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Bedouet, le technicien de l’ombre
Article publié le 27/03/2007
L’entraîneur adjoint des Girondins, qui disputent samedi la finale de la Coupe de la Ligue face à Lyon, est aussi peu connu du grand public que respecté par ses pairs.

Il est bientôt midi au centre d’entraînement du Haillan. Les joueurs ont déchaussé leurs crampons depuis une grosse demi-heure. Dans la salle de presse, Eric Bedouet, numéro deux dans la hiérarchie des entraîneurs du club, se livre sans retenue. De son arrivée à Bordeaux voilà près de dix ans, aux anecdotes qui font le vestiaire, tout y passe. Soudain, il s’interrompt. Et lâche, péremptoire : « Les entraîneurs adjoints doivent éviter de se répandre dans les médias ». Avant de reprendre ses confidences là où il les avait laissées. Quand la passion relègue les bonnes intentions au rang de paroles en l’air…c’est qu’elle doit être viscérale. A moins que l’attitude un brin désinvolte de ce quinquagénaire avenant au physique d’ancien footballeur pro ne dissimule une autre explication. Fabien Pont, chef du service des sports au journal Sud Ouest : « Après l’éviction d’Elie Baup en 2003, Bedouet a servi de caution au club car ses successeurs n’avaient pas les diplômes d’entraîneur requis. Ricardo, l’entraîneur actuel, n’a d’ailleurs que le titre de manager général ». L’Angevin se sentirait donc inconsciemment protégé par son bagage technique ? Sans doute un peu, même s’il s’en défend.

Ambition mesurée

Il faut dire qu’il les cumule, Eric Bedouet, ces distinctions professionnelles. Au point qu’ils ne sont que deux entraîneurs, en France, à les détenir toutes [1]. De là à l’imaginer convoiter le fauteuil d’entraîneur principal... « L’entraîneur, c’est Ricardo. C’est lui qui fait la tactique et la composition d’équipe. Chacun doit rester à sa place », rétorque-t-il sèchement. On a le souvenir récent d’entraîneurs adjoints moins scrupuleux. En septembre 2006, Nantes enchaîne les contre-performances. Serge Le Dizet est sur la sellette. Par voie de presse, son adjoint Georges Eo se dit prêt à le remplacer. Deux semaines plus tard, il se retrouve aux commandes des Canaris. Mais Bedouet n’est pas de ces ambitieux-là : « Il est bien là où il est : il n’est pas en première ligne, ça lui convient très bien. Ce n’est pas un rebelle », confirme Fabien Pont. Et de justifier son propos en relatant l’absence de prise de position de l’Angevin dans la querelle qui opposa Elie Baup au Président Triaud en 2003.

Les pieds sur terre

Fort de cette kyrielle de diplômes, Eric Bedouet pourrait pourtant légitimement prétendre à une place d’entraîneur principal, à Bordeaux ou ailleurs. « Si ça doit arriver un jour, pourquoi pas ? Mais l’important, c’est de se sentir bien dans un club. Et là, je suis dans un club fantastique à tous les niveaux. Après… être numéro un, deux, ou trois, ça n’a pas grande importance », relativise-t-il. Quand l’argent fait tourner les têtes, la sienne reste définitivement scotchée sur ses épaules : « J’en ai tellement vu des gens s’emballer et exploser en vol… ». En sa qualité de préparateur physique, il mesure aussi toute la pression qui pèse sur les acteurs du monde du football. Lorsqu’en 1999, il fait installer sur Elie Baup des capteurs cardiaques au cours d’un match, le verdict est sans appel : en phase de stress intense, les pulsations du technicien girondin atteignent des pics alarmants, qu’un corps en mauvaise santé n’aurait pas supportés.

Sauvetage du club

Ce regard distancié sur son métier d’entraîneur professionnel tient aussi à la manière graduelle dont il en a endossé l’habit. Après une carrière honorable de footballeur professionnel, il effectue ses premiers pas d’entraîneur dans les catégories jeunes à Vierzon. « Je voulais voir ce que c’était qu’entraîner. Il m’a semblé qu’on ne pouvait commencer que par là. Ça m’a plu, j’ai obtenu des bons résultats et je suis monté progressivement jusqu’à entraîner l’équipe première ». Et de poursuivre : « C’est alors que j’ai senti que j’avais la fibre. Je devais gérer un groupe multiracial, c’était très difficile humainement mais très intéressant ». Dès lors, il se lance dans l’acquisition des diplômes nécessaires pour entraîner à haut niveau. En 1993, il devient responsable du centre de formation de Laval. Puis il rejoint les Girondins en 1998 pour une aventure qui dure donc depuis près de dix ans. A dire vrai, Eric Bedouet a quand même déjà connu son heure de gloire : fin de la saison 2004-2005. Alors que l’équipe flirte avec la zone de relégation, Michel Pavon tombe malade. Bedouet prend alors les rênes de l’équipe pour les trois derniers matchs : Lyon, Monaco et Marseille, excusez du peu. « Malgré la pression, ce fut une expérience extraordinaire », se souvient-il. In extremis, il parvient à sauver le club de la descente en deuxième division. Depuis, il est retourné dans l’ombre, sans mot dire. Preuve, s’il le fallait, qu’au sein du microcosme footballistique professionnel, certains n’ont pas besoin des projecteurs pour exister.

Pierre Mailharin

[1] Avec Alain Pascalou (Le Mans), ils possédent tous les diplômes possibles : brevets d’Etat d’entraîneur, Brevet fédéral de formateur et Diplôme d’entraîneur professionnel de football.

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