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Femme actuelle, t’as la dégaine !
Article publié le 14/04/2011
Depuis deux ans, les gaines réinvestissent les armoires. Sorties de la naphtaline, elles s’affichent sans complexe sur nos petits écrans dans « Belle toute nue », émission qui entend aider des femmes rondes à s’assumer… en leur conseillant de porter une gaine ! Eclairage sur un retour discret et prospère aux Galeries Lafayette parisiennes, à l’étage mode séduction.

« Moi, mon problème, c’est pas que les femmes ne veulent pas porter de gaines. Au contraire. Mon problème, c’est que j’en reçois plus pour l’instant. Ça fait un carton ! » Laurence, vendeuse chez Aubade, déplore déjà la rupture de stock de sa dernière culotte gaine up-sculpt. L’article ne s’éternise pas en rayon.« Les clientes s’arrachent ce modèle depuis son arrivée au mois de septembre », note cette brune au décolleté pigeonnant. Sans compter que la concurrence est rude : sur les 50 marques de lingerie occupant le troisième étage des Galeries, toutes proposent des sous-vêtements gainants. Aubade a toujours vendu de la gaine ou du corset. Aujourd’hui, l’enseigne se démarque avec de nouveaux modèles « qui montent jusque sous les seins, permettant d’affiner à la fois le ventre, les hanches et les fesses ». Tout un programme. Avec effet technique garanti. Mais qu’en est-il de « l’esthétisme roi » où l’affriolant et le dénudé l’emportaient sur le suggéré ? Visiblement, la tendance culottes hautes, façon pin-up des années 50, gagne du terrain. Mais les collections « gaino-galbo-sculptantes » ne font pas l’unanimité. Surtout chez les maris ou compagnons potentiels de chambrée, à l’instar d’Arnaud, perdu dans les dédales du temple des dessous. Apeuré, il se décide, dans un élan de courage, à donner son avis : « Je ne porte pas de gaine, donc ça ne m’inspire pas grand-chose. Je ne conseillerais pas à ma femme d’en mettre. Après, c’est une question de goût. On est dans un pays libre, les femmes mettent ce qu’elles veulent. Ce que les hommes pensent sur ce que portent les femmes, ça n’a pas d’importance. Mais ce que les femmes pensent de ce qu’elles portent, oui ». Voilà qui est dit. Justement, en ce vendredi matin de mars, on aimerait savoir ce qu’elles en disent, les femmes, de ce retour à la lingerie phare d’après-guerre. Si les vendeuses vantent un port décomplexé de la gaine, les acheteuses ne sont pas toujours à l’aise dans leur body.

Coup marketing et effet de mode

Chez Wacoal, comme le slogan l’indique, on sait ce que veulent les femmes. La marque japonaise a très vite exploité le filon. Plus de dix produits vendus en moyenne par jour, parfois plus en été : sa ligne beauty secret cartonne. Et pour cause. Sur le marché grimpant de la gaine, elle est la seule à être déclinée sur cinq modèles. Body, panty, string et culottes « affinent la taille, estompent le ventre en toute invisibilité, c’est magique ». Mais pourquoi un tel besoin maintenant ? « Dans une société où l’apparence détermine les achats des femmes, la gaine aide à se sentir rassurée, dans sa robe du soir par exemple.Les femmes sortent beaucoup et la mode se porte très près du corps. On en vend aussi dans des petites tailles, à des femmes qui n’ont rien à cacher, car ça raffermit. On peut être mince, mais molle ! », argumente avec ferveur Gisèle, la vendeuse. De quoi nous rappeler que la réclame pour la première gaine, « c’est toujours la même robe mais plus la même femme », reste d’actualité. Jouant des complexes féminins, cette promesse fonctionne. Sans réfléchir, Nicole débourse 77 € dans LA culotte miracle : 66 % polyamide-nylon, 33 % élasthanne et 1 % coton. Que du bonheur ! « Ça me permettra de mettre la robe que je veux pour un mariage. C’est un peu gênant quand même de parler de ça. En plus, je ne pense pas que mon copain va apprécier, il préfère ces petites choses là », confie-t-elle, pointant du doigt une série de strings. Quelques boxers et autres petites culottes à froufrous plus loin, du côté de l’enseigne Triumph, la quête de la minceur n’explique pas la résurrection du gainant. Ou plutôt du sculptant et du galbant, pour utiliser les termes mis en avant par les marques de lingerie. Ce coup marketing serait à l’origine du succès en rayon. Exit le mot gainant qui fait peur et les armatures qui compriment les côtes. Avec ces dessous, la femme a désormais l’impression de maîtriser son corps. C’est psychologique et ça change tout. Même si vouloir dissimuler ses bourrelets et façonner sa silhouette n’a rien de nouveau. « Ce sont les mentalités qui ont évolué, explique Sabrina, la responsable des ventes, surtout sous l’impulsion des créateurs. Ce type de lingerie s’impose comme une tendance. C’est typique de l’effet de mode. Le string s’essouffle, alors on remet au goût du jour les anciens modèles ». Sous peine d’être parfois incohérent dans le renouvellement-ou non- de certains articles : « Les créateurs veulent changer les habitudes de consommation. Ils ont retiré de la vente le panty Sphynx. Il était perçu comme un modèle pour mamies mais il engendrait une forte demande ». Quelle ironie ! Au final, la gaine, qui permet de tricher, feint de raviver les dessous de nos grand-mères.

Ludivine Tomasi

J’ai testé pour vous le panty Wacoal « La gaine que nous vendons le plus, c’est celle-ci. Elle s’étend de la fin de la poitrine au début des genoux. Elle est très efficace et confortable. Nous n’avons que des retours positifs », tente de me convaincre la vendeuse. « Vraiment ? Eh bien, c’est ce que nous allons voir ». J’attrape l’immondice et je file en cabine d’essayage. À première vue, l’enfilage s’annonce sportif. Impression confirmée au passage des cuisses : « Elle m’a donné la bonne taille ou quoi ? ». Théoriquement, oui. Mais c’est sans compter sur les matières-compresses : un savant mélange polyester-nylon-élasthanne. Ah, il ya quand même 1 % de coton. C’est vrai qu’ils ont pensé au confort, la vendeuse n’a pas menti. En plus, après l’essayage, je dois avoir perdu environ 300 gr. Ce panty n’est donc pas QUE de la triche. Haletante, je me tourne vers le miroir et… 1, 2, 3, je lâche l’élastique ! L’effet est à couper le souffle ! Coté esthétique, on reste dans le sportif. Cycliste en caleçon ou plongeuse en mal de sponsors (je n’ai pu me payer la combi complète), c’est au choix. J’opte pour la plongée, plus pratique quand on est déjà en apnée. Pour faire bref, c’est immonde. De profil, je tente le palper… Et là, miracle, j’ai le corps d’une body-buildeuse gonflée aux hormones. Je commence presque à apprécier cette fausse silhouette athlétique. Il me faudrait juste un temps d’adaptation. Histoire de m’habituer. Alors je m’assoie et que vois-je ? Ma bouée joue la résistance mais elle fait franchement moins la maline. Quelle dégonflée ! Dernière position, accroupie cette fois. Ok, le panty s’adapte au mouvement. Mais qu’est-ce qu’il fait chaud là-dessous, ça me démange trop. Allez hop ! Je l’enlève. Enfin, je tente de le retirer sans m’arracher l’épiderme avec. Ouf ! Quel soulagement ! Pendant un instant, je ressens ce que doit éprouver – du moins j’imagine – un serpent en mutation. Sauf qu’en lingerie, faire peau neuve, c’est plutôt coûteux : 82 € pour être précise. Le panty retourne en rayon. Quant à moi, je continuerai à rentrer ma brioche et serrer les fesses encore un moment.
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