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Internet, outil de la liberté ?
Article publié le 21/03/2011
Tunisie, Égypte, Libye... Lorsqu’un État est instable politiquement, une des premières réactions est désormais de s’en prendre à Internet.

Bien avant l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi en Tunisie, il y a l’histoire de l’Égyptien Khaled Said. Le 6 Juin 2010, près de huit mois avant le départ d’Hosni Moubarak, le jeune homme de 28 ans est battu à mort par la police, selon des témoins, à sa sortie d’un cybercafé d’Alexandrie. Khaled aurait pu être une énième victime des régimes autoritaires, sans véritable suite. Mais le soulèvement des peuples arabes contre leurs dirigeants va changer la donne.

Cyber-dissidence

Khaled Said n’était pas n’importe quel internaute mais un cyber-dissident, ou ce que les Américains appellent des « whistleblowers », ces « lanceurs d’alerte » qui préviennent des abus de pouvoir ou des phénomènes de corruption. Il avait posté quelque temps auparavant une vidéo montrant des policiers se partageant le butin de dealers tout juste arrêtés. Après son décès, c’est autour de lui que se cristallisent toutes les protestations, des manifestations pacifiques de l’été 2010 aux heurts de début 2011, jusqu’au renversement d’Hosni Moubarak. Son image continue alors à vivre sur Internet : il devient un sujet de discussion Twitter (#khaledsaid) et sa page Facebook est un lieu où chacun peut afficher son soutien et coordonner des actions de résistance. Une utilisation d’Internet qui n’est pas forcément généralisable. Les révolutionnaires libyens sont ainsi peu présents sur Internet, les expatriés prenant alors le relais. Plusieurs facteurs pour expliquer cela : la Libye n’est pas aussi développée technologiquement que l’Égypte. Surtout, le mouvement révolutionnaire n’a pas été initié par les jeunes diplômés sans emploi, parmi les premiers à protester via les réseaux sociaux dans le cas égyptien.

Black-out

Le 28 Janvier dernier, l’Égypte pratique ce qu’aucun autre pays n’avait fait auparavant : la coupure totale du réseau Internet. Une situation rendue possible par la mainmise du clan Moubarak sur l’économie numérique du pays et le faible nombre de fournisseurs d’accès existants. Stopper Internet semble être devenu le premier moyen de nuire à la liberté d’expression. Mais les exemples tunisien et égyptien, dont les révolutions ont abouti, indiquent qu’il est toujours possible de contourner la censure. C’est ainsi que Google a lancé « Speak to tweet ». Pour tous les internautes dont l’accès Facebook et Twitter est coupé, il est possible d’enregistrer un message sur une boite vocale de Google. Celui-ci est aussitôt relayé sur les réseaux sociaux. Cette volonté de museler Internet peut-elle avoir un impact pour les Français ? L’idée n’est pas saugrenue. Lorsque que vous tapez une adresse en « .ly » , vous utilisez peut-être sans le savoir le domaine internet libyen. Une extension utilisée, entre autres, par le français Dailymotion, qui propose des adresses raccourcies du type http://dai.ly. Or le contrat d’utilisation du « .ly », qui implique théoriquement le respect de la Charia et du régime, condamnerait donc toutes les vidéos anti-Khadafi. Toutefois, peu de soucis pour le moment : trois des cinq serveurs qui gèrent ce domaine sont hors Libye et il faudrait des semaines pour que le colonel obtienne un arrêt total. La question de la pérénnité des liens reste néanmoins posée, même pour les Français.

Guillaume Faure


- "Hérauts de la révolution" : John Scott-Railton et le Libyan Youth Movement comptent parmi ces internautes qui tiennent le monde au courant des révolutions arabes.
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