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Paul Eronce Villard : "Intégrer les connaissances acquises au sein même de la société haïtienne"
Article publié le 10/02/2011

Comment êtes vous arrivé à l’ENM ?

J’ai étudié la philosophie pendant dix ans et je suis devenu professeur de philosophie. Puis je suis devenu avocat, et je plaide au barreau de Port-au-Prince depuis 2006. J’ai aussi travaillé pour des organisations internationales comme la Pan American Development Foundation. Après le séisme qui a détruit les institutions judiciaires, on a organisé un concours de manière exceptionnelle pour recruter une nouvelle promotion de la magistrature haïtienne, j’ai profité de cette circonstance toute particulière pour endosser mon inscription. Et je suis sorti dixième lauréat du concours.

Quels sont les défis que la justice haïtienne aura à affronter ?

Il y a plusieurs dimensions. Il faut réformer les infrastructures judiciaires qui sont désuètes. Le séisme les a aggravées. Il faut améliorer la formation des magistrats et c’est ce qui se réalise ici, avec notre venue à l’ENM. Il y a aussi le problème de la corruption. Personne n’est dupe. On en parle dans toute la presse internationale : il y a une corruption accrue dans l’institution judiciaire. Parfois on nomme des gens sans avoir été dans une école de formation à partir d’un échiquier totalement politique. Pour la première fois on va avoir une école de la magistrature qui recrute des gens à partir d’un concours sérieux. Les anciennes promotions ont été nommées par l’Etat, les hommes politiques, le ministère de la justice car l’EMA fonctionnait sans statut juridique et sans organisation légale avant 2007. C’est véritablement la promotion de la reconstruction.

Pour vous Haïti est-il un Etat de droit ?

On ne peut pas parler d’Etat de droit dans un pays où les gens ne mangent pas à leur faim, n’ont pas de travail ; où la quasi-totalité de la population haïtienne vit en-dessous du seuil de pauvreté, sans institutions judiciaires, sans infrastructures.

Quel sera votre rôle en rentrant en Haïti ?

On va essayer d’intégrer les connaissances acquises au sein même de la société haïtienne pour un changement. Par cette promotion, Haïti doit faire d’une pierre plusieurs coups. L’EMA n’a pas encore d’enseignants. Il va falloir créer un corps enseignant. Mais il y a beaucoup d’inquiétudes parmi nous. On ne sait pas vraiment ce qu’il va se passer de retour en Haïti. Ce sont les institutions haïtiennes qui ont l’autorité de nomination des juges. Et peut-être qu’on restera sur le pavé, la réussite en Haïti ne dépend pas toujours de votre compétence. On va rentrer au pays et on verra ce qu’il se passera. Peut-être que la communauté internationale mettra la pression sur les institutions haïtiennes pour qu’elles intègrent ces vingt candidats dans la justice. Ce serait une bonne chose car la justice a vraiment besoin de cette technique qu’on a reçue ici à l’ENM.

Cliquez sur les citations des futurs magistrats haïtiens ci-dessous pour accéder à leurs interviews.

- Johnson Simon : "Il faudra travailler pour combattre la corruption au sein de l’appareil judiciaire".

- Magarette Toussaint Georges : "On dit qu’en Haïti on a toujours eu les bonnes lois, mais beaucoup d’entre elles sont désuètes".

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