Billets Politique Monde Société Économie Culture Sciences Sport Médias Bordeaux
Bégaiement : trouver sa voix
Article publié le 10/02/2011
Difficile de trouver un point commun entre Aristote, Winston Churchill et Marilyn Monroe. Pourtant, comme 600 000 personnes en France, tous trois ont souffert de bégaiement. A l’occasion de la sortie du film "Le Discours d’un roi", petit éclairage sur un trouble souvent moqué et encore trop tabou.

« Un véritable parcours du combattant. » L’expression revient plusieurs fois dans la bouche de Jean-Marc Goyhénèche. Ce chercheur au Commissariat à l’énergie atomique lutte contre son bégaiement depuis plus de trente ans. À l’époque, la prévention n’existait pas. Sur les conseils des médecins, les parents attendaient qu’il disparaisse avec l’âge. Une grave erreur selon l’orthophoniste Martine Cotton installée à Eysines depuis une vingtaine d’années. « Ils doivent prendre conscience de ce handicap le plus tôt possible. C’est entre trois et sept ans qu’il faut agir car c’est la période où la plasticité cérébrale de l’enfant est la plus importante. »

Orthophonie, musicothérapie, scénothérapie et autres exercices de relaxation et de psychomotricité… les techniques pour réparer ce dysfonctionnement ne manquent pas. Martine Cotton explique cependant qu’il « n’existe pas qu’une seule méthode pour combattre le bégaiement. Chaque thérapeute fait avec ses outils. Ce qui peut convenir à un patient ne fonctionnera pas forcément sur un autre. » La responsable départementale de l’association Parole – Bégaiement (APB) ajoute qu’un bègue a autant besoin de travail fonctionnel que de psychologie.

Le déclic

Jean-Marc Goyhénèche a vécu cette double expérience. Il a multiplié les exercices orthophoniques mais aussi des méthodes basées sur la maîtrise des muscles. Pas suffisant selon lui. Le déclic est intervenu au moment de la préparation de sa soutenance de thèse : « Je voyais l’échéance arriver à grands pas lorsque je me suis aperçu que mon bégaiement n’avait pas disparu. Il me manquait une approche cognitive ». Il suivra une psychothérapie pendant 10 ans. « C’est un complément très efficace aux démarches motrices développées chez les orthophonistes. Si je n’avais pas eu ces deux parcours, je ne sais pas si ça aurait aussi bien fonctionné. »

Ce combat passe également par l’ouverture aux autres. L’isolement est aussi une de leurs principales difficultés selon Véronique Pénas. Cette assistante maternelle réunit chaque dernier jeudi du mois un groupe à la maison des associations de Mérignac. Composées uniquement de personnes bègues, ces rencontres appelées Self Help leur permettent « de se retrouver et de pouvoir discuter tranquillement sans se soucier du regard d’autrui. » Un obstacle encore difficilement franchissable : « Tous n’acceptent pas encore leur problème d’élocution même devant un public souffrant du même handicap. » Un moyen de mieux accepter son bégaiement et de regagner une certaine confiance.

Romain Barucq et Laurent Pomel / Illustration : Mikhaël Frison

L’APB vous invite

Suite à la projection du film Le Discours d’un roi du réalisateur Tom Hooper, l’association organise le vendredi 11 mars un débat.

Rendez-vous à 20 heure à l’Utopia, 5 place Camille-Jullian à Bordeaux.

www.begaiement.org

Commentez cet article !

> Page consultée 1311 fois
> 0 commentaire(s)
 

imprimatur.fr on Facebook
Imprimaquoi ?

Imprimatur est le journal école de l'Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA). Il est créé par les étudiants de 1ère année et distribué gratuitement dans plusieurs lieux publics de Bordeaux.

Vous pouvez télécharger le dernier numéro au format PDF en vous rendant sur la page d'accueil du site.


Imprimatur, journal-école de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine.
Fondateur : Robert Escarpit. Directrice de la publication : Maria Santos-Sainz.
IJBA, 1 rue Jacques Ellul, 33 080 Bordeaux Cedex. Tel : 05 57 12 20 20
www.ijba.org - Association des diplômés