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Journaliste classé X
Article publié le 25/03/2011
Des conférences de rédaction, des reportages, des signes, des critiques…Bref, du journalisme. Mais travailler pour un magazine porno, c’est en soi sortir du rang. Portrait d’un « journaliste rock’n’roll ».

Dimanche 20 mars. 14 h 30. Bouche du métro Blanche, à deux pas du Moulin-Rouge et du musée de l’érotisme. Des lumières scintillantes, des vitrines et des enseignes explicites : le ton est donné. Aviator sur le nez, trench-coat bleu marine et chemise claire ouverte, Gérome Darmendrail, journaliste à Hot Vidéo nous a donné rendez-vous dans son repaire, « Chez Julien », rue Lepic dans le 18e arrondissement. Surprise : il ne débarque pas aux bras d’une actrice de charme. « J’ai une copine depuis presque un an, elle n’est pas actrice mais certains journalistes de Hot ont parfois des aventures avec des actrices. Le tout c’est de ne pas nuire à la déontologie du journal ». Depuis qu’il réside à Paris, il n’a jamais quitté ce quartier. Contrairement aux apparences, ici, ce n’est pas le côté nuit et sex-shop qui l’attire, mais davantage l’esprit particulier de ce coin touristique de la capitale : « De la place Clichy à la place Pigalle, c’est un peu la cour des miracles ».

"Génération Trainspotting"

Une pièce exigüe, des vinyles le long des murs, des posters des Rolling Stones et de Bowie : une atmosphère rock’n’roll pour ce fan de dubstep à la sauce Joy Orbison ou Mount Kimbie, étrangement accro à la néo-disco norvégienne. « C’est l’un des rares bars de Paris où après trois tournées, on vous offre la quatrième ».Le cap de la trentaine passé, ce fils de la « génération Trainspotting » l’affirme : il ne se prend pas au sérieux et aime ce qu’il fait. Mais c’est surtout un fêtard, « un bon-vivant » diront certains. Cela tient peut-être à ses origines : basques. Il a passé toute son enfance à Bayonne et « aime son pays ». Il y garde de vraies attaches et y retourne à l’occasion pour voir sa famille et profiter des fêtes de Bayonne et de Pampelune.

“Filmer les backstages du milieu pornographique”
C’est là-bas qu’il a fait ses classes. A l’internat, déjà, il se faisait remarquer pour revendre à la sauvette des Penthouse à ses camarades de classe. « J’étais gosse. Je volais les revues aux marchands de journaux et je revendais aux plus offrants. 35 francs ! De quoi me faire un peu d’argent de poche ». Reste qu’il se fera prendre par le pion. Un certain Lorenzo et héritera de 12 heures de colle. Ironie de l’histoire, quinze ans plus tard, Lorenzo deviendra sa signature dans le porno...

Alors se définit-il comme un journaliste lambda ? Plus ou moins. Depuis trois ans, il mixe entre Tsugi, « le magazine des tendances et des musiques électroniques », le soir et les weekends. Et la semaine chez Hot Vidéo. Une « vocation » qui lui est tombée dessus du jour au lendemain. Il n’avait jamais imaginé un jour occuper ce poste atypique, lui au parcours très classique. Licencié en Histoire, il sort ensuite de l’IUT de journalisme de Bordeaux en 2002 et enchaîne stages et remplacements d’été en presse quotidienne régionale. Ses débuts sont, comme tout journaliste, un peu balbutiants. Débarqué à Paris, il rédige ses premières piges pour le magazine de musique Trax. « A l’époque, cela me permettait de payer mon loyer. 18m², rue Cousteau ». Cinq ans plus tard, Trax dépose le bilan et Gérome se retrouve de nouveau sur le marché du travail.

Le tournant ?

Une de ses amies lui transmet une annonce de l’Agence pour l’emploi des cadres. A la clé, une offre de CDI pour le magazine Hot Vidéo. « Sur le coup j’ai souri et puis je me suis laissé tenter. J’ai envoyé mon CV et une petite lettre de motivation. Sans y croire. Après tout, je trouvais l’expérience marrante et décalée : découvrir une autre approche du journalisme, moins consensuelle, plus inédite. C’est plus marrant que de travailler pour Maisons et jardins ».

Gérome
en trois dates

1993. Initié au porno. Pamela Anderson, en poster central de Playboy, une révélation.

1996. Pris la main dans le sac par Lorenzo, le pion de l’internat. Le grief ? Accusé de revendre des Penthouse.

2007. Embauché chez Hot Vidéo, debut d’une carrière de journaliste X.

Une proposition alléchante : 2 500 euros bruts. « Aujourd’hui, je gagne selon les primes jusqu’à 3 500 euros. Chez Hot, tu es payé au feuillet, au travail fourni et selon la difficulté des sujets ». La crise de la presse n’a pas totalement affecté le porno. Hot Vidéo a perdu des lecteurs mais a su relancer ses ventes en développant des suppléments DVD et en créant un site internet (www.hotvideo.fr). Le pari : une sorte de Médiapart du sexe, mi-gratuit un peu soft, mi-payant pour les abonnés en quête de hard. « Hot Vidéo est un peu un magazine hybride, à part dans le monde du porno. On y retrouve aussi bien des analyses de film, des papiers sur les actrices, les différentes tendances du porno à l’étranger mais aussi des papiers anglés B to B, business to business. On est entre Première et FHM. »

Pour beaucoup, le porno s’apparente à un milieu fermé. Une grande famille avec un sacré turn-over : « En moyenne, les journalistes ont entre quatre et cinq ans d’ancienneté. Seul un collègue a 15 ans de métier ». Attention genre réservé aux hommes ! Dans sa mémoire, seule une ex-productrice et actrice X, Tavalia Griffin, aura trempé sa plume pour le magazine Chobix, leur concurrent dans la presse X. Mais comment se fait-on embaucher dans le journalisme X ? Qui plus est quand on n’a ni « piston », ni d’autres bagages que des références électro ? Selon lui, rien d’insurmontable avec un peu de chance et de culot : « J’ai juste précisé au propriétaire que je trouvais ça intéressant de changer de perspective, d’écrire dans un magazine que les lecteurs n’achètent pas uniquement pour les photos mais également pour les textes. Et je lui ai livré quelques anecdotes sur mes exploits passés à l’internat ».

Carte de presse et caméra à la main, Gérome Darmendrail parcourt le monde, avec « une liberté de ton qu’on ne retrouve pas dans tous les journaux ». Engagé en tant que journaliste de presse écrite, Gérome Lorenzo s’occupe surtout des « Hot reports ». A la manière de Striptease ou du Frédéric Taddeï de Paris Dernière, l’objectif est de « filmer les backstages du milieu pornographique. Des vidéos au format court, de trois à quatre minutes ». Cela ne l’empêche pas d’écrire des reportages de plusieurs semaines. Des papiers qui l’emmènent suivre des shooting hot dans les favelas de Paraisopolis au Brésil ou le premier salon de l’érotisme de Macao aux côtés de Katsuni. Là-bas, les rapports avec les actrices restent strictement amicaux et professionnels. Sans jamais dépasser les limites.

A travers ces reportages, il a développé son style : des papiers de dix mille signes écrits à la première personne. Toujours impliqué pour faire ressentir son vécu. Sa vision des choses. De quoi assouvir sa passion pour le new journalism et copier à l’envi ses idoles Hunter Thompson et autre Tom Wolfe. Mais dans tout ça, le risque n’était-il pas de devenir blasé par le sexe ? « J’avais peur d’être anesthésié. Mais je fais la distinction entre la sexualité et la pornographie ». Tout est question de contexte...

Petit exemple de ses Hot Reports :


Reportage Hot Video ’Axelle PARKER tout... par SILVER_M00N

Julien Gonzalez et Maxime Le Roux.

Florilège (extraits de Hot Vidéo) :

‘‘Nous commençons à déambuler dans les rues défoncées de la favela avec Marcelinha et son short ras-la-moule et mon photographe avec ses 12 000 dollars de matos autour du cou.”

‘‘On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec certains salons européens, où des godemichés douteux s’accumulent sur des étals fatigués et où la lingerie se vend au kilogramme.”

‘Ni couples libertins bedonnants tout de cuir vêtus, ni hordes de mecs qui zonent l’écume aux lèvres, le public est majoritairement composé de jeunes couples, propres sur eux, qui rougissent quand ils s’approchent d’un vibromasseur.”

‘‘Alors que notre taxi laisse derrière nous les arrogants buildings de l’avenue Paulista, le paysage urbain change, les trottoirs se dégradent, les façades d’immeubles s’effritent. C’est sûr, nous voilà à São Paulo.”

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