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Coup de folie au CAPC
Article publié le 10/02/2011
Parsemée d’amnésies et de voyages rocambolesques, la vie d’Albert Dadas, un aliéné bordelais du XIXème siècle, a inspiré le jeune artiste suédois, Johan Furåker
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Johan Furåker, Albert Dadas II, huile sur médium, 2009, collection particulère

D’abord on l’a pris pour un affabulateur. Mais Albert Dadas, employé à la compagnie du gaz de Bordeaux n’était pas complètement dingue.

Le long voyage qu’il évoque sur un lit de l’hôpital Saint-André en 1887 n’a rien d’un mensonge. Phillippe Tissié, interne à l’époque, en est convaincu après avoir soumis Albert à une séance d’hypnose.

Sous son effet, Dadas raconte avec force détails son parcours entre l’Autriche et la Russie, en passant par l’Algérie et la Turquie. Le diagnostic tombe : Albert le Bordelais est dromomane, selon la terminologie du siècle.

Traduction : il était par épisodes, pris d’une irrésistible impulsion de partir. Mais pas seulement : il souffrait aussi d’amnésies. Albert partait sans prévenir, sans papiers ni valises et revenait, sans explications. « Une sorte d’hystérie masculine », confie François Guillemeteaud, responsable de la communication du musée, « mais parler d’un homme en ses termes, en ce temps-là, ne s’envisageait pas ».

Démence & réalisme

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Johan Furåker, Records of Hypnotic Sleep, huile sur médium, 2009, Courtesy Malmö Art Museum - Photos DR

Cet étrange individu, Johan Furåker le découvre pendant qu’il étudie l’art à l’Académie de Malmö, en Suède.

Il tombe sur un livre de philosophie, Les fous voyageurs* du canadien Ian Hacking. Le manuel traite du Bordelais. Furåker s’amourache de l’histoire et décide « de la mettre en images ».

Cette entreprise tient du challenge. Il n’existe quasiment aucune photographie du personnage. La seule, l’unique est celle de son dossier médical. Furåker puise dans les récits et les déclarations de police pour mieux cerner son sujet. Il peint les lieux traversés par Dadas avec une certaine dose d’imagination et « à l’aide de vieilles cartes postales désuètes », explique F.Guillemeteaud.

Furåker "recrée" au pinceau une pellicule photo qui n’existait pas. Le résultat ? Des peintures à l’huile de la gare de Nice au XIXème siècle, des débuts de l’ère industrielle, et des portraits du héros déjanté. Après avoir vampirisé un philosophe canadien et un peintre suédois, Albert Dadas est de retour à Bordeaux. Une nouvelle réapparition du premier fugueur.

Aurélie Dupuy

Le premier fugueur jusqu’au 24 avril au CAPC, Bordeaux, Galerie Ferrère, second étage. Tarifs : 5€ et 2,50 € www.capc-bordeaux.fr

*Titre original : Mad travellers : Reflections on the Reality of Transcient Mental Illness.

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