorti manuels, cahiers et stylos. Tous lèvent le doigt. Elle prévient : « Les sept temps que l’on révise depuis le début de l’année doivent être connus pour la prochaine évaluation ».

Les élèves récupèrent ensuite leurs travaux sur le vocabulaire du cirque ; thème du projet qu’ils mèneront tout au long de l’année. Avec à la clé, un spectacle. Murielle Buffiere a toujours travaillé dans « des collèges difficiles ». Elle salue les initiatives de l’établissement : « Ce rythme leur correspond bien. Jusqu’à 11h30, ils sont bien concentrés. Après, ils ont faim ! »

Les élèves se lèvent au rythme d’une musique entraînante. L’heure est finie ? Oui. Et comme sonnerie, rien de tel que la Colegiala (la chanson de la pub Nescafé NDLR) !

9h30

Les SVT [1] sont aujourd’hui enseignées par une remplaçante. Et les élèves comptent visiblement en profiter. Mais pas de quoi déconcerter Mme Karine Thomas. Elle se plie de bonne grâce au pseudo entretien d’embauche que le premier rang lui inflige : « Vous êtes nouvelle ou vous avez été prof ailleurs ? Depuis quand vous êtes prof ? »

Mme Thomas contre-attaque : « Donnez-moi un animal qui mange des matières organiques… René la Taupe ?! Bon, celui-là, on va le laisser où il est ! ». Des groupes de TD se forment sur fond de copinage. Une bande de pipelettes compte leurs bracelets « formes », des bijoux en plastique très en vogue. « Moi, j’en ai 50 et même un Bob l’éponge multicolore », nargue Raïna. Seule la diffusion d’une vidéo concèdera au cours son premier instant de silence.

10h30

Récréation. Dans leur bureau situé au rez-de-chaussée, les trois jeunes médiateurs - un pour chaque 6è - travaillent dans une subtile odeur de café chaud. L’endroit est à l’image de ceux qui l’occupent : accueillant et enclin au dialogue.

Célia Constant, Claire Rochoux et Nicolas Santan ont à cœur de remplir leur fonction de passerelle. Entre les élèves et les profs. Entre les profs et les parents. Et parfois entre les élèves et les parents. « Notre rôle, c’est de créer du lien. Surtout que nous avons pas mal d’enfants issus de milieux difficiles. On a souvent les parents au téléphone. Les absences ou les devoirs sont des prétextes pour travailler main dans la main avec eux et leur redonner confiance dans l’institution scolaire », justifie Célia Constant.

Cette attention portée au bien-être des élèves a un effet miroir. Même si certains enseignants restent sceptiques : « Ils sont chouchoutés et dorlotés. Après quand on les lâche, ils font n’importe quoi », fait remarquer M. Moravel, professeur de musique. Rythmes du matin, médiateurs, « sas », projet d’année… toutes ces innovations visent aussi à débattre de l’éducation française.

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Mise à jour, organisation et vérification des emplois du temps, coups de fil aux parents et discussions avec les acteurs du collège ... Les trois médiateurs ont pour priorités le bien-être et le suivi de leurs protégés. Photos L.T.

14h00

Vient le moment tant attendu de l’après-midi. Les 6è découvrent et approfondissent la musique, l’art plastique mais surtout le sport. Tous affirment préférer les activités sportives et culturelles. Principales raisons évoquées : « On se défoule et ça fait du bien », « on est en plein air et on écrit pas » ou « on se détend ».

Une démarche qui donne à ces enfants le goût de l’école. « Le collège blanqui est un établissement super ! Nous sommes bien entourer et bien protéger pour qu’on ce sente toujours bien, j’ador ! (sic) » confie Sephora. Aucun ne regrette le CM2. Certains se targuent même d’apprendre à devenir grand. L’école se réinvente, qui a dit qu’elle était finie ?

Les rythmes scolaires au banc d’essai :

- Journées trop longues et fatigantes : le rapport remis au ministère de l’éducation le 25 janvier est sans appel.

- La journée type d’un élève n’a pas évolué depuis 40 ans : un nouveau rythme scolaire s’impose.

- L’expérimentation cours le matin/activités sportives et culturelles l’après-midi a été inaugurée à la rentrée 2010.

- Objectifs : améliorer les conditions d’apprentissage et privilégier l’intérêt, notamment sanitaire, des élèves.

- Effets escomptés : favoriser la réussite, transmettre aux élèves le goût de l’effort et le respect des règles.

- 7000 collégiens et lycéens, répartis sur 124 établissements, expérimentent ce rythme jusqu’en 2013.

[1] SVT : Sciences et Vie de la Terre.

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(5 commentaires)

    11 février 2011 08:29, par Julie
    Une journée classique dans un collège tout autant classique... Pratiquer la musique et le sport l’après-midi ? J’espère que l’établissement a d’autres d’ambitions pour réellement "réinventer l’école".

    12 février 2011 11:02, par ludivine
    Pratiquer exclusivement des activités sportives et culturelles l’après-midi à la place des autres matières n’a rien de nouveau ? demandez donc à d’autres collégiens et vous aurez votre réponse. Ce rythme scolaire est en expérimentation dans 124 établissements en France (lire l’encadré) et s’avère relativement efficace comme par exemple dans ce collège : psychologiquement ça joue sur l’envie de se concentrer le matin (et plus généralement d’apprendre) de savoir que l’après-midi sera plus léger voire épanouissant. D’autre part, il ne s’agit pas de la seule innovation puisque dans ce collège (lire l’article) des médiateurs aident à une meilleure cohésion, notamment via le "sas". Un projet d’année permet aux élèves de découvrir d’autres domaines... Peut-être n’est-ce pas suffisant mais il faut rappeler que les réformes sont toujours accueillies avec méfiance dans notre cher pays. Surtout lorsqu’elles concerne l’avenir de la nation. On peut, il me semble, critiquer les effets, mais moins l’aspect novateur... Pour réinventer l’école (comme tout autre chose), la manière progressive et expérimentale apparait la plus plus appropriée.

    12 février 2011 12:31, par ludivine
    erratum : "légère", "concernent" et "toute" autre chose.

    12 février 2011 17:09
    Dommage, alors, que l’article ne donne pas davantage la parole à ces médiateurs ou ne mette pas plus en avant ces "conséquences psychologiques".

    13 février 2011 16:47, par ludivine
    Oui, c’est vrai, ça aurait pu prendre la forme d’une enquête. Mais une fois sur place, j’ai pensé qu’un reportage "journée type" serait plus "sympa", tout en donnant aux lecteurs des infos sur ces expérimentations.

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