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Les handicapés d’abord
Article publié le 25/03/2011
Dans le monde de l’entreprise, Synergy est un ovni. Alors que certaines entreprises rechignent à respecter le quota imposant le recrutement de personnes handicapées, Synergy s’en est fait une spécialité il y a 20 ans.

Noyée dans la zone industrielle de Pessac, Synergy passerait presque inaperçue. Seul indice de sa présence : un minuscule écriteau planté à l’entrée du bâtiment, et quelques employés en blouse blanche fumant une cigarette. Dans le hall d’entrée, une immense statue verte recouverte de cartes électroniques, pastiche du Penseur de Rodin, accueille les visiteurs. Plus loin, rassemblés devant la machine à café, des employés échangent quelques mots.

D’apparence, Synergy ressemble à toutes les entreprises. Il faut attendre de pénétrer dans les ateliers pour y déceler sa particularité : les trois quarts des salariés souffrent d’un handicap lourd ou léger. Marc, 50 ans, travaille ici depuis seize ans. Ancien maquettiste chez Dassault, il est contraint à un reclassement professionnel après un accident lors d’un match de hockey sur glace. « J’ai dû apprendre sur le tas, je me suis adapté. » Bémol : c’est une reconversion dans laquelle Marc ne s’épanouit pas : « Je suis maquettiste de formation et je me retrouve à être monteur-câbleur. L’électronique ne m’intéresse pas ». Pourtant, Marc ne rejette pas en bloc l’entreprise. Il admet volontiers que Synergy lui a fourni une opportunité pour renouer avec le monde du travail. Mais il regrette que l’entreprise ne soit pas un tremplin vers une insertion dans une entreprise classique : « L’idéal serait que nous ne restions pas plus de cinq ans ici. On pourrait alors intégrer une boîte traditionnelle. Je ne vois pas pourquoi les handicapés ne devraient que travailler ensemble. Nous pouvons aussi être efficaces avec d’autres salariés ».

Synergy est ce que l’on appelle une « entreprise adaptée ». Elle recrute majoritairement des personnes handicapées. Aussi doit-elle adapter ses locaux, ses outils et son mode de fonctionnement selon le handicap de chacun de ses salariés. Eric Soumaille, directeur de Synergy, résume : « Si un de nos employés est dans un fauteuil roulant, nous devons lui assurer une mobilité dans l’enceinte du bâtiment. Ce qui revient notamment à élargir l’accès d’un atelier à l’autre ». Une adaptation sur mesure qui va jusqu’à modifier les postes de travail : « Il s’agit pour nous de garantir que les outils soient à la portée des salariés souffrant de problèmes de dos, en adaptant les sièges ».

Pull rose pastel, yeux clairs, Cathy, 50 ans, travaille en tant que "référente" de Synergy auprès d’IBM depuis 5 ans. Employée énergique et enthousiaste, elle a vite gravi les échelons. Cathy était caissière dans un supermarché avant de souffrir d’une hernie discale et d’une paralysie des bras : « Pendant dix ans, j’ai dû porter des charges lourdes. Lorsque je ne pouvais plus continuer, j’ai perdu mon travail. ». Battante, Cathy n’a jamais caché son handicap auprès des entreprises : « J’ai toujours mis en avant que j’étais travailleur handicapé. Je me débrouillais même pour insister sur l’intérêt qu’elles auraient à m’employer. Malgré tout ça, j’ai essuyé beaucoup de refus. Les gens associent presque toujours le terme handicap à un handicap lourd alors que le mien ne me gêne en rien dans mon activité professionnelle ». Pour elle, Synergy est l’entreprise idéale : « J’adore mon travail. Les gens s’entraident ici. Il n’y a pas la pression que l’on peut retrouver dans une structure normale ». En tout cas, Synergy a fait son trou à Pessac. Et travaille aujourd’hui avec une dizaine d’entreprises de la région.

Ange Claudia Lipemh

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