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Voyageurs au cœur créole
Article publié le 21/03/2011
La communauté antillaise de Bordeaux est l’une des plus importantes de France métropolitaine. Imprimatur part à la rencontre de ces étudiants qui quittent leurs îles pour venir étudier en France.
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Monsieur Carnaval, armé de deux potences, a rappelé à Bordeaux son passé ombrageux.

Le 6 mars dernier, la parade du Carnaval des deux rives envahissait Bordeaux. Environ 50 000 personnes ont assisté à cette pluie de couleurs, sous un ciel immaculé. Si le Carnaval de Bordeaux permet aux bordelais d’entrevoir un pan de la culture créole, c’est surtout un événement fédérateur de la communauté antillaise. « Le Carnaval est un événement en soi pour les Antillais, précise Wilfried, responsable logistique de My Kartel, la plus importante association antillaise de la ville. Avant, il y en a qui rentraient aux Antilles juste pour le Carnaval ! ». Les Antillais viennent des quatre coins de la France, et même d’Europe, pour prendre part à cette grande fête. Les soirées organisées par l’association pour l’occasion ont réuni 4000 personnes chacune. Toutes à guichets fermés.

Une jeunesse attachée à ses racines

Beaucoup de jeunes antillais viennent en Métropole dans le cadre de leurs cursus scolaire. Symboliquement, c’est le cap des études supérieures qui les pousse à quitter leur terre natale. Les filières les intéressant n’étant enseignées qu’en France métropolitaine.

Historiquement, la communauté antillaise a trouvé un point d’ancrage à Bordeaux. Les liens qu’entretenait la ville avec les îles dans le cadre du commerce triangulaire ont paradoxalement attiré les Antillais à venir s’installer en Aquitaine. Après Paris, on y trouve la plus importante communauté antillaise. Mais c’est à Bordeaux qu’elle est la plus dense.

Deux associations, My Kartel et Dom In Action, se chargent de l’intégration des jeunes antillais venant poser leurs valises sur les rives de la Garonne. Elles leurs permettent de reproduire avec leurs compatriotes les traditions antillaises et de faire perdurer dans leur cœur la culture créole.

L’attachement des Antillais à leurs racines culturelles est fort. « On n’est pas trop dépaysés ici, souligne Thibault, membre de l’association My Kartel. On peut parler notre langue, le créole, et manger de la nourriture martiniquaise. C’est important pour nous ». Les soirées organisées toute l’année par l’association permettent aux étudiants de pratiquer les dernières danses antillaises à la mode, sur des airs de ragga dance hall. Le goût des Antillais pour les réjouissances n’est plus à prouver. « J’aime faire la fête, avoue Wilfried. My Kartel est une référence du monde de la nuit antillais et c’est pour cette raison que j’ai rejoint l’association ».

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Wilfried, responsable logistique de l’association antillaise My Kartel.

Une culture parfois difficile à extérioriser

Loin de leurs racines, les Antillais sont partagés entre un désir d’intégration et une volonté de vivre leur culture. La densité de la communauté antillaise de Bordeaux leur permet de concilier les deux mais il existe des points de tension. « Il nous serait plus difficile de garder notre culture à l’étranger, explique Thibault. Plus il y a de distance avec la Martinique, plus c’est difficile. Mais tout dépend aussi de la communauté antillaise installée ». Nombreux sont ceux qui se font carrément envoyer des colis de nourriture 100% antillaise par leurs familles (bananes, dattes...).

La France leur permet de garder leurs traditions mais dans une version édulcorée. « Pour le carnaval, nous sommes bridés, la mairie nous met des bâtons dans les roues, regrette Thibault. En Martinique, le défilé est beaucoup plus dénudé qu’ici mais nous avons eu des problèmes d’atteinte à la pudeur. C’est un problème de culture. Logiquement, on devrait montrer aux gens comment on fait le carnaval chez nous, surtout pour cette édition dédiée à l’Outre Mer. Au final, cela perd en vigueur ». Le carnaval de Bordeaux n’est en vérité qu’une vitrine bien lisse de la tradition créole. Sans strings et sans alcool, la fête est moins folle.

En règle générale, leur priorité n’est pourtant pas de rentrer aux Antilles. "Je n’ai pas plus d’attachement que ça avec la Martinique, tu fais vite le tour", insiste Wilfried. "J’ai envie de découvrir le monde". Le passage par la France représente pour eux une sorte d’étape intermédiaire, de pont entre leurs îles et le reste du monde. "Je pense terminer mes études à Paris", déclare Sinthya. "Ensuite, cela dépendra de là où l’on m’enverra." Du Japon aux Etats-Unis, en passant par l’Australie ou le Canada, les étudiants antillais n’ont pas peur de parcourir le monde.

Marie-Alix Autet et Guillaume Huault-Dupuy

Reportage photo du Carnaval des deux rives 2011


Created with Admarket’s flickrSLiDR.

Reportage vidéo

Untitled from Guillaume Huault-Dupuy on Vimeo.

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(1 commentaire)

    15 novembre 2011 01:30, par daniel

    bonjour

    je souhaiterais contacter ces association My Kartel et dom in actions y a t il un tel ou un contact mail svp ?


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> 1 commentaire(s)
 

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