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Escort boys : et plus si affinités
Article publié le 25/03/2011
Cent euros l’heure, massage, sexe ou confessions. Ces jeunes garçons s’improvisent accompagnateurs, psychologues ou amants d’un soir. Pour Isaac et Madjid, escort boys à Bordeaux, prostitution rime avec argent facile. Pour hommes uniquement.

Trouver un escort boy sur Bordeaux ? Deux clics sur Google suffisent. A la requête « escort boy bordeaux », on découvre aussitôt les annonces de jeunes hommes proposant leurs services. Accompagnement en soirée, conseil en image, massages naturistes... Difficile de ne pas comprendre « prostitution ». Si certains escorts n’indiquent pas clairement la nature de leurs prestations, d’autres jouent franc jeu. C’est le cas d’Isaac, 30 ans. Dans sa fiche publiée sur un site classique de petites annonces, on peut lire le portrait d’un « jeune masseur pour hommes, chaud et motivé, à l’écoute lors d’une séance intime à votre entière disposition ».

Quant aux photos, elles offrent un corps bronzé et huilé, en maillot de bain, visage masqué. Autre escort, autres méthodes : Madjid, 31 ans, n’hésite pas à afficher son visage. Lui a rejoint un site dédié aux escorts. Sur sa page, les choses sont claires : en dessous de la qualification « très bon masseur », il précise être actif et passif. Aucun de nos deux jeunes hommes ne précise ses tarifs mais chacun indique un numéro de téléphone portable où il est immédiatement joignable. Un rendez-vous est rapidement fixé avec ces deux « masseurs » qui envisagent leur activité différemment. Prêts ou non à accepter le terme de « prostitution », évoquant librement de ce qui se cache sous le voile pudique de l’escorting. A l’heure du rendez-vous place de la Bourse, puisque Isaac a caché son visage sur ses photos, nous accostons par erreur plusieurs passants, des garçons à l’apparence soignée, répondant poliment à notre « bonjour ». Trouver un escort boy à Bordeaux est donc plus difficile qu’il n’y paraît.

ISAAC, 30 ANS

Isaac assume totalement le mot prostitution. Il assume aussi son passé : d’abord le trottoir, puis une vie en couple avec une femme avant de devenir père d’un petit garçon. Aujourd’hui, il enchaîne les rendez-vous tarifés même s’il a repris ses études en ressources humaines. Au cas où...

Comment définiriez-vous votre activité ?

Je me présente comme escort. On peut cacher beaucoup de choses derrière ce mot. Il y a de la psychologie, de la prévention, des moments de détente et de relaxation. Mais c’est aussi du coaching et bien évidemment du sexe. C’est assez varié et enrichissant comme expérience mais il faut avoir une forte personnalité. Un moral d’acier surtout. Ce n’est pas évident de se retrouver avec quelqu’un qui ne nous plaît pas physiquement ou qui a le même âge que nos parents. Autre qualité indispensable : avoir une hygiène irréprochable. Mon expérience me montre que ça ne paraît pas évident pour tout le monde. On ne peut pas arriver chez un client sans être douché et rasé de près. L’aspect physique et le sport ont aussi une certaine importance. Je passe trois à cinq heures chaque semaine dans une salle de sport. Je fais aussi du footing et de la natation. Les clients sont exigeants et ne veulent aucune poignée d’amour. Quand avez-vous commencé ? Un peu par hasard. Au début, je cherchais une simple relation sur Internet. Un rendez-vous est rapidement pris. Arrivé sur place, je m’aperçois qu’il m’a menti sur son âge et sur son physique. Il m’a proposé de l’argent pour me "dédommager". Au début, je n’ai pas compris ce que cela voulait dire. Je pensais qu’il voulait simplement me payer un resto. Cela fait trois ans, aujourd’hui, que je fais cette activité.

Escort boy c’est un autre mot pour désigner la prostitution ?

Oui et je l’assume. C’est une prostitution de luxe car je peux choisir mes moments et mes clients. Il faut arrêter de dire qu’on est forcément malheureux quand on se prostitue. Cela peut être agréable aussi. Personnellement, j’aime le sexe et je suis à chaque fois excité de découvrir un nouveau partenaire. Ça me plaît beaucoup d’être un homme objet. Pas besoin de prendre un verre de whisky pour me donner du courage avant d’aller à un rendez-vous. Je ne suis pas non plus un junkie shooté au poppers.

Qui sont vos clients ?

La moyenne d’âge tourne autour de 40 ans. Des anonymes mais aussi des gens très connus : des chefs étoilés, des journalistes, des chefs d’entreprises, des hommes politiques, des sportifs... Tous ont de très gros moyens financiers et sont prêts à payer plusieurs centaines d’euros pour quelques heures. La moitié d’entre eux sont des hommes mariés ou en couple. Ils savent que je préserve leur anonymat. C’est un accord tacite entre nous. D’ailleurs, je les ignore lorsqu’il m’arrive de les croiser dans la rue. Certains sont des clients réguliers mais il y a aussi des occasionnels, c’est-à-dire des hommes en déplacement professionnel qui s’autorisent des choses qu’ils ne peuvent pas faire chez eux. Il m’arrive de refuser certaines personnes. Le tout est d’y mettre les formes. C’est déjà pas facile de se prendre un râteau dans la vie alors se faire jeter quand on est prêt à payer un service, ça doit être dur à encaisser. Il m’arrive aussi de refuser certaines pratiques. Avoir un rapport sans capote est une demande qui revient souvent. Il y a donc aussi une part de prévention dans mon activité.

C’est-à-dire ?

Je me rends compte que même les gens qui ont un bon niveau socio-culturel sont souvent sous-informés. On parle souvent du Sida mais il n’y a pas que cette MST. Le dialogue prend une part importante dans mon activité. J’ai des clients qui ne payent que pour discuter sous le prétexte fallacieux d’un massage. Ils sont malheureux dans leur vie sentimentale ou ils se sentent seuls, alors ils me parlent de tout : leurs problèmes avec leurs gamins, le dernier qui arrête ses études, leurs problèmes de divorce, de santé. Le thème de l’acceptation de l’homosexualité revient souvent chez les hommes mariés : comment faire machine arrière ? Certains ont le sentiment d’être passés à côté de leur vie. On a tendance à l’oubier mais il y a un aspect psychologique important dans mon travail.

Comment se passent les rendez-vous ?

Une règle d’or : ne jamais recevoir chez soi. Je rejoins le client soit dans sa chambre d’hôtel, soit chez lui directement. Certains aiment cet anonymat mais d’autres m’amènent dans des endroits où ils connaissent du monde. Ils me présentent alors comme un ami, un neveu ou un stagiaire. Il m’arrive aussi parfois de ne faire que de l’accompagnement : un dîner en tête-à-tête, une séance de cinéma, une pièce de théâtre. Je travaille tous les jours de la semaine et les rendez-vous sont souvent fixés en fin d’après-midi jusqu’à tard le soir. J’ai un client tous les jours en moyenne, donc ça fait une trentaine par mois.

Vous n’avez pas peur des mauvaises rencontres ?

Une seule fois, un pompier un peu baraqué m’a mis dehors sans me payer. Pour me rassurer un petit peu, j’envoie maintenant un sms à un ami pour lui dire où et chez qui je me rends. Je lui en envoie un autre quand c’est fini. C’est un petit pacte entre nous. Il y a aussi des histoires plus étonnantes et quelque peu troublantes : j’ai été appelé par un monsieur d’un certain âge et quelque temps plus tard, je suis retourné dans la même maison... mais pour son fils !

Combien cette activité vous rapporte-t-elle ?

Je prends cent euros pour une heure. C’est un tarif psychologique. Si je commence à brader mon prix, je me brade moi-même. J’ai également crée un forfait pour le week-end. En moyenne, je gagne entre 2 000 et 2 500 euros net par mois. J’en déclare une partie à partir via mon statut d’auto-entrepreneur de conseiller en image et à la personne. C’est mon avocat qui m’a conseillé : ça me permet d’être en règle vis-à-vis du fisc, de cotiser pour ma retraite et d’avoir accès à la sécurité sociale.

Votre famille est-elle au courant ?

J’ai la chance d’avoir des parents avec une ouverture d’esprit assez grande. Nous avons pu en discuter. On parle aussi des risques liés à cela. Avec mon frère, ça a été un peu plus compliqué au début. Ça va mieux maintenant. Il me demande si tout se passe bien et si je ne suis pas en galère financière.

L’amour a-t-il une place dans votre activité ?

Je suis célibataire mais si je tombe amoureux d’une personne et que c’est un sentiment réciproque, je pense que je lui parlerai de mon métier. Je vois ça comme un travail. Avoir une relation amoureuse en plus de cette activité ne me gênerait pas.

─ Romain Barucq et Mickaël Frison

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(1 commentaire)

    8 novembre 2011 22:09
    Excellent, l’article. Un vrai plaisir, une vraie info découverte, merci. Je pensais que l’activité rapportait beaucoup plus.

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> 1 commentaire(s)
 

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