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Balenciaga : Less he can
Article publié le 21/03/2011
La haute couture ne se résume pas aux dérapages de Galliano ou aux divagations germaniques stylisées de Karl Lagerfeld. Balenciaga tranche par son minimalisme.

Les différentes « Fashion Weeks » de ce mois de mars ont encore apporté leur lot d’excès, quitte à appuyer lourdement le stéréotype d’un milieu de la mode baroque et déphasé. À Londres, le français Charlie Le Mindu a joué la carte de la provocation avec des modèles quasi-dénudés et ensanglantés. Le final ? L’apparition sur scène de l’artiste avec un tablier de boucher sur fond de cris de porcs pour environnement sonore. Au milieu de ces extravagances, un créateur français a, lui, une nouvelle fois joué la carte de la sobriété et du minimalisme. Avec succès. Directeur artistique de Balenciaga depuis 1997, une maison qui était tombée dans l’oubli dans les années soixante-dix, Nicolas Ghesquière est aux antipodes du fantasque John Galliano. Comprenez : il a un look de gendre idéal, approchant la quarantaine, à même de séduire les grands pontes des magazines de mode. Évidemment, les esprits un brin moqueurs ne manqueront pas de comparer son « exigence » à de « l’austérité ». Surtout à une époque où la robe en steak d’une popstar a fait couler plus d’encre que n’importe quel défilé de la saison 2011.

French touch

Mais si l’on tolère l’exigence de Nicolas Ghesquière, c’est parce qu’il donne des raisons de croire que la mode peut encore être un art d’une sophistication extrême et non une simple industrie. « Ce qui importe, c’est l’architecture du vêtement, sa construction en trois dimensions, explique-t-il. On peut alors imaginer des habits circulaires, qui prennent tout leur sens lorsque l’on tourne autour du corps. Le ‘noir Balenciaga’ revêt ainsi toute sa sensualité. » Un parti-pris qu’on retrouve dans la collection automne-hiver 2011, unanimement saluée comme l’une des plus réussies de la semaine parisienne. On y retrouve pêle-mêle des tuniques de soie bicolores dont la force réside dans la construction « façon puzzle » du tissu, la réappropriation de motifs floraux mis en valeur par un haut qui joue sur la texture du cuir ou encore des variations minimalistes sur les robes. Un bleu marine, très commun, est ainsi prétexte à de savants jeux de spatialité grâce au travail des matières ou au jeu sur les longueurs.

Bastion anti-frime

Signe, peut-être, d’une marque exigeante et donc a priori distante, très peu de gens portent du Balenciaga. D’emblée, il ne vient à l’esprit que le nom de Charlotte Gainsbourg, amie du créateur, dont les susurrements sur fond sonore sont eux aussi une interprétation minimaliste d’un autre art, la musique. Avec le retour de l’intérêt pour la marque, Nicolas Ghesquière pourrait s’imposer comme le sauveur de la mode dans un monde post-crise – et post-excès. Pourtant, la collection présentée la semaine dernière à l’hôtel Crillon laisse un arrière-goût un peu particulier. Certes, les tenues sont une fois de plus un travail d’orfèvre. Incontestablement, ce sont des habits qui résisteront à l’extrême rapidité et versatilité des tendances de la haute couture, valables d’une saison sur une autre. Pourtant, en poussant à son paroxysme sa vision d’un vêtement à la fois complexe et minimaliste, et donc plus portable, Nicolas Ghesquière risque peut-être d’enrayer la machine Balenciaga. On note un manque de fraicheur qui donne l’impression que la marque a pris un coup de vieux, taillée pour plaire à Emmanuelle Alt. C’est oublier que nous sommes loin d’être tous des quadras rédacteurs en chef de Vogue.

Guillaume Faure

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