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Nucléaire, le débat impossible ?
Article publié le 22/03/2011
Le tsunami japonais a démontré tragiquement la faiblesse du nucléaire civil à travers le monde. Faut-il renoncer à l’uranium au risque de devoir se priver d’énergie ? Etouffé jusque-là, le débat risque d’agiter une France traditionnellement divisée sur le sujet.

On ne parle plus que de ça. Après le séisme de magnitude 9.0 sur l’échelle de Richter qui a dévasté les côtes nippones et le tsunami qui a suivi, tous les yeux de la planète sont maintenant rivés sur un seul et unique bâtiment. Il est resté debout, malgré la violence extrême de la secousse. Il est resté debout, mais à quel prix.

Ce bâtiment, c’est la centrale nucléaire de Fukushima-Daïchi, située au nord-est de l’île, à près de 220 kilomètres de Tokyo. La première déflagration s’est produite samedi dernier à 15 h 36, heure locale. Le réacteur no 1 a été endommagé, faisant bondir le taux de radioactivité autour du site. Depuis, les autres réacteurs ont également subi des dégâts, plus ou moins graves. Le niveau d’alerte ne cesse d’être revu à la hausse : vendredi, il atteignait le niveau 6 sur l’échelle internationale des événements nucléaires INES (International Nuclear Event Scale). Une échelle qui s’arrête au chiffre 7, atteint une seule et unique fois. Lors de l’accident de Tchernobyl en 1986. En France et dans le monde, les politiques s’emballent, et les médias suivent. Ce bâtiment, au dessus duquel s’étendait un large nuage de fumée samedi dernier, n’en finit pas de faire parler.

Un débat complexe

En France comme ailleurs, le débat public va se recentrer sur la question de l’utilité même du nucléaire. Mais en France, plus qu’ailleurs, la question paraît complexe. Le pays abrite 58 réacteurs nucléaires qui fournissent environ 75 % de l’électricité du pays, ce qui fait du parc nucléaire français le deuxième plus important au monde après les États-Unis. Le réseau associatif Sortir du nucléaire dénonce des infrastructures vieillissantes, et donc dangereuses. La plupart des centrales françaises ont été construites dans les années 80, et la plus ancienne, celle de Fessenheim (Haut-Rhin), date même des années 70. La France reste pourtant à la pointe de la recherche dans ce domaine : un premier Réacteur à eau pressurisée (EPR) est en construction à Flamanville. Le pays accueille également un géant de l’industrie nucléaire mondial, Areva. Difficile, dans ces conditions de parler clairement et ouvertement du problème nucléaire.

Alors forcement le débat s’envenime en France, entre autorités de sûreté peu loquaces et militants antinucléaire qui le sont un peu trop, quitte à passer pour « des emmerdeurs, des vieux réacs ». Alors une France sans nucléaire, est-ce vraiment possible ? C’est en tout cas ce que prônent les militants de l’association Tchernoblaye qui manifestaient mardi midi place de la Victoire à Bordeaux. L’association, qui fait partie du réseau Sortir du nucléaire, tente d’alerter sur les accidents nucléaires depuis les problèmes survenus sur la centrale du Blayais lors de la tempête de 1999.

Pour Alice Monier, trésorière de l’association, la question ne devrait même pas se poser : « Je suis bouleversée par ce qui se passe au Japon. Ca fait maintenant 35 ans que je milite contre le nucléaire, et on voit bien aujourd’hui qu’il y a un réel problème. Je trouve ça fou que l’orgueil et la cupidité humaine fassent oublier les risques qu’on encourt. Et tout ca pour une question de confort et de gros sous. Le risque zéro n’existe pas et on continue à jouer avec des vies. Aujourd’hui beaucoup de centrales ont dépassé les 30 ans d’existence, je pense qu’il y a un réel danger. ».

L’exemple de l’Allemagne qui a décidé de fermer ses sites trop anciens et tente de construire un avenir sans nucléaire est bien entendu dans tous les esprits. Mais un pays peut-il réellement survivre sans nucléaire ?

Des solutions plus vertes 

J.-M. Ané, scientifique au sein du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), aimerait y croire. « Le nucléaire produit aujourd’hui près de 20 % de l’énergie française. Le pétrole, le gaz et le charbon en produisent 80 %, mais toutes ces sources d’energie vont bientôt disparaître, il va bien falloir réagir. Le défi fondamental de la planète n’est pas pour moi l’eau, ni la nourriture, mais bien l’énergie. Le photovoltaïque et l’éolien sont pour l’instant totalement en dehors de nos ordres de grandeurs. Il faudrait allouer beaucoup d’argent à la recherche dans ces domaines, mais ce n’est pour l’instant pas le cas ».

François Golpé, militant Greenpeace, préfère penser à d’autres solutions, plus vertes : « Il faut organiser une sortie progressive et programmée du nucléaire. On ne peut pas se contenter de critiquer, mais il faut proposer des alternatives : énergies renouvelables, mais surtout sobriété énergétique. Il faut convaincre les populations de consommer moins d’électricité, et ça, ce n’est pas facile. C’est malheureux mais ce sont souvent des situations comme celles d’aujourd’hui qui font bouger les consciences ».

Plus pragmatique, M. Ané du CEA ne croit pas qu’il soit possible de demander à toute une société de se passer du confort qu’ils ont connu toute leur vie. Il insiste : « J’aimerais y croire, à un monde sans nucléaire, mais ça n’est mathématiquement pas réalisable ».

Danielle, elle, n’est ni militante, ni membre d’une institution. Elle a entendu parler de la manifestation et était curieuse, alors elle est venue voir ce que ça donnait. « Je suis née en 1941. Ma famille vivait dans un petit lieu-dit très reculé et je n’ai eu l’électricité qu’à l’âge de 18 ans. La vie était bien plus difficile qu’aujourd’hui, donc je ne pense pas que l’on puisse se passer totalement de nucléaire. Je crois qu’il faut trouver un juste milieu, mais c’est difficile ». Avant d’ajouter : « Ce qui est sûr par contre, c’est que je nous trouve très mal informés sur le nucléaire en France. Je ne savais pas qu’il y avait autant de centrales en France. Et sur ce qui se passe au Japon, je ne sais qui croire, j’ai l’impression que tout le monde se contredit en permanence ». Le débat sur le nucléaire est donc bien complexe, et ce n’est pas Danielle qui nous contredira !

Agathe Guilhem

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(2 commentaires)

    22 mars 2011 22:34, par jb
    Très intéressant. montre bien la complexité d’une analyse objective dans un sujet avec beaucoup de données contradictoires et difficiles à décoder avec en plus des avis irrationnels d’ordre passionnel.

    22 mars 2011 22:35, par mt
    Bien vu. il est beau le papi !

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> 2 commentaire(s)
 

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