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Web TV 2.0. campagne
Article publié le 20/03/2007
Phénomène marquant de la campagne présidentielle, les télévisions alternatives sur Internet gagnent en influence. Malgré une audience confidentielle.

« Plus ça va, plus je remarque que la maturité des Français est grande, en particulier grâce à Internet, confiait François Bayrou à Imprimatur vendredi 16 mars. Ça a changé beaucoup de choses. Ma campagne a été lancée sur Internet et c’est la première fois qu’une élection aura été gagnée sur le Web », ajoutait l’extrême-centriste dans un assaut d’enthousiasme. Et ce n’est pas la pléiade de blogueurs et autres Web TV politiques qui contrediront la nouvelle madone des sondages, récente fossoyeuse de la « mal information » et de la partialité de TF1

Canapé clic-clac décati, table basse, ardoise en plastique sur laquelle est inscrit le thème de l’émission, présentateurs lookés façon plateau des mille vaches, voilà le décor minimaliste de Zalea TV. Avec pour slogan « à la rue plutôt que Delarue », cette Web TV associative connue pour ses « désentubages cathodiques » a été fondée il y a six ans par des anciens des radios libres et par « des journalistes des medias traditionnels en rupture de ban », explique Nicolas Guigiarro, ingénieur de 35 ans, dont toutes les RTT sont consacrées à l’association. « Nous n’avons pas de ligne éditoriale mais on est franchement à gauche. Si tu regardes Zalea, tu risques même de te dire que c’est télé Bové ». Car le net n’est pas soumis aux règles d’équité des temps de parole et d’antenne du CSA.

« On ne peut pas donner une information libre et dégagée des pouvoirs politiques en étant salarié. Le salarié va toujours s’auto-censurer en se disant qu’un sujet ne passera pas parce que tel annonceur est dans le journal. A Zalea, on est bénévoles, tout le monde fait tout. Cadrage, présentation, prise de son, interviews, administratif, même l’aspirateur », assène Nicolas Guigiarro. Chez Zalea, qui refuse toute publicité et ne fonctionne que grâce aux dons et à une subvention du Conseil régional d’Ile-de-France, l’audimat n’est pas le premier souci (d’ailleurs la chaîne refuse d’entrer dans ces considérations). Du coup, on n’hésite pas à dépasser les 2h30 de logorrhée en direct. Et suivra qui pourra. « Quand c’est intéressant, on peut déborder, aller jusqu’a quatre heures d’émission. On fait souvent exploser le format », s’amuse Guiguiarro.

Faits d’arme

Avatar influent de la blogosphère, les web TV gagnent en influence et en capacité de nuisance plus qu’en audience. La vidéo la plus consultée de Politic’show, avec Clémentine Autain, a été visionnée par un peu plus de 46 000 personnes. Bien loin des 9 millions de téléspectateurs réunis par l’émission J’ai une question à vous poser de TF1 avec Nicolas Sarkozy. Mais le vingtième « Baromètre » portant sur « la confiance des Français dans les médias », publié par le journal La Croix dans son édition du 14 février, confirme une tendance. Internet, apparu en 2005 dans le baromètre, obtient une crédibilité de 30 %, contre 24 % l’année précédente. Pour autant, quand le blogueur chasse sur les terres des journalistes, il ne se pare pas toujours de la rigueur nécessaire.

Nabil Wakim, journaliste du Monde.fr tempère l’engouement : « Le système ne marche pas toujours. Dernier exemple en date, sur le blog de Nicolas Voisin, Politic’show, on annonce qu’Ignacio Ramonet soutient Bayrou et on apprend le lendemain sur le même site que c’était une fausse info. Et on n’a de source ni pour l’info elle-même, ni pour le démenti. Et ça, ça pose problème ».

Autre pan de la campagne Web 2.0, ces nouveaux médias foncent et advienne que pourra. Ainsi, la vidéo d’outre-tombe de Pierre Bourdieu dézinguant Ségolène Royal, c’est Zalea TV. « Comment elle s’appelle, la femme de Hollande ? Ségolène Royal. Eh bien, pour moi, elle n’est pas de gauche. Elle a un habitus, une manière d’être, une manière de parler qui vous dit : "Elle est de droite" », affirmait le sociologue décédé en 2002 et exhumé pour l’occasion.

L’affaire du vélo de Noël Mamere, c’est aussi sur le net que ça se passe. Sur karlzero.podemus.com, l’élu Vert de Bègles jure ne rouler qu’a vélo et abhorrer la voiture dont il ne voudrait pas, même si on lui en faisait cadeau. Des images le montrent pourtant quelques minutes plus tôt descendant d’une voiture avec chauffeur... Autre signe qui ne trompe pas : lorsque Corinne Lepage annonce son désistement en faveur de François Bayrou, elle choisit le Politic’show pour le faire.

David Thomson (avec Gwen Catheline)

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