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Colère magistrale
Article publié le 10/02/2011
« Les dysfonctionnements graves de la police et de la justice qui ont laissé sortir le présumé coupable seront sanctionnés ». Le discours de Nicolas Sarkozy jeudi 3 février à Orléans à propos du meurtre de la jeune Laëtitia a laissé des traces.

Lundi, après plus d’une heure d’assemblée générale dans une salle d’audience bondée et transformée pour l’occasion en bureau des plaintes, le verdict est tombé. Le tribunal de grande instance de Bordeaux suivra bien celui de Nantes dans la mobilisation nationale à venir. Caroline Baret, responsable local du tribunal de Bordeaux pour le syndicat USM depuis janvier, revient sur l’événement.

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Caroline Baret milite sur tous les fronts.

Vous avez co-présidé l’assemblée générale de ce lundi, qu’en est-il ressorti ?

Caroline Baret : Trois types d’actions ont été décidées par la majorité des 96 participants. En plus du renvoi de toutes les audiences jusqu’au vendredi 11 février, une délégation de collègues se rendra à Nantes le jeudi 10 février pour une mobilisation de soutien. En parallèle, une manifestation unitaire se tiendra sur les marches du palais de Bordeaux jeudi à 11 heures. Une autre assemblée décidera de la suite à donner à ce mouvement vendredi.

Il est rare de voir les magistrats descendre dans la rue. C’est un ras-le-bol général ?

Les magistrats ont souvent les nerfs solides et courbent la tête. S’ils sont aussi unis aujourd’hui, c’est qu’il n’est plus possible d’utiliser négativement les magistrats en vue des échéances électorales.

Tony Meilhon aurait dû être suivi depuis sa sortie en février 2010. Comment expliquer une telle négligence de la part du tribunal de Nantes ?

Le tribunal de Nantes n’avait pas assez de personnel, et a donc dû mettre certains dossiers en attente. Il manquait un juge d’application des peines que le tribunal réclamait à cors et à cris depuis cinq ans. En novembre dernier, Michèle Alliot-Marie ( ancienne ministre de la Justice, NDLR ) a déclaré que le nombre de personnel judiciaire était suffisant et correspondait aux besoins. La réalité prouve le contraire.

Dans son " livre blanc " paru mardi, l’USM, syndicat majoritaire, dénonce une justice qui manque de moyens matériels et humains. Quel est l’état réel du système judiciaire français aujourd’hui ?

Le système judiciaire français est en mauvais état. La France occupe la 37eme position européenne juste avant la Turquie. Il n’est pas normal de laisser la justice sans moyen, et de la désigner comme exutoire par la suite. Les magistrats deviennent des boucs-émissaires. Le magistrat est le garant de l’état de droit, il doit avoir la confiance des citoyens, et c’est exactement ce que l’on est en train de nous enlever.

Qu’est-ce qui pourrait apaiser la colère des magistrats ?

Il faudrait commencer par les considérer à nouveau, éviter de les critiquer à tort et à travers sans donner aux citoyens les clés pour comprendre le problème. En bref, réconcilier la population avec l’appareil judiciaire.

Propos recueillis par Ugo Tourot

Syndicats : les combats précédents

- Septembre 2010 : appel des syndicats à des actions dénonçant la dégradation de la justice française.

- Mai 2010 : mobilisation dans la réforme des retraites.

- Mars 2010 : grande manifestation organisée à Paris avec un mot d’ordre : « Justice en danger, unissons-nous ».

- Octobre 2009 : les magistrats manifestent aux côtés des associations de victimes pour défendre le juge d’instruction.

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